Le militant antivaccination Serge Rader s’est éteint il y a deux mois après une hospitalisation liée au Covid. Un événement qui a plongé les conspirationnistes dans un embarras palpable…

Serge Rader (capture d’écran Odysee, mai 2021).

Fabrice Di Vizio est formel : entre mourir des suites du Covid et se faire vacciner, il préfère… mourir du Covid ! C’est ce qu’a récemment déclaré face caméra le nouveau référent santé de Florian Philippot.

C’est un dilemme que, pour Serge Rader, le destin s’est chargé de trancher. Il y a deux mois, cet ancien pharmacien devenu une figure incontournable du mouvement antivax en France disparaissait. Une forme suffisamment sévère de Covid-19 pour justifier son admission plusieurs jours durant en réanimation a préludé à son décès, des suites d’un arrêt cardiaque.

Engagé aux côtés de Nicolas Dupont-Aignan dont il était l’expert « médicaments », Rader était apparu en 2020 parmi les protagonistes du film conspirationniste « Hold-up ». Avant cela, il avait grenouillé dans les eaux saumâtres de la « réinfosphère », passant du plateau de TV Libertés à celui de Radio Courtoisie et du site de Robert Ménard à celui d’Alain Soral, sans que cela l’empêche de co-signer par ailleurs un livre avec l’eurodéputée écologiste Michèle Rivasi, dénonçant le « racket des laboratoires pharmaceutiques ».

Ses prises de position n’étaient pas seulement controversées, elles relevaient du complotisme le plus échevelé.

Ainsi en avril 2020 lorsque, interviewé sur Sud Radio par André Bercoff, Serge Rader suggérait que le gouvernement avait décidé d’euthanasier les personnes âgées au moyen d’un puissant sédatif pour libérer des places en Ephad. Plus récemment, Rader avait assuré dans une vidéo très partagée qu’il y aurait en Europe plusieurs milliers de morts, dont plus de 2 500 « dus » au seul vaccin à ARN messager de Pfizer – c’est évidemment faux –, et « pour un virus qui, ajoutait-il, n’est pas mortel lorsqu’on prend la peine de le soigner » (sic) !

L’annonce de la disparition du militant antivax le 31 mai dernier a immédiatement été accompagnée d’une petite musique très familière sur les réseaux sociaux : Rader serait mort « dans des circonstances étranges » affirme immédiatement le compte VK d’Agora TV, expliquant que Rader « venait de dénoncer des vérités sur les vaccins »« Etrange » est aussi le mot qu’utilise l’avocat antivaxx Carlo Alberto Brusa dans l’hommage qu’il rend sur Twitter au pharmacien.

« C’est dingue comme les opposants, non-collabos et corona-sceptiques ont en ces temps une santé fragile » ironise quant à lui le youtubeur complotiste Richard Boutry dans une vidéo intitulée « Ces morts si suspectes… »

« Quand on voit les casiers judiciaires des sociétés pharmaceutiques qui nous fourguent des produits, on ne peut que se poser des questions » complète le réalisateur d’« Hold-up » Pierre Barnérias. D’autres, anonymement, se chargent des sous-titres : « Encore un décès qui tombe à pic », « Assassiné par Big Pharma et la Cabale », « Ils éliminent les alerteurs un par un »

Sur sa chaîne Odysee « Vivre Sainement », Christophe Bourloton dénonce clairement un assassinat maquillé :

« Regardez ce qu’on fait aux complotistes […] : on les supprime, comme la disparition soudaine du lanceur d’alerte Serge Rader hier. Ce grand monsieur a passé la dernière partie de sa carrière à éveiller les consciences au sujet de la santé, des médicaments et de l’industrie pharmaceutique. »

C’est que la mort de Serge Rader n’a pas seulement endeuillé la complosphère : elle l’a surtout plongée dans l’embarras. Âgé de 68 ans, le retraité était dans la tranche des personnes à risque. La vaccination lui aurait-elle permis d’éviter une mort prématurée ? Rien n’interdit de le penser.