Arthur Jones (capture d’écran CNN / Youtube)

Dans l’Etat de l’Illinois, un ancien membre du Parti nazi américain (ANP) a été désigné, mardi 20 mars 2018, comme candidat du Parti républicain pour les prochaines élections au Congrès, dans une circonscription située dans la banlieue de Chicago. Il a totalisé les suffrages de 20 339 républicains de l’Illinois selon des chiffres provisoires.

Le village où habite Arthur Jones est situé à moins de 50 kilomètres de Skokie, où a eu lieu, en 1977, une manifestation néo-nazie, et qui abrite aujourd’hui le Musée de l’Holocauste de l’Illinois. Employé d’une compagnie d’assurance aujourd’hui à la retraite, Arthur Jones est âgé de 70 ans. Connu depuis longtemps pour ses positions antisémites et négationnistes – il qualifie la Shoah d’« escroquerie » et d’« extorsion internationale » –, il dirige un groupe ouvert à « tous les Américains blancs d’ascendance européenne non-juive ». Même si ses chances d’être élu paraissent extrêmement minces à tous les observateurs, il tentera, en novembre prochain, de devenir le premier député républicain de sa circonscription depuis 1975.

Comment cela est-il possible ?

Pour le comprendre, il faut commencer par rappeler que, contrairement aux partis politiques français, n’importe qui peut, dans le système américain, se présenter dans une élection législative sans appartenir officiellement au Parti républicain ou au Parti démocrate. Les cadres du Grand Old Party n’ont par conséquent aucun moyen d’empêcher la désignation d’un candidat dès lors que ce dernier a obtenu suffisamment de signatures et remporte les primaires. Jones avait également tenté de se présenter pour les législatives de 2016, mais le Parti républicain d’Illinois avait réussi à le disqualifier pour irrégularités. Hier, lors de la primaire républicaine locale, Arthur Jones s’est retrouvé seul : dans une circonscription dominée par les démocrates, aucun autre candidat républicain ne s’était présenté contre lui. Le 6 novembre, Jones affrontera donc le congressiste démocrate Dan Lipinski, élu de sa circonscription depuis 2005.

Bien que sa candidature au scrutin de novembre soit acquise, plus de 20 000 électeurs ont voté mardi pour Jones. Un certain nombre de républicains ont pu, par négligence, accorder leur suffrage à ce militant raciste et antisémite sans nécessairement en être informé. En effet, toutes les élections primaires étant organisées au même moment, notamment celle concernant la candidature républicaine pour le poste de gouverneur de l’Etat, des électeurs ont pu voter accidentellement pour Jones, comme un éditorial du Chicago Tribune l’avait envisagé.

En février dernier, le Parti républicain avait fait savoir, par la voix de son représentant local, qu’il explorait toutes les options pour entraver la candidature d’Arthur Jones : « Les nazis n’ont aucune place dans la démocratie de notre pays, et à cette fin, nous continuerons à nous opposer avec énergie à tout ce que soutient M. Jones ».

Arthur Jones n’est pas, quant à lui, un soutien enthousiaste de Donald Trump à qui il reproche de s’être « entouré de Juifs », allusion au gendre et conseiller du président, Jared Kushner. Critiqué pour sa complaisance à l’égard de l’extrême droite, où il compte de très nombreux partisans, le président américain avait jusqu’à l’été dernier pour principal conseiller politique Steve Bannon, l’ancien directeur du site emblématique de l’Alt-Right, Breitbart News.

Selon un rapport de l’Anti Defamation League (ADL), principale organisation juive américaine de lutte contre l’antisémitisme, les incidents antisémites aux Etats-Unis ont augmenté de 57 % en 2017. C’est la plus forte hausse enregistrée depuis les années 1970. Une situation attribuée par l’ADL à un climat politique dans lequel les extrémistes se sentent galvanisés.

 

(MàJ 17h49 : ajout du nombre provisoire d’électeurs républicains à avoir voté pour Arthur Jones aux primaires du 20 mars 2018)