Répression au Tibet : l’obsession du complot anti-chinois
A l’unisson des autorités de Pékin, les médias chinois analysent les récentes émeutes de Lhassa (Tibet) et les manifestations organisées en marge du passage de la flamme olympique à Paris comme une machination et un « complot séparatiste », selon les termes mêmes de Xirao Nima, membre du Conseil chinois des droits de l’homme et sous-directeur de l’Université centrale des minorités (1). Dans un magazine chinois diffusé par l’agence de presse officielle Xinhua (« Chine nouvelle »), on peut ainsi lire que « les forces intérieures et étrangères hostiles ont fait des Jeux olympiques un foyer d’infiltration et de sabotage ».

Rappelons que les journalistes occidentaux ne peuvent accéder librement au territoire tibétain et que seuls les médias officiels sont habilités à informer le public chinois auquel ne sont diffusées que les images de manifestants tibétains agressant violemment des personnes ou incendiant des véhicules de police.

Pour Raphaël Liogier, spécialiste du bouddhisme tibétain et auteur d’un ouvrage-clé sur le dalaï-lama (2), « Pékin ne réussit plus à faire croire que ce dalaï-lama non-violent, bouddhiste jusqu’au bout des ongles et en même temps démocrate, qui se refuse à réclamer l’indépendance contre l’avis de nombre de ses propres partisans, qui se refuse même à soutenir les émeutiers et à inciter au boycott des Jeux olympiques, soit un vil ambitieux, un sécessionniste corrompu (par le luxe, l’argent et le sexe), un comploteur sans foi ni loi et un théocrate arriéré » (3).

Répression au Tibet : l’obsession du complot anti-chinois
Selon les autorités chinoises, les violences au Tibet n’ont fait que 19 morts. Le Gouvernement tibétain en exil parle, lui, de 140 morts. Lors des précédentes émeutes de Lhassa, en 1989, 200 Tibétains avaient été tués. Pékin avait alors nié avoir ouvert le feu sur les manifestants et recourait, déjà, à la rhétorique du complot. Ainsi, pour le sinologue Jean-Luc Domenach, auteur de La Chine m’inquiète (Perrin, 2008), « les Chinois assument un langage en direction de l’Occident que l’on n’avait plus entendu depuis 1989. Ce qui signifie qu’ils avaient peut-être gardé en réserve une conception univalente de l’Occident, tout entier derrière le dalaï-lama et le "complot antichinois". Ce langage de la pire époque confirme qu’il reste des limites terribles à la mutation politique du régime chinois ; notamment une conception de l’étranger très simpliste » (4).

Notes :
(1) cf. Courrier International du 3 avril 2008.
(2) Raphaël Liogier, A la rencontre du dalaï-lama : Mythe, vie et pensée d’un contemporain insolite, Flammarion, 2008.
(3) cf. Raphaël Liogier, « Le leader spirituel du Tibet, une chance pour la Chine », Libération, 22 avril 2008.
(4) cf. Jean-Luc Domenach in « Domenach-Jullien : l’Occident peut-il comprendre la Chine ? », propos recueillis par Paul-François Paoli, Le Figaro, 7 avril 2008.