Quand la société civile iranienne raillait la théorie du complot britannique
Le roman satirique le plus célèbre et le plus vendu en langue persane s’intitule Mon oncle Napoléon, écrit par Iraj Pezeshkzad. Il dépeint l’existence ridicule et finalement odieuse du membre d’une famille qui adhère à la théorie du « complot britannique » typique de l’histoire iranienne. Ce roman a été publié en 1973 avant de devenir une série télévisée iranienne fabuleusement populaire. Les versions imprimée et télévisée ont rapidement été interdites par les ayatollahs après 1979, mais survivent clandestinement sous forme de samizdat.

Depuis cette époque, l’un des principaux membres du clergé du soi-disant Conseil des gardiens, Ahmad Jannati, a annoncé au pays tout entier par le biais des médias que les attentats de Londres du 7 juillet 2005 étaient la « création » du gouvernement britannique lui-même. Je vous recommande chaudement de vous procurer un exemplaire en livre de poche, collection Modern Library, du roman de Pezeshkzad, publié en 2006, et de le lire de la première à la dernière page en consacrant une attention toute particulière à la préface d’Azar Nafisi (auteur de Lire Lolita à Téhéran) et à la postface, rédigée par l’auteur lui-même, qui dit :

Quand la société civile iranienne raillait la théorie du complot britannique
« Dans son imagination, le personnage central du roman voit la main cachée de l’impérialisme britannique derrière chaque événement survenu en Iran jusqu’à un passé récent. Pour la première fois, le peuple d’Iran voit clairement l’absurdité de cette croyance, bien qu’il ait tendance à l’imputer à d’autres qu’à lui-même, et il est capable de s’en moquer. Et au final, cela a eu une influence salutaire. Aujourd’hui, en persan, l’expression "mon oncle Napoléon" est utilisée partout pour dénoncer la fausse croyance que des complots britanniques sont derrière tous les événements, et est accompagnée de railleries et de rires… La seule section de la société à l’attaquer a été les mollahs… Ils ont décrété que des impérialistes m’avaient ordonné d’écrire ce livre, et que je l’avais fait dans le but de détruire les racines de la religion du peuple iranien ».

Aussi fantasques qu’aient pu paraître ces assertions il y a trois ans, elles semblent modérées comparées aux divagations et au charabia proférés aujourd’hui à la chaire de Khamenei. Voici un homme qui n’a pas même entendu dire que sa théorie du complot préférée est depuis longtemps la cible de moqueries au sein de son propre peuple.

Source :
* Christopher Hitchens, “ Iran’s leaders love their Western plots ”, The Australian, June 30, 2009. Publié en version française sous le titre « L’Iran d’Ahmadinejad en proie aux démons », Slate.fr, 26 juin 2009 (traduction : Bérengère Viennot).

Voir aussi :
* Iran : la théorie du complot ”étranger” comme moyen de diversion