L'antisionisme démonologique de l'humoriste égyptien le conduit à réécrire l'histoire et à cautionner les thèmes d'accusation antijuifs les plus éculés.

Jeudi 29 janvier, Bassem Youssef était l'invité de l'influenceuse complotiste Candace Owens. Loin de se distancier des prises de position extravagantes de son hôte − dont les outrances délirantes sur l'implication de l'armée française dans une tentative d'assassinat contre elle et les récents propos sur l'existence d'un projet secret permettant de voyager dans le temps ont embarrasé Alain Soral aussi bien qu'Alex Jones −, l'humoriste égyptien a livré près de deux heures d'un discours conspirationniste échevelé, accusant l'État d'Israël de fomenter en sous-main toutes sortes d'attentats sous faux drapeaux.
Revenant sur l'attaque du quartier général britannique à l'hôtel King David de Jérusalem en 1946, près de deux ans avant la création de l'État hébreu, Youssef attribue trompeusement cet attentat à la Haganah, embryon de la future armée israélienne, alors qu'il a été notoirement perpétré par l'Irgoun, une organisation terroriste s'inscrivant dans le courant sioniste révisionniste partisan du « Grand Israël ».
« Comme pour le 7-Octobre » le coupe Candace Owens. Réponse de l'intéressé : « Oui. »
Et Bassem Youssef d'incriminer encore le Mossad pour l'attentat contre l'ambassade d'Israël à Londres en 1994, la tentative d’attaque contre la Chambre des députés du Mexique en octobre 2001 ou encore... l’attentat de Bondi Beach, à Sydney, en décembre 2025, qualifiant au passage les attentats du 11 septembre 2001 de « false flag » :
« Et puis, en 1994, l'attentat à la bombe contre l'ambassade israélienne à Londres a été perpétré par le Mossad. Et puis, ils ont en quelque sorte fait porter le chapeau à deux Palestiniens. Un mois après le 11-Septembre − qui est la plus grande opération sous faux drapeau −, en octobre 2001, il y a eu une attaque du Parlement mexicain par deux individus du Mossad. Ils se faisaient passer pour des Palestiniens, mais ils ont été découverts avant l'attentat. [...] Et, bien sûr, nous avons l'attaque de Bondi. »
À l'appui de cette dernière accusation, Youssef relaie une rumeur complotiste visant à faire passer Arsen Ostrovsky, un avocat spécialisé dans les droits de l'homme blessé lors de l'attentat de Bondi, pour un « acteur de crise ».
Tandis que Candace Owens a réaffirmé que Charlie Kirk, assassiné le 10 septembre dernier par un Américain de 22 ans, avait été assassiné parce qu'il aurait refusé de collaborer avec Benyamin Netanyahou, Youssef a abondé dans son sens : « Je suis d'accord pour dire qu'il commençait à s'éveiller vers la fin, car il a commencé à poser des questions ». Il ne s'est pas non plus inscrit en faux contre les propos de la youtubeuse sur le contrôle d'Hollywood par les « sionistes » qu'elle a qualifié de « satanistes » et de « psychopates » dont le cerveau serait « câblé pour mentir ». Il a au contraire déclaré :
« Israël ne ment pas seulement pour cacher la vérité. Ils mentent pour le plaisir. Ils le font simplement parce que cela les amuse. Et ils mentent pour vous épuiser. Car maintenant, vous regardez tout ce qu'on nous dit. Comment pouvez-vous croire un pays qui a une histoire très lucrative d'opérations sous faux drapeaux ? [...] Comment pouvez-vous croire un pays qui ment 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24 ? »
Il y a quelques mois, sur une chaîne de télévision égyptienne, Bassem Youssef a confié qu'il était obligé de choisir ses batailles lorsqu'il passe dans des médias occidentaux comme l'émission de Piers Morgan et qu'il a été obligé de concéder pendant 3 ou 4 secondes que le Hamas était une organisation terroriste afin d'être audible et de disposer de deux heures pour faire entendre à un public occidental des choses qu'il n'aurait jamais pu entendre autrement.
Bassem Youssef delivers two different messages—one for the West and another for the Middle East. He went on Egyptian TV and essentially told viewers: I tricked Piers Morgan. I said Hamas is a terrorist organization—not because I believe it, but because it allowed me to have two… pic.twitter.com/evhBerpi2s
— Brother Rachid الأخ رشيد (@BrotherRasheed) October 28, 2025
Largement médiatisé aux États-Unis au cours des deux années de guerre Israël-Hamas qui ont suivi les massacres du 7 octobre 2023, Bassem Youssef cumule près de 10 millions d'abonnés sur X et 7,4 millions sur Instagram. En août 2024, son compte X a été temporairement désactivé à la suite d'une série de remarques controversées sur les Juifs. Selon lui, les Juifs israéliens utiliseraient leur statut de « peuple élu » pour voler les terres des Palestiniens et les tuer.
Ancienne icône de la télévision égyptienne avant d’immigrer aux États-Unis en 2014, Youssef, qui se définit lui-même comme « un clown », a qualifié les accusations d'antisémitisme à son encontre de « risibles ». Qualifiant cette étiquette de « surutilisée », en particulier à l'encontre des Juifs soutenant la cause palestinienne, il a déclaré que l'antisémitisme « était devenu une accusation comique » et qu'il était utilisé par les « sionistes » comme une tactique d’intimidation ayant perdu de son efficacité.
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