Face aux théories du complot, esquisse de dialogue
Pourquoi s’interroger sur les théories du complot en prélude à une réflexion sur l’autonomie stratégique de l’Europe ? S’il ne fallait donner qu’une seule réponse à cette question, elle serait la suivante : en tant que système d’explication du monde, la théorie du complot répond toujours à un problème d’incertitude identitaire. A ce titre, elle apparaît comme une solution tentante pour les citoyens qui s’efforcent de dessiner une figure européenne face à l’hyperpuissance américaine. Alors que la doctrine de sécurité proposée par Javier Solana en décembre 2003 identifie des menaces mais ne reconnaît pas d’ennemi, la théorie du complot rétablit en effet une frontière claire entre « nous » et « les autres ». Mais cette frontière n’est plus politique ; la diabolisation morale à laquelle se livrent les partisans de l’explication par le complot ne saurait constituer le projet partagé par l’ensemble d’une communauté politique. Les Européens, tant gouvernants que gouvernés, doivent donc résister à la tentation des théories du complot qui sacralisent le soi au nom d’une lucidité morale et d’un courage sacrificiel face à un ennemi malfaisant, hyperpuissant, et presque doté du don d’ubiquité. Elles exonèrent ainsi du travail essentiel auquel doivent se livrer les Européens : celui qui consiste à se définir politiquement.

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