Argentine : les obsèques du putschiste Seineldin réunissent rouges et bruns
Le colonel Mohamed Alí Seineldín (1933-2009) s’est éteint à l’âge de 75 ans le 2 septembre dernier. Dans la notice nécrologique qu’il lui a consacré, le quotidien espagnol El País rappelle que cet officier putschiste d’ascendance libanaise, converti au catholicisme dans sa jeunesse, était une figure emblématique de l’extrême droite argentine (1).

Vétéran de la guerre des Malouines (1982), Seineldín fut promu colonel en 1984 grâce au soutien de personnalités péronistes et malgré l’opposition du parti de centre gauche au pouvoir à l’époque, l’Union civique radicale. Il occupa ensuite la fonction d’attaché militaire au Panamá de 1984 à 1986, avant de se mettre au service du général – et narcotrafiquant – Manuel Noriega, qui lui confia notamment la formation militaire de sa garde personnelle.

De retour en Argentine, Seineldín fut l’auteur de deux tentatives de coup d’Etat visant à interrompre le processus de démocratisation et à faire cesser les poursuites intentées contre les responsables de la répression qui avait ensanglanté le pays entre 1976 et 1983, sous la dictature militaire – répression à laquelle il aurait lui-même activement participé. A la tête des carapintadas, un groupe de militaires ultra-nationalistes, Seineldín conduisit, en décembre 1988, un premier putsch qui se solda par la mort de deux civils et d’un policier et fit une quarantaine de blessés. Gracié par Carlos Menem, il se retourna contre ce dernier en commanditant un nouveau coup d’Etat militaire en décembre 1990 qui fit treize victimes (dont cinq civils pris au piège dans un bus écrasé par un tank carapintada) et environ 350 blessés.

Condamné à la prison à vie, celui que ses compagnons d’armes surnommaient El Turco (« Le Turc »), rédigea en 1992, depuis sa cellule, un texte publié par la suite en brochure sous le titre Synthèse du projet mondialiste "Nouvel Ordre" qui doit être imposé dans les nations ibéro-américaines, dans laquelle il pourfend le « Nouvel Ordre Mondial » et l’« impérialisme apatride ». Il créa également un mouvement politique groupusculaire, le Movimiento por la Identidad Nacional e Integración Iberoamericana avant d’être soutenu par le Partido Popular para la Reconstrucción, fondé en 1996 par l’un de ses lieutenants, Gustavo Breide Obeid. Seineldín était également proche de Lyndon LaRouche. Catholique traditionnaliste, décrit comme un antisémite et un militariste, il se considérait lui-même comme le sauveur de l’Argentine. Il a été gracié en 2003 par le président péroniste Eduardo Duhalde.

Le texte que vient de consacrer l’idéologue « national-révolutionnaire » Christian Bouchet à la disparition de Seineldin dans Vox-NR et Geostrategie.com (2) jette une lumière crue sur les convergences rouges-brunes existant non seulement au sein du mouvement péroniste argentin mais aussi parmi les partisans du président vénézuélien Hugo Chávez. Bouchet écrit ainsi :

« Les obsèques de ce héros de la guerre des Malouines ont réunies une foule dense où les anciens combattants côtoyaient les militants péronistes et les activistes de l’extrême gauche marxiste léniniste. Totalement inconnu en Europe, Mohamed Ali Seineldin était considéré, en Amérique latine, à la fois comme une des sources d’inspiration d’Hugo Chavez dans les années 1980-1990 et comme l’incarnation la plus pure du nationalisme argentin. (…) On sait, par de nombreux témoignages, que Mohamed Ali Seineldin et ses carapintadas furent une référence tant idéologique que stratégique pour Hugo Chávez et que c’est à leur exemple qu’il organisa au sein de l’armée vénézuélienne son Movimiento Bolivariano Revolucionario et qu’il tenta ses coup d’États de février et novembre 1992 ».

L’article de Bouchet est suivi d’une note sur Norberto Ceresole, un négationniste d’origine argentine ayant conseillé Hugo Chávez dans les années 1990, après avoir été l’éminence grise des carapintadas. Voici ce qu’écrit Christian Bouchet :

« Norberto Ceresole salua la victoire électorale d’Hugo Chavez en 1988 [en 1998 en réalité – NDLR] en publiant "Le Caudillo, l’armée et le peuple : le Venezuela du commandant Chavez". Il fut rapidement invité à occuper un poste officieux dans l’entourage du nouveau président dont il était devenu l’ami (Chavez insista publiquement à plusieurs reprise sur l’amitié qui les liait). Il lui prodigua des conseils de géopolitique et participa à la réorganisation des services secrets du pays ».

Notes :
(1) La mort de Seineldin a ému toute l’extrême droite latino-américaine ainsi que les milieux péronistes. Les hommages de ses « fans » se multiplient sur Facebook et l’on trouve plusieurs vidéos à sa gloire sur YouTube.
(2) Ce texte a été repris dans le bi-mensuel Flash, n° 24, sous le titre « Avant Hugo Chavez, Mohamed Ali Seineldin… L’Amérique latine pleure la mort d’un héros péroniste. Catholique et Argentin toujours ! ».

Lire aussi :
* Les liens entre Mohamed Ali Seineldin et Lyndon LaRouche, sur le site de Dennis King.