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Dimanche prochain se tiendra le premier tour des élections municipales. Un scrutin qui, lui aussi, est entré dans le champ de la guerre informationnelle. Dans son bulletin du 27 février, le Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN) indiquait qu’« une opération d’ingérence numérique étrangère ciblant spécifiquement les élections municipales 2026 a été détectée et caractérisée ».
Le document décrit une stratégie visant à alimenter la défiance envers les médias français par la création de faux sites d’information locale. C’est un point important. On réduit souvent la désinformation à la propagation de contenus trompeurs. Or, ce qui est imité désormais, c'est aussi l’environnement qui permet de les reconnaître comme vrais ou faux : un nom de domaine proche de celui d’un journal local, une maquette familière, un article reprenant les codes de la presse de proximité.
Viginum, le service de détection des ingérences numériques étrangères, le souligne dans son guide de sensibilisation aux municipales : usurpation d’identité d’un média, typosquatting ou faux reportages font désormais partie des techniques à surveiller. On en a déjà des exemples concrets. Ces derniers mois, plusieurs faux sites au nom plausible ont circulé, comme « Info Grand Est », « Sud-Ouest Direct », « L’Actualité provençale » ou « Normandie Actu Infos ». Leur principe est simple : reprendre les codes visuels de titres de la presse régionale pour publier des contenus polarisants, souvent centrés sur l’immigration, l’insécurité ou la défiance envers les institutions. En 2024, année des européennes et des législatives, Viginum avait détecté 25 tentatives d’ingérences numériques étrangères. Le service de l'État vient d’annoncer que le site internet officiel de Pierre-Yves Bournazel, tête de liste du centre-droit aux municipales à Paris, avait été visé cette semaine par une opération d’ingérence liée à un groupe russe.
À l’échelle locale, ces procédés peuvent produire des effets redoutables. Une rumeur sur une école, un lieu de culte, un projet urbain ou une agression ; une capture d’écran relayée dans un groupe Facebook ou WhatsApp. Une fausse information n’a pas besoin d’être extrêmement virale pour produire son effet : comme l’a montré David Colon, la guerre informationnelle cherche moins à convaincre qu’à brouiller les repères et à miner la confiance. C’est aussi ce que dit la doctrine du SGDSN.
L'intégrité des processus électoraux ne se défend pas seulement par des outils techniques. Elle nécessite également une presse locale solide, des élus peu perméables aux emballements numériques et des citoyens vigilants quant aux tentatives de manipulation dont ils sont la cible.
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