L’incendie de Notre-Dame de Paris a donné lieu à de nombreux commentaires conspirationnistes. Du côté des amis d’Alain Soral, on veut croire à une « vengeance talmudique »

Stéphane Blet (capture d’écran YouTube ; 25 avril 2019)

Dans une vidéo de 10 minutes diffusée sur YouTube jeudi 25 avril 2019 et reprise par le site Égalité & Réconciliation, Stéphane Blet, fait part de sa propre théorie sur l’incendie de Notre-Dame. Pour ce pianiste vivant à Istanbul et proche de la mouvance soralo-dieudonniste, tout est de la faute des Juifs. Esotérisme, numérologie, rejet du hasard, distorsion des faits, incrimination des « médias »… : la vidéo de Blet nous offre un cocktail associant tous les ingrédients nécessaires à la fabrication d’une théorie du complot. Au risque de se ridiculiser ?

Blet commence par dresser un parallèle entre l’incendie qui a ravagé Notre-Dame et un feu qui serait survenu le même jour à la mosquée Al-Aqsa, dans la Vieille Ville de Jérusalem :

« Le même jour, à la même heure, eh bien le symbole du christianisme Notre-Dame de Paris et le symbole fondamental pour les musulmans qui est la mosquée Al-Aqsa à Jérusalem en Palestine occupée, prennent feu. Donc déjà, ça c’est la première chose. Demandez à un mathématicien les chances pour que cela se produise, vous n’allez pas être déçus. On se rend bien compte que dans les médias, on ne nous parle quasiment jamais de Al-Aqsa et du fait que ça se soit passé en même temps. Mais ça ce n’est pas étonnant ».

Problème : contrairement à ce qu’affirme Blet, la mosquée Al-Aqsa – considérée comme le troisième lieu saint de l’islam après La Mecque et Médine – n’a pas pris feu. En réalité, un incendie localisé et rapidement maîtrisé s’est déclaré dans une cabine servant de poste de surveillance à des gardes au niveau de la place Al-Marwani, située sur l’Esplanade des mosquées. Le bâtiment de la mosquée Al-Aqsa n’a jamais, de près ou de loin, été touché par cet incendie qui, selon le Waqf (qui administre le site), a été provoqué par l’imprudence de jeunes garçons.

Faisant feu de tout bois – si l’on permet l’expression –, Blet fait allusion à l’intervention de Benjamin Mouton, ancien architecte de Notre-Dame de 2000 à 2013, sur LCI, le 16 avril. Ce dernier, qui semble alors pencher en faveur d’une piste non-accidentelle (nous sommes alors seulement le lendemain du drame), s’est dit certes « stupéfait » par la propagation rapide du feu dans l’édifice. Il n’a toutefois affirmé à aucun moment qu’il s’agissait d’un « incendie criminel » comme tente de le faire accroire Stéphane Blet.

« Après ça, tout commentaire est superflu »

Mais là où le pianiste se surpasse, c’est dans sa thèse d’une « vengeance talmudique », comme Égalité & Réconciliation a choisi d’intituler sa publication. Au milieu de la vidéo, Blet lâche ainsi :

« En 1242, le Talmud est donc brûlé à côté de Notre-Dame [précisément, c’était en place de Grève, à 500 mètres de la cathédrale – ndlr]. En 2019, Notre-Dame est détruite, en tous cas brûle. C’était il y a 777 ans. 7-7-7. Maintenant je vais vous expliquer ce que symbolise 777 pour les kabbalistes juifs […]. Cette triple consécration du chiffre 7 intervient alors que les juifs célèbrent Chavouot, la fête des semaines. Il symbolise l’accomplissement du processus de création du peuple juif. L’intégralité et l’achèvement. Les 7 lois noachiques finalisées. Voilà. 777. Je crois qu’après ça, tout commentaire est superflu. Je me bats depuis des années pour qu’on comprenne que rien n’est fait au hasard. »

Déjà, dans une vidéo de décembre 2018, Blet, qui a fait l’objet d’une condamnation en 2017 pour provocation à la haine et injure raciale, avait exhorté les Gilets jaunes à ne « pas se tromper d’ennemis » et à « regarder un peu attentivement qui sont les gens qui sont avec [Bernard-Henri Lévy] », s’étranglant contre « tout ce qui est symptomatique de la domination insupportable juive en France. »

Le jour même de l’incendie de Notre-Dame, l’auteur complotiste Laurent Glauzy s’était lui aussi livré sur Facebook à des calculs numérologiques lui permettant d’affirmer que le drame était un canular maçonnique. Dans une vidéo publiée une semaine plus tard, « Notre Dame de Paris et la vengeance du rabbin », il remarquait que « l’incendie de  Notre-Dame s’est passé 777 ans après un autodafé de talmuds qui s’est déroulé sous notre bon roi Saint-Louis. »

Voir aussi :

Incendie de Notre-Dame : ils dénoncent un complot

Le mythe du « complot judéo-maçonnique »