Tête de liste Front national aux prochaines élections européennes en Ile-de-France, Aymeric Chauprade est une personnalité bien connue dans la complosphère.

Conseiller «relations internationales» de Marine Le Pen, ce géopolitologue «engagé» a été licencié en 2009 du Collège interarmées de défense (l’ex-Ecole de guerre) après qu’un article du Point a révélé sa dilection pour la version conspirationniste des attentats du 11 septembre 2001.

Or, depuis qu’il a officialisé son ralliement à Marine Le Pen lors de l’université d’été du FN de septembre dernier, Aymeric Chauprade semble éprouver quelques difficultés à assumer ses convictions sur le 11-Septembre.

« Pour vous, le 11-Septembre, c’est pas Ben Laden, c’est pas Al-Qaïda ? » l’interroge Thomas Sotto sur Europe 1 le 18 novembre dernier. Esquive de Chauprade :

« Vous savez, je suis un enfant de l’école républicaine et donc on m’a appris l’esprit critique. Je suis un scientifique, je cherche à comprendre et quand il y a des trous ou des choses douteuses dans une version officielle, je me pose des questions. C’est ce que j’ai fait. Je ne suis pas sûr, j’ai proposé diverses versions mais je ne conclus pas. Je suis un homme prudent, un scientifique qui cherche la vérité ».

« Il n’y a rien »

Rebelotte au micro d’Emmanuel Ratier, sur Radio Courtoisie, mercredi dernier :

« Moi je n’ai fait que poser des questions parce que je revendique le droit de pouvoir poser des questions. C’est mon métier de chercheur à l’époque, sur ce sujet, de pouvoir poser des questions. (…) C’est amusant – et moi ça m’amuse d’ailleurs – de voir qu’aujourd’hui, parce que j’ai cet engagement Front national, on voit bien que certains journalistes croient qu’ils tiennent un truc incroyable, un scoop et qu’ils vont pouvoir remuer cette affaire du 11-Septembre pour dire : "Regardez comme il est sulfureux, c’est terrible, et caetera", alors qu’il n’y a rien ! C’est juste la question d’un chercheur honnête qui se pose des questions, qui revendique le droit de ne pas conclure sur un certain nombre de sujets comme le font tous les chercheurs sérieux, libres, indépendants, et ça je crois que je le suis et que je l’ai montré sur de nombreux sujets. »

Aymeric Chauprade serait donc un scientifique «honnête» et «indépendant», un «chercheur de vérité» qui, sur le 11-Septembre comme sur les autres sujets, se contenterait de «poser des questions» et se garderait bien de «conclure». C’est en tous cas la version que l’on est désormais prié de croire. Désormais car, sur le 11-Septembre, notre géopolitologue a déjà revendiqué publiquement, et sans la moindre ambiguïté, son adhésion à la théorie du complot.

« Etat profond »

C’était en septembre 2011, lors d’une interview de 45 minutes accordée au site conspirationniste ReOpen911. Chauprade y qualifie la version de la Commission d’enquête officielle d’« histoire pour enfants », avant de poursuivre (à 15’20) :

«Et puis, ensuite, et c’est la thèse que je défends – que défend Peter Dale Scott (un auteur conspirationniste canadien – NDLR), j’insiste sur la qualité de ses travaux -, c’est la thèse de "l’Etat profond". Moi je crois que le 11-Septembre, c’est l’expression ultime, l’expression exacerbée de "l’Etat profond" américain, qui s’est développé pendant des décennies – il est pas né une semaine avant le 11-Septembre -, qui s’est développé pendant des décennies à l’intérieur de l’Etat officiel américain. Un "Etat profond", c’est un réseau d’hommes qui s’est constitué d’hommes qui appartiennent chacun à l’Etat officiel, qui tiennent des fonctions – à la CIA, au FBI, au Pentagone, dans de grandes sociétés militaires privées, dans l’armée américaine – qui tiennent des positions plus ou moins importantes – et ça dépendra de l’action qu’ils mèneront – et cet Etat profond, qui est pénétré d’une conviction radicale, c’est-à-dire qu’il faut avoir une action révolutionnaire, occulte, pour empêcher que les Etats-Unis perdent leur rang de numéro un mondial et qu’ils sont prêts pour cela à sacrifier – au nom du "bien commun américain" – des milliers de citoyens américains et à inverser le cours de l’Histoire par la politique du "coup de théâtre". Le "coup de théâtre" qui tétanise véritablement les opinions publiques, qui les empêche de penser. Et c’est pour ça qu’on ne fait pas sauter quatre avions au-dessus de l’Atlantique, y’aurait pas d’images. On fait en sorte qu’il y ait des images, beaucoup d’images qui seront impressionnantes, qui neutraliseront – j’insiste sur cette dimension quasiment hollywoodienne dans l’efficacité de l’acte terroriste. Voilà je crois que c’est un "Etat profond", c’est l’exercice de cet "Etat profond"».

« Complot israélo-américain »

Chauprade le dit explicitement : pour lui, ce sont « des Américains » qui ont fomenté les attentats du 11-Septembre. Pour quelle raison ? « Pour le coup, c’est que, s’ils ne faisaient pas ça, l’Amérique perdrait son rôle de numéro un mondial [et] ce que je crois c’est qu’il y a des gens aux Etats-Unis qui se sont organisés pour que ça ne se passe pas comme ça ». Quant au rôle d’Al-Qaïd
a dans l’exécution des attentats, le géopolitologue préféré de la complosphère a son explication : il y a « des services de renseignement qui utilisent des illuminés, des fanatiques, la création de cellules. On infiltre les mouvements radicaux, etc. (…) On canalise l’énergie de ces gens-là. Ceux qui ont fait le 11-Septembre, c’est l’aboutissement de la même logique. »

En juin 2011, la justice administrative a désavoué le ministre de la Défense, Hervé Morin, indiquant qu’il avait « eu tort de renvoyer Chauprade sans respecter les formes ni entendre ses arguments en réplique ». La même décision de justice indiquait cependant que le géopolitologue avait livré « sans distance critique suffisante une présentation flatteuse de ces thèses [du complot] » dans ses écrits, ce qui constituait « un manquement au devoir de réserve qui s’impose à tout agent public en dehors du service ». Pour justifier sa décision de congédier le géopolitologue, Hervé Morin avait affirmé avoir « découvert un texte au travers duquel passent des relents inacceptables. Sur onze pages, on nous parle d’un complot israélo-américain imaginaire visant à la conquête du monde ».

Aymeric Chauprade semble quant à lui persuadé que ce ne sont pas ses prises de position complotistes qui l’ont disqualifié pour enseigner à l’Ecole de guerre, mais qu’il a été la victime d’une épuration menée par des néo-conservateurs pro-israéliens infiltrés « à tous les postes-clés du gouvernement » : « Ceux qui m’attaquent et veulent me faire taire tiennent à ce que la bombe nucléaire au Moyen-Orient reste une exclusivité israélienne, ils ne jurent que par cela », avait-il déclaré en mars 2009 dans un journal étudiant.

Voir aussi :
* 11-Septembre – Quand Jean-Marie Le Pen ”reopen”
* Aymeric Chauprade : l’avènement d’une géopolitique conspirationniste ?
* L’hommage d’Aymeric Chauprade à Dominique Venner