Pour Dogu Perinçek, le génocide arménien est un complot impérialiste contre la Turquie

En mars dernier, Dogu Perinçek, directeur de l’hebdomadaire Aydinlik (Clarté) et président du Parti des travailleurs de Turquie, a été condamné par la justice suisse pour avoir publiquement nié la réalité du génocide arménien de 1915, le qualifiant notamment de « mensonge international ». Ce verdict a été confirmé par la Cour de cassation vaudoise en juin 2007. Dernier rebondissement en date, un arrêt du Tribunal fédéral est venu rejeter, le 19 décembre 2007, le recours déposé par Dogu Perinçek contre ce jugement. Son avocat a laissé entendre qu’il porterait l’affaire jusqu’à la Cour européenne des droits de l’homme à Strasbourg.

Lors de son procès, Dogu Perinçek a martelé des thèses négationnistes aussi vieilles que le génocide arménien lui-même : ce seraient les grandes puissances de l’époque, Londres en particulier, qui seraient à l’origine de la « propagande » selon laquelle l’empire ottoman aurait tenté d’éradiquer la population arménienne ; tous les documents produits accréditant la thèse du génocide ne seraient en réalité que des « faux » fabriqués par les services secrets britanniques de l’époque. « Il n’y a pas eu de génocide contre les Arméniens. La Russie, la France et l’Angleterre voulaient diviser notre pays. Ils ont utilisé les Arméniens. Les Turcs ont défendu leur patrie. Il y a eu des massacres de part et d’autre. Des Turcs et des musulmans ont aussi été victimes de la guerre » a-t-il déclaré.

Dogu Perinçek avait qualifié sa première condamnation de « raciste et impérialiste », soutenant que « le juge n’était pas neutre ». « La condamnation fait partie du complot mené par les Etats-Unis contre la Turquie » avait-il ajouté. Dogu Perinçek est en effet persuadé que les Etats-Unis cherchent à détruire la Turquie, et que le pape Benoît XVI est un agent américain. Il est aussi convaincu que l’assassinat, en janvier 2007 du journaliste d’origine arménienne Hrant Dink, aurait été fomenté par l’impérialisme américain pour affaiblir son pays.

Vieux militant maoïste longtemps proche du Sentier lumineux péruvien, Dogu Perinçek, 65 ans, s’est mué depuis une vingtaine d’années en militant ultranationaliste et anti-européen. Se réclamant de Talaat Pacha, le grand instigateur du génocide arménien, il s’affirme lui-même proche de ce qu’on appelle en Turquie l’« Etat profond ». Le Parti des travailleurs de Turquie, qu’il dirige, est une formation d’extrême gauche marginale qui n’a jamais été représentée au Parlement.

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