
La Société du factice. Journal d'un complotiste est un ouvrage du Pr Didier Raoult pubié le 18 mars 2026 chez Fayard.
Dans cet essai de 128 pages, le microbiologiste − qui a quitté la direction de l'IHU Méditerranée Infection en septembre 2022, à la suite d'études truquées sur l'hydroxychloroquine et a été sanctionné d'une suspension disciplinaire d'exercice de la médecine pour une période de deux ans à partir du 1er février 2025 − affirme que qualifier quelqu'un de « complotiste » est une « technique vieille comme le monde [qui] consiste à censurer les opinions alternatives ».
Il livre une vision du monde où plus rien ne serait authentique. « C'est le drame du monde factice », écrit-il. « Quand on se rend compte qu'une partie est factice, on finit par se demander si tout n'est pas factice. » La formule incarne ce que le journaliste William Audureau qualifie, dans Le Monde, de « cynisme naïf », un cynisme qui ne verrait « plus que du mensonge généralisé ».
Raoult convoque les figures attendues du grand récit complotiste contemporain. Selon lui, Bill Gates « se prendrait pour Dieu ». Les rubriques de vérification du Monde et de l'AFP sont traitées de « télégraphistes » de Xavier Niel et Bill Gates. La microbiologiste Elisabeth Bik, qui a documenté les pratiques éthiques douteuses au sein de l'IHU lorsqu'il était dirigé par Didier Raoult, se retrouve quant à elle associée à Xavier Niel au prix de « raccourcis acrobatiques ».
En revanche, Robert F. Kennedy Jr, militant antivax historique nommé en 2025 secrétaire à la Santé dans l'administration Trump, sert quant à lui de caution de sérieux. Didier Raoult célèbre aussi Elon Musk, son réseau social X et Grokipedia (une alternative à Wikipédia entièrement générée par intelligence artificielle). Il invoque les pseudo-références de ScienceGuardians, un collectif anonyme très favorablement relayé par le site conspirationniste FranceSoir et qui est suspecté d'être animé par des chercheurs mécontents d'avoir vu leurs articles critiqués sur PubPeer (une plateforme de discussion fondée en 2012 et utilisée pour signaler des erreurs ou des problèmes méthodologiques dans la littérature scientifique).
Plus loin, il défend la thèse pseudo-scientifique selon laquelle la longueur des doigts prédirait l'orientation sexuelle. Il affirme également que les femmes seraient biologiquement inaptes à égaler les hommes en mathématiques et aux échecs.
L'intérêt de La Société du factice tient enfin aux confidences faites au fil des pages par l'auteur. Il reconnaît avoir financé une campagne de faux avis pour redorer la réputation en ligne de son ancien institut. Il explique aussi avoir confié à ChatGPT des calculs de démographie, discipline qui n'est pas la sienne.
(Dernière mise à jour le 17/05/2026)