Pour Poutine et ses fermes à trolls, les centaines de victimes sont une « falsification » des Ukrainiens ou des services britanniques. Quand l’intox le dispute à l’indécence.

Oublions que la Russie n’a cessé de dénoncer des « provocations » derrière les bombardements chimiques en Syrie, les snipers de la place Maïdan, l’explosion en plein vol d’un Boeing de la Malaysia Airlines, l’assassinat de Boris Nemtsov, les empoisonnements de Sergueï Skripal et d’Alexeï Navalny, les accusations d’ingérence dans l’élection présidentielle américaine de 2016…
Supposons un instant que les centaines de victimes civiles de Boutcha soient ce qu’en disent Poutine, ses ministres, ses ambassadeurs, ses médias et ses fermes à trolls, à savoir une « provocation grossière et cynique de la part du régime de Kiev », une « falsification » orchestrée par les Ukrainiens eux-mêmes ou – autre version en circulation – par les services secrets britanniques.
Supposons que Boutcha soit un complot antirusse. Si les dépouilles qui jonchaient encore les rues de la ville le 2 avril étaient de « faux cadavres », à qui donc appartenaient les corps de cet adulte et de cet enfant retrouvés côte à côte calcinés près d’une voiture ? Où les services secrets ukrainiens ont-ils recruté des « figurants » capables de simuler la mort aussi bien, de supporter le froid et la faim pendant plusieurs semaines, étendus sur le sol sans bouger, dans le seul but de confondre les satellites d’observation américains ? De quelle école de théâtre les acteurs qui jouent les témoins des exactions sortent-ils ? Qui a écrit leur texte, s’ingéniant à ce que leurs versions concordent auprès de la presse internationale, sans omettre aucun détail propre à trahir la supercherie ? [...]
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