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FBI : « Ben Laden est le responsable de l'attaque du 11-Septembre »
Commentant un enregistrement audio d’Oussama Ben Laden rendu public le 29 novembre 2007 par la chaîne Al-Jazeera, le porte-parole officiel du FBI (1), Richard J. Kolko, a déclaré :

« Comme l'a dit le FBI depuis le 11-Septembre, Ben Laden était le responsable de l'attaque ... dans ce dernier enregistrement, il a de nouveau reconnu sa responsabilité. Cela devrait aider tous les théoriciens du complot à comprendre, une fois de plus, que l'attaque du 11-Septembre a été perpétrée par Ben Laden et Al-Qaïda ».

Richard Kolko faisait ici référence à l’un des principaux arguments du discours conspirationniste selon lequel « Ben Laden n’est pas recherché par le FBI pour son implication dans les attentats du 11 septembre 2001 ».


Force est de constater que les avis de recherche concernant le chef d'Al-Qaïda, publiés sur le site du FBI (2), ne mentionnent pas les attentats de 2001 alors même qu’ils indiquent ceux perpétrés en 1998 contre les ambassades américaines de Dar es Salaam (Tanzanie) et de Nairobi (Kenya). Plus troublant encore, Rex Tomb, chef de l'Investigative Publicity and Public Affairs Unit (3) au sein du FBI, a déclaré en juin 2006 que son agence ne disposait d’aucune preuve suffisamment solide (« no hard evidence ») pour établir un lien entre Ben Laden et les attentats du 11-Septembre (4) !

Les déclarations de Rex Tomb ont eu un tel retentissement que le prestigieux Washington Post a décidé de l’interviewer dans un article publié le 28 août 2006. Rex Tomb y dédramatise ses propos en insistant sur le fait qu’il n’y a « aucun mystère » dans le fait que le FBI ne mentionne pas le 11-Septembre dans l’avis de recherche de Ben Laden :

« Ils auraient pu ajouter le 11-Septembre mais ils ne l’ont pas fait parce qu’ils n’avaient pas besoin de le faire à ce stade… Il y a une logique à ça ».

De la même manière, l’ancien procureur fédéral de New-York, David N. Kelley, a déclaré qu’il n'était pas du tout surpris par une telle situation :

« Cela peut sembler un peu étrange vu de l'extérieur, mais d’un point de vue juridique, cela a un sens ».

Et en effet, d’un point de vue juridique, cela a un sens. Tout simplement parce que l’autorité de tutelle du FBI, le Département de la Justice, n’a toujours pas inculpé formellement Ben Laden. Une telle inculpation suppose, dans un Etat de droit, que les preuves dont dispose la justice soient rendues publiques afin de respecter le principe du contradictoire, condition d’un procès équitable. Or, une inculpation prématurée obligerait les Etats-Unis à divulguer une partie de leurs sources de renseignement, dont on imagine sans difficulté qu'elles revêtent un caractère hautement sensible. De surcroît, Ben Laden étant déjà activement recherché pour son implication dans d’autres attentats, il n’y a aucune urgence à l'inculper formellement pour son rôle dans ceux de 2001.

Ajoutons que l’avis de recherche du FBI ne nie absolument pas l’implication de Ben Laden dans les attentats de 2001. Il précise d’ailleurs que le terroriste saoudien est « suspect [pour son implication] dans d’autres attaques terroristes à travers le monde ». En outre, une déclaration de 2002 du directeur exécutif adjoint pour les divisions du contre-espionnage et du contre-terrorisme du FBI devant la commission permanente du Sénat chargée du renseignement (le Senate Select Committee on Intelligence) désigne clairement Al-Qaïda comme responsable des attentats du 11-Septembre et Ben Laden comme l’un des leaders d’Al-Qaïda (5). En février 2003, le directeur du FBI, Robert S. Mueller, a déclaré devant la même Commission que « les preuves impliquant Al-Qaïda dans les attaques du 11-Septembre étaient claires et irréfutables », précisant que « le réseau terroriste Al-Qaïda [était] dirigé par Oussama Ben Laden » (6). Enfin, l’avis de recherche émis à l’encontre de Ben Laden sur le site du programme Rewards for Justice - qui dépend du Département d'État américain - indique explicitement que Ben Laden « est recherché dans le cadre des attentats du 11 septembre 2001 perpétrés contre le World Trade Center et le Pentagone ».


Notes :
(1) Richard J. Kolko est à la tête du National Press Office du FBI à Washington D.C.
(2) Ben Laden figure dans la liste des « terroristes les plus recherchés » et dans celle des « dix fugitifs les plus recherchés » du FBI.
(3) Voici comment est présenté l'IPPAU sur le site du FBI : « The Investigative Publicity and Public Affairs Unit (IPPAU) in our Office of Public Affairs is a small staff that spends a portion of its time working with domestic and international screenwriters, producers, authors, and other industry personnel associated with TV programs, documentaries, made-for-TV movies, books, and motion pictures. In addition, the unit is the same one that manages national and international publicity for wanted fugitives (including the “Ten Most Wanted Fugitives”), Most Wanted Terrorists, and missing children, and it also coordinates other proactive initiatives ».
(4) Le 5 juin 2006, l’équipe du site Muckraker Report a téléphoné au siège du FBI pour connaître la raison pour laquelle l’avis de recherche de Ben Laden n’indiquait pas sa participation à l’organisation des attentats du 11-Septembre. Rex Tomb a répondu : « Le FBI rassemble des preuves. Une fois que cela est fait, c’est au tour du Département de la Justice. Le Département de la Justice décide alors si il y a suffisamment de preuves à présenter à un grand jury fédéral. Dans le cas des attentats de 1998 contre les ambassades américaines, Ben Laden a été formellement accusé et inculpé par un grand jury. Il n'a pas été formellement accusé et inculpé pour son implication dans le 11-Septembre parce que le FBI n'a aucune preuve solide pour établir un lien entre Ben Laden et les attentats du 11-Septembre » (version originale : “The FBI gathers evidence. Once evidence is gathered, it is turned over to the Department of Justice. The Department of Justice than decides whether it has enough evidence to present to a federal grand jury. In the case of the 1998 United States Embassies being bombed, Bin Laden has been formally indicted and charged by a grand jury. He has not been formally indicted and charged in connection with 9/11 because the FBI has no hard evidence connected Bin Laden to 9/11.”).
(5) Voici un extrait du témoignage de Dale L. Watson, ancien directeur adjoint de la Division du contre-terrorisme du FBI, devant le Senate Select Committee on Intelligence en date du 6 février 2002 : « The most serious international terrorist threat to U.S. interests today stems from Sunni Islamic extremists, such as Usama Bin Laden and individuals affiliated with his Al-Qaeda organization. Al-Qaeda leaders, including Usama Bin Laden, had been harbored in Afghanistan since 1996 by the extremist Islamic regime of the Taliban. Despite recent military setbacks suffered by the Taliban and the apparent death of Al-Qaeda operational commander Mohamed Atef resulting from a U.S. bombing raid, Al-Qaeda must continue to be viewed as a potent and highly capable terrorist network. The network's willingness and capability to inflict large-scale violence and destruction against U.S. persons and interests--as it demonstrated with the September 11 attack, the bombing of the USS Cole in October 2000, and the bombings of two U.S. embassies in east Africa in August 1998, among other plots--makes it a clear and imminent threat to the United States ».
(6) Voici le témoignage du Directeur du FBI Robert S. Mueller devant le Senate Select Committee on Intelligence, en date du 11 février 2003 : « The al-Qaeda terrorist network headed by Usama Bin Laden is clearly the most urgent threat to US interests. The evidence linking al-Qaeda to the attacks of September 11 is clear and irrefutable, and our investigation of the events leading up to 9/11 has given rise to important insights into terrorist tactics and tradecraft, which will prove invaluable as we work to prevent the next attack ».

(Dernière mise à jour : 22/10/2009)