Des gros titres aux petites infos passées inaperçues : ce qu’il fallait retenir de l’actualité des derniers jours en matière de conspirationnisme et de négationnisme (semaine du 08/04/2019 au 14/04/2019).

FABRIQUE DU MENSONGE. Le cinquième volet du documentaire « La Fabrique du mensonge » était consacré à la figure d’Alex Jones, animateur complotiste du site InfoWars. Le film revient sur la parcours de celui qui a fini par faire l’objet de mesures de blocage sur Internet à l’été 2018, après avoir profité pendant vingt ans de la passivité des réseaux sociaux. Et largement contribué à l’arrivée au pouvoir de Donald Trump. À voir en replay (source : francetvinfo.fr, 14 avril 2019).

BUREAU DES LÉGENDES. Lorsque l’on demande à Éric Rochant comment éviter la théorie du complot, le créateur de la série Le Bureau des légendes répond : « Il y a un critère simple pour voir si vous êtes devenu un obsessionnel du complot : si c’est le cas, la conspiration supposée va toujours dans le sens de ce que vous voulez voir, et jamais dans le sens contraire. Elle correspond toujours à votre fantasme. Si vous n’êtes jamais déçu par le réel, c’est que vous êtes tombé dans le complotisme. » L’interview est à retrouver en son entier dans Philosophie Magazine.

GILETS JAUNES ET INGÉRENCE. Inquiètes de l’éventuel rôle d’une puissance étrangère qui aurait pu, en sous-main, instrumentaliser la contestation des Gilets jaunes, les autorités françaises ont, au début du mois de décembre 2018, diligenté des vérifications sur les réseaux sociaux après avoir repéré l’apparition de nombreux comptes suspects et très actifs sur le sujet des « gilets jaunes », notamment sur Twitter. Trois mois plus tard, une enquête interne à Facebook n’a rien découvert de suspect, précisant toutefois que certains acteurs avaient profité de la contestation pour diffuser leurs habituels « discours clivants ». Autrement dit, si la contestation des Gilets jaunes a pu être amplifiée ou accompagnée à la marge par des puissances étrangères, rien n’indique qu’elle a été créée ou manipulée (source : lemonde.fr, 4 avril 2019).

LISTE ANTI-REMPLACISTE. L’écrivain Renaud Camus, théoricien du « Grand Remplacement », a annoncé qu’il conduirait aux élections européennes du 26 mai prochain une liste baptisée « La ligne claire ». Le thème central de sa campagne ? Comme lors de ses tentatives précédentes de capter les suffrages : la lutte contre le « remplacisme », la « davocratie » et Bruxelles, qualifiée de « capitale de la collaboration »… Cette exposition lui permet de dénoncer une soi-disant cabale politico-médiatique contre ses opinions. Le 8 avril, lors d’une conférence de presse, Camus, pour qui « la négation du Grand Remplacement est la forme la plus actuelle du négationnisme », a critiqué le faible nombre de journalistes : « Tout est fait pour qu’il ne soit pas question de nous ». Le ton est donné… (source : lemonde.fr, 9 avril 2019).

LABOUR PARTY. Membre du Parti travailliste britannique (Labour), Virginia Keyes a été choisie pour se présenter à des élections locales (Torbey, comté de Devon, Angleterre) qui auront lieu au début du mois de mai 2019. La militante a pourtant fait l’objet de plusieurs plaintes au cours des sept dernières années pour sa tendance à publier des contenus à caractère antisémite sur les réseaux sociaux. Le mois dernier, la présentatrice télé britannique Rachel Riley a révélé que, depuis 2012, Keyes partagé à plusieurs reprises des contenus antisémites prêtant notamment aux « Juifs sionistes » le projet diabolique d’exterminer tous les non-Juifs. Suspendue par les instances du parti le temps que toute la lumière soit faite sur ces contenus antisémites, elle n’en demeure pas moins pour l’instant candidate aux élections, sa suspension étant intervenue postérieurement à la date limite de dépôt des candidatures (source : Conspiracy Watch, 9 avril 2019).

MAGIE. Un laboratoire universitaire à l’Université de Londres, le Magic Lab, travaille à mieux comprendre la magie. Il s’agit de soumettre cette pratique à un examen scientifique rigoureux. Il fait ainsi apparaître que la magie exploite les biais cognitifs en détournant l’attention, à faire en sorte que les spectateurs ne voient pas ce qui se passe devant leurs yeux. Ainsi la compréhension de la magie peut-elle aider à explorer le monde des théories du complot et des fausses informations (source : BBC, 10 avril 2019).

WIKILEAKS. Le 11 avril 2019, Julian Assange, le fondateur australien de Wikileaks, a été arrêté à Londres, par la police britannique, dans l’enceinte de l’ambassade de l’Équateur où il s’était réfugié depuis 2012. Quelques rappels sur Assange, Wikileaks et le complotisme :

« La mort sordide d’un jeune homme est devenue un élément de langage conspirationniste brandie comme la preuve d’une affaire insaisissable. » C’est ce qu’on pouvait conclure des manipulations politiques et des théories du complot inspirées par le meurtre de Seth Rich, 27 ans, un salarié du Parti démocrate, le 10 juillet 2016. Wikileaks n’a pas peu contribué à la diffusion d’une rumeur faisant de Rich un de ses lanceurs d’alerte. Rappel d’une théorie bruyamment relayée par  les réseaux sociaux mais aussi par Fox News (source : lemonde.fr, 31 mai 2017 ; Paris-Match, 11 août 2016). Conspiracy Watch avait pointé, en 2011, le penchant complotiste de Julian Assange (source : Conspiracy Watch, 20 février 2011). Dès décembre 2010, Conspiracy Watch posait la question au sujet des liens existant entre Assange et un certain Israel Shamir : « Pourquoi Wikileaks travaille-t-il avec un négationniste notoire ? ». Des interrogations relancées en septembre 2018 avec la publication par l’Associated Press d’un document mettant en évidence les liens entre Assange et Shamir (source : Conspiracy Watch, 21 septembre 2018). Soulever la question d’un penchant antisémite chez Assange n’est pas incongru, si l’on en juge certaines de ses déclarations au cours de ces dernières années (source : Jewish News Syndicate, 13 avril 2019).

Vincent Vauclin sur le plateau de “Balance ton post !” sur C8 (capture d’écran, 11 avril 2019)

VINCENT VAUCLIN. Le 11 avril 2019, l’émission « Balance Ton Poste » (C8) recevait en direct, parmi ses invités, Vincent Vauclin, président de la Dissidence Française et tête de liste de la « Liste de la Reconquête » aux élections européennes. Il n’est pas inutile de rappeler l’admiration de Vauclin, qui s’est vu dérouler le tapis rouge dans une émission de divertissement, pour Maurice Bardèche, initiateur du négationnisme, et l’appel à renverser militairement la République contenu dans son livre Putsch, paru en 2013.

FRANÇOIS ASSELINEAU. Lors de la présentation des résultats d’un sondage, la chaîne LCI a diffusé un visuel où ne figuraient pas les intentions de vote pour l’Union populaire républicaine (UPR). Président du parti, François Asselineau, relayé par Étienne Chouard, a dénoncé une censure motivée par la crainte qu’inspirerait la progression de son mouvement dans les sondages. Checknews fournit des explications beaucoup plus prosaïques au sujet de l’affichage par LCI des résultats des petits partis (source : Checknews.fr, 12 avril 2019). Au sujet de l’UPR et de ses tentatives d’entrisme chez Gilets jaunes, on lira une analyse du Monde. Si les tendances complotistes et les mots d’ordre (Frexit, sortie de l’OTAN…) de l’UPR sont susceptibles d’être accueillis favorablement au sein du mouvement de protestation, l’offensive de ce dernier chez les Gilets jaunes ne fait toutefois pas l’unanimité (source : lemonde.fr, 12 avril 2019).

TOUTÂNKHAMON. Des « antiracistes » réclament l’interdiction de l’exposition « Toutânkhamon » à Paris car elle dissimulerait selon eux un point essentiel : le pharaon aurait eu la peau noire, à l’instar de l’ensemble de la population égyptienne dans l’Antiquité. Cette thèse à caractère complotiste, portée dès le début des années 1950 par l’historien sénégalais Cheikh Anta Diop (1923-1986), est bien connue des égyptologues, qui observent depuis plusieurs années sa propagation jusque dans les amphithéâtres. Pour la spécialiste Bénédicte Lhoyer, « aujourd’hui, ce discours est récupéré par des gens qui expriment une espèce de violence identitaire dans le but de faire une sorte d’OPA sur l’Égypte ancienne. L’archéologie est devenue une arme pour eux » (source : Le Point, 12 avril 2019).