Aymeric Chauprade : l’avènement d'une géopolitique conspirationniste ?
Le 4 février 2009, Jean Guisnel révélait sur le site du Point.fr que le géopoliticien Aymeric Chauprade, ancien directeur de campagne de Philippe de Villiers aux européennes de 2004, chroniqueur pour le Figaro et titulaire de la chaire de géopolitique du Collège interarmées de défense, affichait des conceptions pour le moins contestables concernant les attentats du 11-Septembre dans son dernier ouvrage Chronique du choc des civilisations (éditions Chronique, 2009 – ci-contre) :

« Dans son introduction générale qui s’étend sur dix pages, il présente les théories du complot qui foisonnent autour de cet événement, comme "une hypothèse qui ne manque pas d’argument à défaut de forcément convaincre". Cette "hypothèse" étant en réalité la vision de "ceux qui pensent qu’un machiavélique complot américano-israélien a été le point de départ d’une guerre américaine contre le reste du monde". Le point de vue est-il balancé, les sources contradictoires ? Non. Des recherches personnelles de celui qui se présente comme ayant "puissamment contribué à la renaissance des études géopolitiques en France" viendraient-elles conforter des sources inédites, des travaux scientifiques incontestables, sur ce prétendu complot ? Pas davantage. Le lecteur a seulement le droit à une compilation complaisante et sans recul, le plus souvent à l’indicatif. (…) L’attaque des tours jumelles du World Trade Center de New York et du Pentagone par des terroristes préparés par al-Qaïda ? "Le nouveau dogme du terrorisme mondial", une "version officielle", donc sujette à caution. Au World Trade Center, "l’incendie n’a pas été si violent que le prétend la commission d’enquête". "L’onde de choc n’a pas pu provoquer l’effondrement. (…) Seule une démolition contrôlée par des explosifs permet d’obtenir un effondrement aussi rapide et parfait." Le reste est à l’avenant ».

Jean Guisnel considère qu’Aymeric Chauprade a apporté sa caution scientifique aux théories du complot sur le 11-Septembre, sans prendre aucune distance avec elles. Le ministre de la Défense Hervé Morin n’a pas tardé à réagir puisque dès aujourd’hui, 5 février, il a indiqué avoir « donné pour consigne au (…) directeur du Collège interarmées de défense de ne pas conserver ce monsieur Chauprade dans son corps enseignant ». « J’ai découvert un texte au travers duquel passent des relents inacceptables, a déclaré le ministre. Sur onze pages, on nous parle d’un complot israélo-américain imaginaire visant à la conquête du monde ».

Sources :
* Jean Guisnel, « Chauprade, l’homme qui forme les officiers et déforme l’histoire », Le Point.fr, 4 février 2009.
* Jean Guisnel, « Un géopoliticien congédié par Hervé Morin suite à un article du Point », Le Point.fr, 5 février 2009.

Aymeric Chauprade : l’avènement d'une géopolitique conspirationniste ?
Mise à jour (07/02/2009) :
Dans un article publié hier, Le Point.fr indique qu’Aymeric Chauprade se défend en expliquant : « Je présente la thèse [du complot américano-israélien], certes de manière avantageuse, mais sans la faire mienne. Je souhaitais mettre en opposition deux façons de voir le monde, sachant que la moitié de l’humanité pense que les attentats du 11 Septembre sont le fruit d’un tel complot ».

Il est également précisé qu’Aymeric Chauprade, interrogé par Le Point avant la parution de l’article sur le site internet du journal, n’avait pas répondu (cf. Jean Guisnel, « Congédié par Hervé Morin, le géopoliticien Aymeric Chauprade est "très fâché" », Le Point.fr, 6 février 2009).

Antoine Beauquier, l’avocat d’Aymeric Chauprade, a indiqué que son client entendait contester la décision d’Hervé Morin devant le tribunal administratif pour « abus de pouvoir », et niait être un partisan d’une quelconque théorie du complot à propos des attentats. Aymeric Chauprade « évoque dans son livre les thèses négationnistes, mais à aucun moment n’y souscrit » a déclaré l’avocat. « Comme il s’agit d’un ouvrage scientifique le ton n’est pas virulent », a poursuivi Me Beauquier qui a précisé que son client envisageait des poursuites en diffamation contre le site du Point.fr (cf. « Théorie du complot/11 septembre : Morin limoge un enseignant de la Défense », dépêche AFP du 5 février 2009).

Mise à jour (11/02/2009) :
* Le 7 février 2009, le blog de Libération.fr, Secret Défense, a interrogé Aymeric Chauprade qui déclare : « J’ai désormais les mains libres pour m’exprimer. Le petit clan qui, au cœur de la Défense défend des intérêts étrangers, essentiellement américains, va devoir s’inquiéter. (…) On a le droit de ne pas savoir (qui est à l’origine des attentats). Je ne suis pas convaincu par la version officielle. J’ai en effet présenté de manière crédible les thèses alternatives. Mais je donne la version officielle – que tout le monde d’ailleurs connait – dans une chronologie. J’ai des doutes importants, mais cela ne veut pas dire que je crois que les responsables sont des éléments des services américains ou israéliens. Je ne tire pas de conclusions, je m’interroge » (source : « CID : Chauprade s’en prend à un "petit clan qui défend des intérêts américains" et va saisir la justice »).

* Dans un communiqué publié sur son site le 9 février 2008, le Bloc Identitaire (extrême droite) « exige la réintégration immédiate et sans condition d’Aymeric Chauprade dans ses fonctions ».

* Chrétienté.info reproduit sur son site une partie d’un article de Bruno Larebière – du journal d’extrême droite Minute – selon lequel Aymeric Chauprade n’aurait été écarté que parce qu’il avait critiqué « l’hégémonie militaire américaine » (source : « Quel véritable crime a commis Aymeric Chauprade ? », 10 février 2009).

Mise à jour (10/03/2009) :
La procédure d’Aymeric Chauprade contre Hervé Morin a été rejetée par le tribunal administratif (TA) de Paris le 28 février dernier. Le jugement précise : « Eu égard au faible nombre d’heures d’enseignement dispensées par an par M. Chauprade, la mesure ne porte pas une atteinte grave à son niveau de revenu (…). [La décision d’éviction prise par le ministre de la Défense Hervé Morin] ne porte pas atteinte à sa réputation d’universitaire dès lors qu’un seul hebdomadaire a consacré un article à son ouvrage ». Le TA a considéré enfin que l’article en question, signé par Jean Guisnel et paru dans Le Point, s’inscrivait « non pas dans une démarche de lynchage médiatique, mais dans le cadre d’un débat d’idées habituel en la matière » (source : blog "Défense ouverte", par Jean Guisnel, Le Point.fr, 2 mars 2009).

Mise à jour (16/04/2009) :
• Dans un entretien publié par un journal étudiant en mars 2009, Aymeric Chauprade déclare : « On a mis au pouvoir des néo-conservateurs à la française qui n’attendent qu’une chose : que les Etats-Unis déclarent la guerre à l’Iran pour pouvoir y participer et payer leur tribut à l’empire. J’ai affirmé, dans un amphithéâtre rempli par quatre cent officiers, mon opposition à une guerre contre l’Iran et on ne me l’a pas pardonné. (…) Ceux qui m’attaquent et veulent me faire taire tiennent à ce que la bombe nucléaire au Moyen-Orient reste une exclusivité israélienne, ils ne jurent que par cela. Après avoir placé des va-t-en-guerre à tous les postes-clés du gouvernement, ils s’emploient maintenant à épurer les autres institutions (médias, armée, etc.) de tous les éléments dérangeants, de tous les esprits critiques, afin d’être prêts à l’éventualité de cette guerre. Ma mise à l’écart doit se comprendre dans ce contexte. (…) je me battrai toujours pour notre souveraineté. Je crois que nous n’avons rien à faire dans la collaboration d’un axe américano-israélien et que, tout en préservant notre autonomie, nous aurons au contraire tout intérêt à tourner nos regards vers l’Est… » (source : Le Cafignon (journal d’étudiants de l’Université de Neuchâtel), propos recueillis par David L’Epée).

• Au terme d’une seconde plainte d’Aymeric Chauprade, le tribunal administratif de Paris a suspendu, le 24 mars 2009, la décision de sanction prise par Hervé Morin, estimant que le ministre avait porté atteinte aux droits de la défense (source : AFP, « Le licenciement de Chauprade suspendu », dépêche du 24 mars 2009).

Mise à jour (22/09/2009) :
Aymeric Chauprade a accordé une interview au mensuel d’extrême droite Le Choc du Mois, publiée dans son numéro de février 2009 (voir ci-contre).

Mise à jour (07/08/2011) :
Dénouement de l’affaire avec cet article de Jean Guisnel paru dans Le Point du 7 juillet 2011. Extraits :
« Dans un jugement rendu public le 1er juin dernier (…), le tribunal administratif estime que, effectivement, Chauprade livre "sans distance critique suffisante une présentation flatteuse de ces thèses (…), [ce qui] constitue un manquement au devoir de réserve qui s’impose à tout agent public en dehors du service". Pour autant, il juge qu’Hervé Morin a eu tort de renvoyer Chauprade sans respecter les formes ni entendre ses arguments en réplique et condamne l’État à lui verser 1 500 euros en remboursement de ses frais de justice. (…) Par ailleurs, M. Chauprade avait engagé des poursuites contre Le Point. (…) En première instance, le 13 octobre 2009, la 17e chambre du tribunal de Paris a estimé que [Le Point n’avait] "pas outrepassé les limites de la libre critique des thèses et opinions publiquement formulées par la partie civile, soit dans un ouvrage qu’elle a choisi de livrer à l’examen des lecteurs et de la presse, soit à l’occasion de diverses prises de position et engagements publics". Quant à la cour d’appel, elle a considéré, le 23 septembre 2010, que [l’] expression évoquant un professeur "qui déforme l’histoire", "vague et imprécise, renvoie à la place, jugée excessive par le journaliste, donnée par la partie civile dans cet ouvrage aux théories du complot développées après le 11 septembre 2011". »