Hugo Chávez vient de perdre son référendum portant sur un projet de constitution très controversé au Venezuela. Icône de l’altermondialisme et de l’anti-impérialisme, le leader de Caracas est soutenu par une frange importante de la gauche radicale et anti-libérale. Il a pourtant entretenu des liens troublants avec un idéologue argentin d’extrême droite : Norberto Ceresole.

L’une des déclarations de Chávez à ce propos est passée totalement inaperçue. Le 21 mai 2006, au cours de son émission hebdomadaire Aló Presidente, il a confirmé ses liens avec Norberto Ceresole, se souvenant de lui comme d’« un grand ami » et comme d’« un intellectuel respectable » injustement diabolisé (voir le compte-rendu officiel de l’émission Aló Presidente du dimanche 21 mai 2006, p. 77-78).

Décédé en 2003, ce « Garaudy latino » n’est rien moins que l’un des plus importants auteurs négationnistes d’Amérique latine. L’embarras créé par sa présence dans l’entourage du président Chávez a d’ailleurs conduit les autorités vénézueliennes à l’expulser du pays en mars 1999, expulsion qu’il mettait sur le compte d’un « complot juif » à son encontre. Tour à tour conseiller de juntes militaires progressistes et d’officiers d’extrême droite, ancien compagnon de route d’un groupuscule péroniste puis éminence grise des carapintadas du colonel Seineldín, ce « rouge-brun », thuriféraire de Robert Faurisson, s’était fait une spécialité de la dénonciation du « lobby juif » et du « mythe de l’Holocauste ».

Ceresole attribuait ainsi la responsabilité de l’attentat perpétré contre la communauté juive de Buenos Aires en 1994 aux services secrets israéliens. Il accusait le capitaine Adolfo Francisco Scilingo, un tortionnaire argentin repenti, de faire partie d’une « manipulation juive » contre les forces armées argentines. Il voyait également derrière les Mères de la Place de Mai (un mouvement qui combat l’impunité des militaires impliqués dans la Guerre sale en Argentine) « l’avant-garde de l’action de l’Etat d’Israël et des renseignements israéliens, en Amérique Latine ». Les titres de ses derniers ouvrages trahissent, à cet égard, son obsession anti-juive : Terrorisme fondamentaliste juif, nouveaux scénarios de conflits (1996) ; Le National-judaïsme, un messianisme post-sioniste (1997) ; La Falsification de la réalité : L’Argentine dans l’espace géopolitique du terrorisme juif (1998) ; La Conquête de l’Empire américain : Le pouvoir juif en Occident et en Orient (1998) ; La Question juive en Amérique du Sud (2003) ; etc.

Quand Hugo Chávez célèbre un idéologue négationniste et conspirationniste
Farouche défenseur d’un rapprochement avec la République islamique iranienne – qui était pour lui « le centre de la résistance à l’agression juive » (voir sa Lettre ouverte à mes amis iraniens) –, Ceresole aurait sans nul doute approuvé l’axe Téhéran-Caracas mis en place par son « vieil ami, le commandant Chávez » à qui il a d’ailleurs consacré l’un de ses livres (ci-contre). Il faut dire que Ceresole, en bon théoricien de la « post-démocratie », voyait en Chávez l’incarnation parfaite du caudillo qu’il a passé trente ans à appeler de ses voeux.

Voir aussi :
* Rudy Reichstadt, « Hugo Chávez ou la tentation totalitaire », ProChoix, n° 41, automne 2007.