Des gros titres aux petites infos passées inaperçues : ce qu’il fallait retenir de l’actualité des derniers jours en matière de conspirationnisme et de négationnisme (semaine du 22/04/2019 au 28/04/2019).

RAPPORT 2018 DE CONSPIRACY WATCH. Conspiracy Watch a publié le 24 avril 2019 son premier rapport annuel. Se prévalant d’une expertise vieille de plus de dix ans sur le sujet, notre rédaction dresse dans ce document un panorama sans concession des diverses manifestations du complotisme et du négationnisme au cours de l’année 2018. Plusieurs recommandations visant à limiter l’influence de l’imaginaire conspirationniste y sont soumises à débat.

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On peut lire à ce sujet le résumé de ce travail réalisé par Le Point, celui de L’Express, celui de France Inter, celui de L’Opinion ou encore celui du Temps (Suisse). On écoutera également le billet politique de Frédéric Says, sur France culture, désignant les risques actuels liés à l’utilisation du mot « complotisme » par les politiques dans le but de disqualifier leurs adversaires : « Traiter son adversaire de complotiste, c’est mettre fin à la discussion, c’est le renvoyer dans le monde des farfelus et des irrationnels, bref : l’exclure du champ du débat raisonnable et démocratique » (source : France Culture, 25 avril 2019).

SAN DIEGO. Un jeune homme de 19 ans a été arrêté peu après l’attentat qui a coûté la vie, samedi 27 avril, dernier jour de la Pâque juive, à une femme de 60 ans, Lori Gilbert-Kaye, dans une synagogue loubavitch de Powey, dans la région de San Diego, en Californie, et blessé trois autres personnes dont une jeune fille mineure. Le fusil d’assaut du tueur se serait enrayé, limitant le nombre de victimes. Utilisateur du réseau social Gab, le meurtrier accuse les Juifs de « planifier méticuleusement le génocide de la race européenne ». Il a exprimé le regret de ne pas en avoir tué plus et considère Donald Trump comme un « sioniste » (source : Conspiracy Watch, 28 avril 2019).

NOTRE-DAME. Sur la Treizième chaîne israélienne, le présentateur Avri Gilad a attribué l’incendie de Notre-Dame de Paris aux islamistes, expliquant que la police française mentait et que « tout ce qui peut être considéré comme un crime de haine reste enfoui sous le tapis. » Il a été contredit par la journaliste franco-israélienne Emmanuelle Elbaz-Phelps qui a qualifié ces propos d’« indubitablement faux ». Gilad a été hué et largement critiqué sur les réseaux sociaux, y compris par d’autres journalistes de la Treizième chaîne (source : Times of Israel, 23 avril 2019).

Sur le site d’Alain Soral, Egalité & Réconciliation, le conférencier Stéphane Blet soutient quant à lui la thèse d’une « vengeance talmudique ». Dans une vidéo datée de décembre 2018, Blet avait exhorté les Gilets jaunes à « comprendre que le véritable ennemi, ce sont les Juifs »…

Pour contester la thèse de l’incendie accidentel et faire émerger la théorie d’un acte volontaire, des internautes se sont armés de planches ou de poutres en bois, de chalumeaux et de combustibles, croyant pouvoir démontrer l’impossibilité d’un départ de feu sans intention criminelle. À ces expériences qui démontrent surtout la méconnaissance absolue de l’environnement et des conditions rendant possible un incendie, Le Monde fait entendre les précisions de spécialistes qui soulignent la complexité du sujet et conduisent à une seule conclusion, bien certaine : ces vidéos d’amateurs ne démontrent rien (source : Le Monde, 25 avril 2019).

« COMPLOT JÉSUITE ». Codex, 2000 ans d’aventure chrétienne, consacre dans son numéro d’avril 2019 un dossier au mythe du complot des Jésuites. Résultat d’un faisceau d’attaques et de rumeurs provenant d’horizons et d’intérêts différents (accusations de détourner les héritages, d’être derrière l’assassinat d’Henri IV ou le naufrage du Titanic), la légende noire qui entoure la congrégation fondée par Ignace de Loyola pose le cadre psychologique et conceptuel des futures théories du complot, avec des conséquences parfois funestes… Priscille de Lassus, rédactrice en chef de Codex, revient sur l’histoire de la Compagnie de Jésus dans l’émission Storia Voce (source : YouTube, 25 avril 2019).

FAUX TRUCAGE, VRAIE ERREUR. Pour avoir diffusé des images d’Emmanuel Macron au Touquet datant de 2018 dans le but d’illustrer un reportage sur son déplacement dans cette ville lors du week-end de Pâques dernier, la chaîne d’information en continu CNews s’est faite accuser de « trucage » sur les réseaux sociaux. Outre l’intention de faire passer l’idée que le déplacement du chef de l’État avait occasionné un bain de foule, il s’agissait également de montrer que les médias mentent et sont aux ordres de l’exécutif. On lira à ce sujet le thread de Conspiracy Watch. Le service Checknews de Libération a mené son enquête ainsi que Les Décodeurs du Monde. La thèse de l’erreur humaine n’aura pas suffi à convaincre le militant et avocat Juan Branco, qui avait diffusé l’argument du « trucage » dans un tweet relayé, depuis, plus de 9 000 fois et « liké » près de 11 000 fois.

SORAL. Le polémiste antisémite Alain Soral était condamné à un an de prison ferme. Mais le parquet de Paris a interjeté appel du mandat d’arrêt et refuse de l’exécuter alors même que l’appel n’est pas suspensif (source : StreetPress, 26 avril 2019). Comme lors de sa relaxe dans l’affaire du photomontage poursuivi pour antisémitisme, le fondateur d’Egalité & Réconciliation pourra difficilement expliquer que la justice est soumise aux diktats des « sionistes ».

CARICATURE ANTISÉMITE. Internet regorge de mèmes et de caricatures à la fois complotistes et antisémites. On ne s’attend toutefois pas à en trouver dans un titre aussi prestigieux que le New York Times. La publication d’un dessin de ce genre dans son édition internationale du jeudi 25 avril a conduit la rédaction du journal à reconnaître, samedi, que le dessin « comprenait des clichés antisémites » et à qualifier sa publication d’« erreur de jugement ». Le dessin concerné montre le président américain Donald Trump coiffé d’une kippa et portant des lunettes de soleil en train d’être guidé par le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou sous les traits d’un chien d’aveugle, réactivant le mythe d’une inféodation de Washington à l’État d’Israël (source : i24News, 28 avril 2019). Sur ce point, on lira avec profit : « AIPAC : contes et légendes du lobby pro-Israël aux États-Unis » et « La polémique sur le “lobby pro-israélien” ».