
Le terme « TheoBros » (contraction de theology et de bros, les « frangins ») désigne une nouvelle génération de militants nationalistes chrétiens américains.
La journaliste Kiera Butler l'a popularisé dans une enquête de Mother Jones parue en 2024. La mouvance réunit de jeunes pasteurs et influenceurs protestants, calvinistes pour la plupart, très présents en ligne. Ces trentenaires et quadragénaires cultivent une esthétique soignée et jugent leurs aînés évangéliques trop modérés. Leur objectif est d'installer un « prince chrétien » à la tête des États-Unis.
Leur programme rompt avec l'ordre constitutionnel américain. Stephen Wolfe, auteur de The Case for Christian Nationalism (2022), l'un des livres de référence du mouvement, juge « admissible, en principe » que l'État réprime l'hérésie religieuse. Plusieurs figures de la mouvance réclament l'abrogation du 19e amendement, qui garantit le droit de vote des femmes depuis 1920. Douglas Wilson, pasteur à Moscow (Idaho) et figure tutélaire du courant, décrit un ordre conjugal où l'homme « pénètre, conquiert, colonise, plante » et où la femme « reçoit, se rend, accepte ». Le pasteur texan Joel Webbon tient, lui, la Constitution pour un texte « mort » auquel il veut substituer les Dix Commandements.
Le mouvement puise dans l'imaginaire complotiste. Dans The Boniface Option (2023), le pasteur Andrew Isker dépeint l'Amérique libérale comme un « Trashworld », un « monde-poubelle » voué à l'avilissement des chrétiens. D'autres y dénoncent une entreprise féministe de subversion de l'ordre social, dont Taylor Swift serait l'un des visages.
Plusieurs figures assument un antisémitisme explicite. Brian Sauvé, pasteur à Ogden (Utah), affirme que des Juifs « qui rejettent le Christ et embrassent toutes sortes de maux » pèsent sur la vie politique américaine. Wolfe présente le « melting pot » comme une invention juive destinée à dissoudre l'identité anglo-protestante du pays. En août 2025, le magazine juif américain Forward signalait la percée, dans ces cercles, de podcasts ouvertement antisémites comme Stone Choir. Webbon a pour sa part fait l'éloge du négationniste Nick Fuentes. Ces dérives fracturent la mouvance : fin 2024, plusieurs pasteurs réformés, dont Wilson, ont lancé une « Déclaration d'Antioche » pour les condamner.
La mouvance dispose de relais au sommet de l'État. Pendant la campagne de 2024, ses animateurs ont applaudi les discours de JD Vance, élu depuis à la vice-présidence des États-Unis. Wolfe estimait alors que « notre séparation d'avec Vance n'est pas si grande ». Pete Hegseth, secrétaire à la Défense, fréquente une église de la Communion of Reformed Evangelical Churches, le réseau de congrégations cofondé par Douglas Wilson. En août 2025, il a relayé une vidéo où Wilson et d'autres pasteurs contestent le droit de vote des femmes. Le Pentagone a dû préciser que le ministre soutenait ce droit. Quelques semaines plus tôt, Wilson inaugurait à Washington une église destinée à ses fidèles venus « travailler pour l'administration Trump ».
Ces militants s'organisent aussi à l'échelle locale. Sur le modèle de Moscow (Idaho), ils veulent transformer de petites villes en enclaves chrétiennes homogènes, à l'abri des « drapeaux arc-en-ciel » et de l'immigration.
(Dernière mise à jour le 09/08/2026)















