Le dernier numéro de la revue Arab Insight contient cinq articles sur les théories du complot dans le monde arabe.

Pour Mohamed Abdel Salam, à la tête du Regional Security and Arms Control Program au Centre Al-Ahram d’Etudes politiques et stratégiques en Egypte, la pensée du soupçon ne cesse de progresser depuis les attentats du 11-Septembre.

Dans son article, “The Modes of Arab Conspiracy Theories”, il écrit que des « modes de pensée visiblement non-scientifiques prévalent à travers le monde arabe », parmi eux : le conspirationnisme.

Les théories du complot sont utilisées sciemment dans le monde arabe afin de justifier les échecs, les défaites et les conflits, et pour diffamer les groupes d’opposition, soutient Hani Nasira, directeur du Centre Al-Mesbar d’études et de recherche aux Emirats arabes unis. Selon son article, “Skepticism in the Arab World: The Base of Conspiracies”, « même si Dieu seul connaît nos véritables intentions, les conspirationnistes s’approprient le pouvoir de dévoiler les vrais intentions de leurs adversaires politiques et de ceux qui ne sont pas d’accord avec eux ».

« La plupart des partis au pouvoir ou des monarchies dans les gouvernements arabes utilisent les théories du complot pour rejeter sur d’autres leurs propres échecs », écrit Hamdy Hassan Abdul Ainien, doyen de l’Ecole de communication de masse à l’Université du Six-Octobre en Egypte, dans son article, “Inventing Fiction? Conspiracy Theories in Arab Media”. Mais les attitudes du public sont également importante, affirme-t-il, notant que « la pensée rationnelle n’est pas en mesure de se confronter à la pensée métaphysique dominante depuis que les musulmans ont choisi de suivre Al-Ghazali plutôt qu’Averroès ».

Quid de la pensée complotiste dans le monde arabe ?
Il n’est pas rare que les manuels scolaires arabes exposent des versions conspirationnistes d’événements historiques, explique Hoda Al-Bakr, chercheuse égyptienne en sciences politiques, dans “Teaching Fiction? Conspiracy Theories in Arab Public Schools”. « Le cas classique, écrit Al-Bakr, est l’utilisation de l’épisode coloniale, vu comme une gigantesque conspiration, afin d’excuser la plupart des actuelles imperfections de la région ».

La chercheuse égyptienne Nezar Elthahawy s’est penché sur 304 articles publiés dans le magazine Al-Azhar (édité par l’Académie de recherches islamiques d’Egypte), pour son article “Preaching Fiction? Conspiracy Theories in Religious Institutions”. Elle a découvert que 20 % des articles étaient clairement centrés sur la thématique du complot.

Source : Todd Leventhal, “Conspiracy Theories in the Arab World”, in Rumors, Myths, and Fabrications, 2 septembre 2008 (traduction libre).

Todd Leventhal mène depuis quinze ans des recherches sur les mythes politiques. Il a travaillé sur les mécanismes de désinformation, sur les rumeurs concernant le trafic d’organes, et sur les théories du complot à propos du 11-Septembre.

ERRATUM (15/09/2008) :
Sur le succès de la théorie du complot sur le 11-Septembre dans le monde arabe, voir également :
* ”9/11 Rumors That Become Conventional Wisdom”, by Michael Slackman, The New-York Times, September 8, 2008.
* L’antisémitisme de notre temps (2/2)