WTC 7 : les réponses du NIST
Le 21 août 2008, une conférence de presse s’est tenue au siège du National Institute of Standards and Technology (NIST) à Gaithersburg (Maryland) à l’occasion de la publication du rapport sur l’effondrement du bâtiment 7 du World Trade Center (WTC 7) le 11 septembre 2001. Shyam Sunder, qui a dirigé l’équipe d’investigation, a répondu aux questions des journalistes. Une poignée de conspirationnistes professionnels se trouvaient dans la salle, dont Alex Jones, animateur des sites Info Wars.com et Prison Planet.com.

En ouverture de son intervention, Shyam Sunder a évoqué tout spécialement la question des théories du complot liées au WTC 7 : « Avant de vous dire ce que nous avons trouvé, je voudrais vous dire ce que nous n’avons pas trouvé. (…) Nous n’avons trouvé aucune preuve que des explosifs auraient été utilisés pour démolir le bâtiment. L’effondrement n’a pas non plus été provoqué par des feux alimentés par une quantité importante de carburant qui aurait été stocké dans le bâtiment ».

Voici quelques-unes des assertions conspirationnistes les plus fréquentes concernant l’écroulement du WTC 7 suivies de la réponse apportée par Shyam Sunder en tant que représentant du NIST :

1/ « Aucun incendie n’a pu causer les dommages qui ont été infligés au WTC 7 et provoquer l’implosion du bâtiment. Seule une démolition contrôlée de haute précision a pu conduire à ce que le bâtiment s’effondre sur lui-même ».

Réponse du NIST : L’incendie a infligé suffisamment de dommages au niveau des colonnes pour que le bâtiment s’effondre. Cet effondrement a été causé par la dilatation thermique de certains éléments de structure qui ont vu leurs liaisons céder.

Shyam Sunder : « Tous ceux qui ont déjà mis un pot sous un filet d’eau chaude pour faciliter l’ouverture du couvercle savent que le métal se dilate sous l’effet de la chaleur (…). La chaleur provoque également une fragilisation et un assouplissement de l’acier. La dilatation thermique se produit à des températures bien plus basses que celles qui sont requises pour réduire la solidité et la rigidité de l’acier ». Tandis que les poutres d’acier du bâtiment se dilataient sous l’effet de la température, une partie de la structure du bâtiment a cédé. Cela a affaibli toute la structure avant même l’effondrement de toutes les colonnes verticales.

2/ « La forme du tas de débris laissé par l’effondrement du bâtiment est compatible avec une démolition contrôlée ».

Réponse du NIST : Les débris du WTC 7 ont effectivement formé un tas : « Si vous regardez les colonnes 79, 80 et 81 [trois des vingt-quatre colonnes "centrales" ou "intérieures" de l’édifice – voir ci-dessous], la zone qu’elles supportaient est très grande, en particulier la colonne 79 qui concernait environ 600 m² de surface de plancher ». La colonne 79 a ainsi été la première à céder. « C’est une colonne intérieure qui a cédé en premier, suivie par deux autres [la 80 et la 81], puis encore d’autres d’Est en Ouest. Ainsi, ce que vous voyez, c’est un effondrement sur l’intérieur, puis, ensuite, sur l’extérieur. Ce que vous obtenez est une impression de démolition contrôlée, mais en réalité ce n’en est pas une ».

3/ « La façon dont le bâtiment s’est effondré n’a pu être causée que par une démolition contrôlée ou par l’utilisation de thermate » (NB : la thermate est un incendiaire obtenu par un mélange de thermite, de nitrate de baryum et de souffre ; elle produit une réaction chimique brève mais très intense et localisée).

Réponse du NIST : Les ingénieurs du NIST ont exploré l’hypothèse de la thermate avant de l’écarter. « Nous nous sommes demandés quelle était la quantité minimale de thermate que nous aurions dû utiliser pour faire s’effondrer le bâtiment. Et nous avons constaté que même la plus petite charge de thermate aurait provoqué une déflagration telle qu’elle aurait été audible à 800 mètres à la ronde ». Or, aucun témoignage ne rapporte une telle déflagration. Au contraire. Les nombreux observateurs présents et les enregistrements vidéos de l’effondrement le confirment tous : l’effondrement du WTC 7 s’est produit plutôt calmement.

L’auteur conspirationniste Steven E. Jones (qui soutient, entre autres thèses fumeuses, que Jésus-Christ a visité l’Amérique) a suggéré que la thermate aurait pu être insérée dans une des colonnes du bâtiment et faire céder la colonne sans produire le moindre bruit. Shyam Sunder lui a répondu que son équipe avait également exploré cette hypothèse : « Pour que la thermate puisse faire fondre l’acier, il doit y avoir des matériaux. Si vous regardez la quantité nécessaire de thermate qu’il aurait fallu (au moins 45 kg pour une colonne) vous avez besoin de quelqu’un pour transporter cette quantité de thermate dans le bâtiment, puis pour la placer autour de la colonne afin que la réaction ait lieu. C’est très improbable ».

4/ « Pourquoi le NIST a-t-il attendu sept ans avant de conclure à une hypothèse inédite sur la cause de l’effondrement du bâtiment ? »

Réponse du NIST : Ce sont les particularités architecturales du WTC 7, dans sa conception, qui ont contribué à la dilation thermique. En effet, le WTC 7 avait des étages qui pouvaient mesurer jusqu’à 17 mètres de hauteur.

Shyam Sunder : « D’autres grands immeubles ont brûlé pendant aussi longtemps voire plus longtemps dans des incendies similaires sans s’effondrer – même quand les sprinklers n’existaient pas ou ne fonctionnaient pas. Ainsi, nous savions dès le début de notre étude qu’il ne serait pas évident de comprendre ce qui était arrivé au WTC 7. Cela ne correspondait à rien de ce qui avait été répertorié auparavant et, a priori, il était impossible de dire : ‘’Oui, voilà pourquoi le bâtiment s’est effondré’’ (…). Le problème, c’est que les bâtiments ne sont pas testés spécifiquem
ent pour leur réponse structurelle à l’incendie »
.

5/ « La rapidité avec laquelle les débris du WTC 7 ont été éliminés ne sont-ils pas la preuve de la volonté du gouvernement d’effacer les traces du complot ? »

Réponse du NIST : Contrairement au cas des Tours jumelles, le NIST n’a eu, pour ce qui est du WTC 7, que peu de débris à étudier. Explication : le site a été déblayé rapidement afin de trouver d’éventuelles personnes ensevelies et une grande partie des débris a été transportée sur des chantiers navals.

Shyam Sunder : « Il n’y a eu aucune perte en vie humaine (…). Avec le recul, nous savons que le bâtiment a été évacué. Mais sur le coup, nous l’ignorions ». Des centaines d’enquêteurs sur les chantiers navals ont découvert par la suite que les colonnes d’acier des Tours jumelles avaient été étiquetées et numérotées, tandis que cela n’a pas été le cas pour les colonnes des bâtiments 5, 6 et 7. « Je ne suis pas surpris qu’il n’y ait pas eu plus de débris identifiables. Car à l’époque, nous étions préoccupés avant tout par les terroristes qui ont attaqué notre pays et par la recherche et le sauvetage [des personnes qui auraient pu être ensevelies sous les décombres]. Je pense que le recueil des débris [des bâtiments] a été l’activité la moins importante de ce jour-là ».

6/ « Le retard accumulé dans la publication d’un rapport explicatif sur ces événements est une preuve supplémentaire d’une volonté du Gouvernement d’étouffer cette affaire ».

Réponse du NIST : Le NIST devait d’abord boucler son enquête sur l’effondrement des Tours 1 et 2 et publier son rapport sur le sujet avant de s’intéresser au WTC 7. Le rapport sur les Tours jumelles a été publié en septembre 2005.

Shyam Sunder : « Nous avons pensé que nous serions en mesure de procéder beaucoup plus rapidement pour le WTC 7 grâce à notre expérience des Tours jumelles (…). Je crois que nous avons sous-estimé l’importance de l’effort nécessaire pour répondre aux questions que nous avons soulevées ». En outre, de nouveaux modèles informatiques de l’effondrement ont dû être créés. « Pour un seul étage de l’immeuble, une simulation d’incendie par informatique a pris jusqu’à deux jours avec un assemblage d’ordinateurs sous Linux. Nous avons parfois passé six à huit mois pour obtenir une exécution correcte de certains programmes informatiques, et nous voulions nous assurer que nous ne nous trompions pas. Et puis, trois ans, ce n’est pas un délai inhabituel ». Les précédents rapports étaient préliminaires et provisoires. « Jusqu’au début de l’année dernière, nous n’avions pas trouvé l’explication par la dilatation thermique (…). Après ça, ça a été plus rapide ». Jusqu’en 2007, le NIST explorait d’autres hypothèses, notamment pour savoir si l’emplacement du bâtiment au-dessus d’un poste électrique avait joué un rôle crucial ou si les 6000 galons (23 000 litres) de carburant utilisés pour alimenter les générateurs de secours dans le bâtiment avaient directement affaibli les colonnes d’acier. Ces deux hypothèses ont été abandonnées.

Shyam Sunder a terminé son intervention en affirmant que les résultats dont dispose le NIST sont « simples, francs, (…) cohérents avec ce qui a été observé » et qu’ils « concluent de manière incontestable que le bâtiment 7 du WTC s’est effondré à cause du feu » et non d’une prétendue démolition contrôlée.

Sources :
* Arianne Cohen, " 6 Debunked 9/11 Conspiracy Claims From NIST’s New WTC 7 Report ", Popular Mechanics, 21 août 2008.
* " Questions and Answers about the NIST WTC 7 Investigation ", site du NIST, 21 août 2008.