Cela fait plus de vingt ans que le milliardaire américain a parfaitement conscience d’incarner le stéréotype antisémite du Juif comploteur.

« If there was ever a man who would fit the stereotype of the Judeo-plutocratic Bolshevik Zionist world conspirator, it is me » : c’est la citation de George Soros que l’on trouve sur un visuel posté sur Twitter par Cesar Sayoc, le suspect arrêté et inculpé dans l’affaire des colis piégés envoyés la semaine dernière à des personnalités anti-Trump ou membres du Parti démocrate.

Cette phrase figure dans un livre d’entretien avec le philanthrope américain édité en 1995 et intitulé Soros on Soros: Staying Ahead of the Curve. La citation est donc parfaitement authentique… à ceci près que cette phrase isolée ne fournit aucun renseignement sur le contexte dans lequel Soros s’exprimait. Si certains, à l’instar de Cesar Sayoc, semblent vouloir l’interpréter comme l’aveu de la participation de Soros à un complot mondial, la version intégrale du passage dont elle est extraite offre une perspective sensiblement différente. On y découvre George Soros déplorer que son soutien financier à la cause de la « société ouverte », chère à Karl Popper, a eu pour effet de stimuler un complotisme dont il concentre sur sa personne toute la fureur :

Question : Vous avez indiqué que, récemment, la presse avait commencé à se retourner contre vous ?

George Soros : A la base, j’avais une presse excellente dans la plupart des pays occidentaux pendant plus de temps que quiconque peut l’espérer. C’est seulement lorsque le récit de mes merveilleuses actions a fini par devenir ennuyeux que les gens ont commencé à chercher la petite bête. Donc je n’ai pas trop le droit de me plaindre. Mais il y a quelque chose que je trouve beaucoup plus embêtant. Parce que mon pouvoir est exagéré, je suis devenu la cible privilégiée des versions actuelles des théories du complot antisémites. S’il y a jamais eu un homme qui incarne le stéréotype du conspirateur mondial sioniste bolchevik judéo-ploutocratique, c’est bien moi. Et en fait, c’est de cette manière que je suis de plus en plus décrit en Europe de l’Est et aussi, dans une certaine mesure, en Europe de l’Ouest, mais pas tant que ça en Amérique. C’est un exemple parfait de ce qu’on ne fait pas de bonnes actions impunément. Mon objectif d’origine, en montant l’Open Society Foundation, était de créer une société où ce genre de théorie du complot ne s’épanouirait pas ; mais en prônant une société ouverte, j’ai amassé une sorte de pouvoir mystique qui, en réalité, a encouragé la théorie du complot. Vous voyez l’ironie ?

 

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