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La stratégie de la diversion

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Publié par David Medioni02 février 2026, ,

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Posters d'Alex Pretti et Renée Good à Minneapolis (photos par Stephen Maturen / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / Getty Images via AFP).

À Minneapolis, des habitants manifestent contre les opérations d’ICE et le meurtre de deux manifestants par les forces de la police anti-immigration de Trump : Renée Good et Alex Pretti. A peine les pancartes levées et les slogans prononcés que la complosphère a tenté de réécrire l’histoire. Il ne s'agirait pas de manifestations mais d'une « ingérence » et d'une ingérence étrangère. Faire diversion, voilà l’objectif. Ainsi, il n’est plus question des raids et de la peur dans les quartiers, mais des forces cachées supposées être à la manœuvre derrière les protestations citoyennes.

Le mode d’emploi est toujours le même.

Étape 1 : décréter le mouvement « fake ». À Davos, Donald Trump a parlé de « fausses manifestations » (« fake protests ») conduite par des « agitateurs » et des « insurgés professionnels », jurant qu’il allait s'intéresser au financement du mouvement.

Peu importe qu'aucune preuve solide ne vienne étayer les fantasmes du président américain. Cette vieille rhétorique n'a qu'un seul objectif : disqualifier une mobilisation qui prend sa source dans l'indignation provoquée par des actes d'une brutalité inquiétante.

Étape 2 : internationaliser. Le 29 janvier, sur Fox News, Laura Ingraham affirme que la protestation anti-ICE « porte clairement la marque de la Chine ». Son invité, Peter Schweizer, de Breitbart News, embraye en assurant qu’une « une composante internationale » est présente et que « la Chine est impliquée »Les protestataires ne seraient pas seulement payés, ils seraient aussi pilotés depuis Pékin !

Étape 3 : produire des preuves qui claquent. Une vidéo virale montrant un supposé manifestant payé 20 dollars de l’heure a tourné comme pièce à conviction. Peu importe, là encore, que l’AFP l’ait identifiée comme un contenu généré par IA. Déjà, l’an dernier, lors des émeutes à Los Angeles, la secrétaire à la Sécurité intérieure Kristi Noem avait accusé la présidente mexicaine Claudia Sheinbaum d'« encourager » des protestations, avant que la supercherie, là encore, soit complètement démentie. Le but, limpide, consiste à délégitimer les mouvements pour ensuite justifier l’exceptionnel. Si la rue est occupée par une puissance étrangère, alors toute répression peut être présentée comme un acte de « défense ».

C’est ainsi qu’un conflit politique et des bavures honteuses se dissolvent dans un récit digne de la mauvaise littérature d'espionnage. De « sales mensonges », pour reprendre les mots de Bruce Springsteen dans sa nouvelle chanson : Streets Of Minneapolis.

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à propos de l'auteur
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David Medioni
Journaliste indépendant, David Medioni anime l'émission « Les Déconspirateurs ». Il collabore à Franc-Tireur, La Tribune et CB News. Directeur de l'Observatoire des médias de la Fondation Jean-Jaurès, il est également le fondateur et le rédacteur en chef du magazine littéraire en ligne Ernest. Essayiste, il a publié plusieurs essais aux éditions de l'Aube : Être en train. Récits sur les rails, Eloge de la séduction, L'an zéro du tourisme (avec Jean Viard), et Quand l'info épuise (avec Guénaëlle Gault).
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