HARCÈLEMENT. Tout a commencé avec la publication, le 18 novembre, d'un sondage de l'Ifop sur « le rapport à l'islam et à l'islamisme des musulmans de France » (également couvert par Conspiracy Watch). Depuis lors, la revue Écran de Veille, commanditaire de cette enquête d'opinion, est la cible de menaces et d'intimidations. Elle se voit notamment reprocher d'être un relais d'influence au service des Émirats arabes unis dans leur lutte contre les Frères musulmans et leurs soutiens, le Qatar et la Turquie − ce que la rédaction d'Écran de Veille juge diffamatoire. Dans ce contexte, le député LFI Paul Vannier a publié sur X une capture d'écran faisant apparaître, surlignée, l'adresse du siège de ce mensuel qu'il accuse de poursuivre un « agenda islamophobe ». Trois jours plus tard, dans une vidéo tournée depuis son bureau de l'Assemblée nationale, le même s'interrogeait : « La commission d'“enquête” anti-LFI de Laurent Wauquiez a-t-elle été manipulée par les services de renseignements des Émirats ? » Le député désignait ensuite les journalistes Nora Bussigny (qui collabore à Conspiracy Watch mais aussi au Point, à Marianne ou encore à Franc-Tireur) et Emmanuel Razavi, présentés comme des relais de cette influence étrangère au motif que leurs noms figurent à l'ours d'Écran de Veille. Bussigny et Razavi, qui soulignent n'avoir eu aucun rôle dans la commande du sondage Ifop, ont annoncé déposer plainte contre Vannier pour diffamation et mise en danger, parallèlement aux plaintes de l'Ifop visant également des députés LFI pour les avoir accusés de « manipulation idéologique ».
Nora Bussigny, qui a publié récemment Les Nouveaux antisémites (Albin Michel, 2025), a reçu des centaines de messages d'insultes d'une violence inouïe ainsi qu'une menace de mort caractérisée. Elle se voit tout à la fois traitée de « sioniste », de « nazie », qui serait « payée » à la fois par Israël et les pays du Golfe. Elle a annoncé porter plainte pour cyberharcèlement, mise en danger de la vie d'autrui et menaces de crime. Devant la commission d'enquête de l'Assemblée nationale sur « les liens existants entre les représentants de mouvements politiques et des organisations et réseaux soutenant l'action terroriste ou propageant l'idéologie islamiste », elle décrit, sur la base de ses enquêtes, les convergences qu'elle a observées entre activisme pro-palestinien et réseaux islamistes. Emmanuel Razavi quant à lui détaille des cas d'entrisme électoral des Frères musulmans.
L'offensive de Vannier, qui transforme ces témoins embarrassants en supposés vecteurs d'ingérence étrangère, apparaît surtout comme un contre-feu politique destiné à déplacer le centre de gravité du débat public vers une mise en cause ad hominem des journalistes qui documentent les liens entre l'islam politique et certains partis comme LFI (sources : Libération, 20 novembre 2025 ; Paul Vannier/Facebook, 21 novembre 2025 ; Assemblée nationale, 28 octobre 2025 ; Marianne, 28 novembre 2025).











