La rumeur, un « phénomène multi-millénaire »
Internet est au phénomène multi-millénaire de la rumeur ce que l’avion à réaction est au voyage – un gain de temps. Le premier imbécile venu peut écrire ce qu’il veut sur un blog : pour peu que son propos ait un air de vraisemblance, il y a une probabilité non-négligeable qu’il se diffuse largement.

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La vigueur de l’idée selon laquelle les attaques du 11 Septembre sont le résultat d’un complot de la CIA ou de je ne sais quoi m’amène à faire deux remarques :

  • Si on peut contester la notion de « pensée unique » dans bien des domaines (…), on ne peut nier que, du fait d’une forme d’uniformisation évoquée plus haut, la diffusion de l’information peut parfois prendre sous nos contrées l’apparence d’une « vérité officielle » qui viendrait masquer la vérité tout court : il y a quelque chose de moutonnier dans le spectacle médiatique. La répétition jusqu’à l’écoeurement de commentaires quasi-interchangeables sur des faits couverts simultanément par l’ensemble des médias engendre un phénomène de saturation. Jean-Noël Kapferer expliqua naguère que la rumeur était une « réaction de défense du corps social » : nul doute que la simultanéité de l’émotion/du bruit médiatique autour du 11 Septembre, suivie de l’alignement de beaucoup de commentateurs sur la « ligne Colombani » (l’éditorialiste du « Monde » titrait « Nous sommes tous des Américains » le 12 Septembre 2001) a déclenché, de facto, un phénomène de rejet chez certains… et a créé des opportunités pour l’émergence d’une « pensée dissidente ».
  • Diffuser une « théorie du complot » n’est jamais innocent ni désintéressé : dans le cas du 11-Septembre, elle renvoie à une vision du monde où il est rigoureusement impossible que les autorités américaines puissent se laisser surprendre par quoi que ce soit. Sinon, c’est la preuve que la puissance américaine n’en est pas vraiment une, dès lors l’injonction de systématiquement « lutter » contre ses représentations économiques, culturelles, politiques voire militaires perd de sa pertinence : c’est tout un pan d’une « culture contestataire » – et la raison d’être de ses porte-parole – qui s’effondre.

Ironiquement, on peut noter que cette impossibilité de penser une « impuissance américaine » est partagée par les pires faucons, néo-cons et vrais cons de l’administration Bush.

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Cette vision vient heurter frontalement la pensée légitimant les initiatives désastreuses de l’administration Bush après les attentats… et lui répond comme en écho : Bush a réussi à convaincre une majorité de son opinion publique que Saddam Hussein représentait une menace pour la sécurité américaine, et pour cela des « preuves » fabriquées de toute pièce lui ont suffi car Saddam, pour une cervelle de moineau, avait le profil d’un salopard absolu.

Similairement, les adeptes de « l’effroyable imposture » accumulent des « preuves » dont l’authenticité et l’utilité sont finalement secondaires car Bush ou ses conseillers, pour des analystes au petit pied, ont le profil de comploteurs.

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