Des gros titres aux petites infos passées inaperçues : ce qu’il fallait retenir de l’actualité des derniers jours en matière de conspirationnisme et de négationnisme (semaine du 03/06/2019 au 09/06/2019).

ANDRÉ BERCOFF. Un an après le sauvetage par Mamoudou Gassama d’un enfant de quatre ans, qui avait chuté de son appartement et s’était rattrapé au balcon de l’étage inférieur, André Bercoff est revenu sur cette affaire au sujet de laquelle il avait alors manifesté des doutes insistants. Lors d’une émission sur Sud Radio consacrée au sujet le 3 juin dernier, le journaliste a recouru aux expertises de scientifiques et d’avocats, dans le but de mettre en cause la version communément admise, quitte à écorner les faits (source : nouvelobs.com, 4 juin 2019). En tout état de cause, les questions que Conspiracy Watch avait adressées à André Bercoff, il y a an, demeurent posées (source : Conspiracy Watch, 1er juin 2018).

RUMEUR D’ORLÉANS. Il y a cinquante ans, une rumeur s’emparait d’Orléans et de ses environs. Des commerçants juifs du centre-ville avaient été accusés d’organiser une traite des blanches, en droguant des femmes dans des cabines d’essayage. La République du Centre revient sur cette affaire devenue un cas d’école en matière de propagation d’une infox ayant tourné au délire collectif (source : La République du Centre, 3 juin 2019).

LINKY. L’association « Les citoyens éclairés » s’oppose à la mise en place des compteurs Linky, selon elle à l’origine d’un futur scandale sanitaire. Sur les réseaux sociaux, l’association trahit cependant un véritable penchant pour les contenus à caractère complotiste. Sur sa page Facebook, la présidente de l’association partage des contenus de sources douteuses, telles que Résistance républicaine de Christine Tasin, Le Média pour tous, de Vincent Lapierre, ex-collaborateur d’Alain Soral, ou encore de l’UPR de François Asselineau (source : Conspiracy Watch, 4 juin 2019).

GILETS JAUNES. Le samedi 1er juin 2019, à l’occasion de l’« Acte XXIX » de la mobilisation des gilets jaunes, un temple maçonnique du Grand Orient a été pris pour cible à Rennes. La porte d’entrée a été cassée et des bouteilles de bières ont été lancées à l’intérieur. Un membre rennais du Grand Orient a commenté, inquiet : « Les francs-maçons sont souvent la cible de certains Gilets jaunes, notamment sur les réseaux sociaux. Ils y dénoncent régulièrement le grand complot judéo-maçonnique qui maîtrise le monde… » (source : Ouest-France, 4 juin 2019).

COMPRENDRE LES BIAIS. « Pourquoi croit-on les fausses nouvelles ? » Radio-Canada s’est livré à un remarquable tour d’horizon de tous les biais cognitifs à l’œuvre dans notre appétence pour le faux en général et les théories du complot en particulier. Biais de confirmation, raccourcis intellectuels, recherche du sens, méfiance à l’égard du danger, besoin d’identification… une dizaine de ces biais sont passés au crible d’une précieuse analyse : la première étape pour les contourner est bien de les comprendre (source : Radio-Canada, 5 juin 2019).

PLACE TIANANMEN. Le 4 juin 1989, il y a trente ans, le mouvement de la Place Tiananmen était écrasé par le pouvoir chinois. Si le régime a longtemps recouru à la théorie du complot pour expliquer ce soulèvement, il cultive aujourd’hui l’amnésie, de telle sorte que le sujet est aujourd’hui tabou en Chine. Directeur d’études à l’EHESS, spécialiste de la Chine, Michel Bonnin souligne cet état de fait qui rappelle, à cet égard, les régimes totalitaires : « Il faut bien comprendre que c’est quand même un régime qui a la puissance de faire disparaître un événement qui a été vu par le monde entier. »

On relira sur ce même sujet un article de Conspiracy Watch paru il y a cinq ans, qui rappelait le rôle de l’argument du complot pour les régimes dont la légitimité démocratique est remise en cause (source : Conspiracy Watch, 6 juin 2014).

YOUTUBE. Le 5 juin 2019, YouTube a annoncé qu’il interdirait désormais totalement les vidéos qui « promeuvent ou glorifient l’idéologie nazie, qui est intrinsèquement discriminante », et celles qui « nient l’existence d’événements violents bien documentés, comme l’Holocauste ou la fusillade de Sandy Hook ». Régulièrement montrée du doigt, la plate-forme de Google affirme avoir modifié, depuis le début de l’année, aux États-Unis, son algorithme de recommandation, permettant de réduire de moitié le nombre de vues qu’obtiennent ces vidéos. La mesure doit être étendue à d’autres pays et doublée d’une politique d’interdiction plus volontariste (source : lemonde.fr, 5 juin 2019). Si cette prise de conscience de l’opérateur va dans le bon sens, d’autres mesures peuvent être envisagées pour limiter l’expression de la haine en ligne, à l’instar des recommandations de l’organisation américaine Media Matters for America (MMfA)  (source : Conspiracy Watch, 6 juin 2019).

Affiche pédagogique éditée par la BnF et le CLEMI.

ÉDUCATION. La Bibliothèque nationale de France et le CLEMI (Centre pour l’éducation aux médias et à l’information) proposent d’aborder le sujet des fake news par l’étude des documents patrimoniaux. Une exposition pédagogique présentée sous la forme de onze panneaux propose des outils et des pistes de réflexion : ils permettent de se repérer, de trier, d’identifier les sources et l’information pertinente pour cultiver l’exercice citoyen d’un doute méthodique. À télécharger sans modération (source : eduscol.education.fr).

SLEEPING GIANTS. L’initiative Sleeping Giants a été lancée aux États-Unis, après l’élection présidentielle de 2016. Ses promoteurs ont pour objectif de signaler aux annonceurs publicitaires que leurs encarts apparaissent sur des sites aux contenus racistes, antisémites, sexistes ou encore homophobes. Les annonceurs ignorent en effet qu’ils financent ce type de site, en raison d’un système de placement automatique d’annonces ciblant les consommateurs plutôt que les sites. Illustrant l’efficacité du système, l’idéologue d’extrême droite Steve Bannon a expliqué que cette initiative lui avait fait perdre 90% des revenus publicitaires Google de son ancien site Breitbartnews. Responsabiliser les annonceurs, ça marche, et c’est aussi l’objectif de notre initiative Stop Hate Money.