Les cibles traditionnelles, durant la campagne, comme George Soros ou l'Union européenne, ont été remplacées par des accusations d'ingérence ukrainienne orchestrées par Volodymyr Zelensky. Pour Tristan Mendès France, maître de conférences associé à l'université Paris-Cité, spécialiste des cultures numériques : "Le sujet de l'Ukraine est évidemment central dans la communication politique d'Orban depuis au moins le début du conflit avec la Russie" ajoutant qu'Orban a une "proximité idéologique avec Poutine".
Durant cette campagne, le paradoxe de l'ingérence est atteint avec la venue du vice-président américain. JD Vance dénonce d'un côté "l'ingérence ukrainienne dans les élections, à la fois aux États-Unis et en Hongrie" mais pour Tristan Mendès France le plus extraordinaire reste l'explication du 7 avril à Budapest , lorsque Vance dit "explicitement avoir été envoyé par Trump pour dénoncer une supposée ingérence de Bruxelles tout en appelant explicitement à la réélection d'Orban".
Si le vice-président est un soutien du président américain, "il n'arrive pas à la cheville de Donald Trump" selon Rudy Reichstadt en termes de complotisme. Le directeur de Conspiracy Watch ajoute que JD Vance "a reconnu qu'il était parfois complotiste" tout en expliquant que "les théories du complot étaient juste des infos vraies avec six mois d'avance".
En France aussi, un homme politique dénonce l'ingérence européenne dans ces élections hongroises. Il s'agit de Philippe de Villiers qui affirme qu'Ursula Von der Leyen et Emmanuel Macron "vont refaire le coup de la Roumanie si Orban gagne, c'est officiel". Pour Rudy Reichstadt : "C'est n'importe quoi" ajoutant "personne n'a prévu d'annuler les élections en Hongrie si Orban gagne". C'est de "l'ingérence imaginaire" pour le directeur de Conspiracy Watch, qui rappelle que le premier tour de l'élection présidentielle roumaine de 2024, avait été annulé par la Cour constitutionnelle roumaine "c'est-à-dire par une institution nationale, pas par Bruxelles, encore moins par une autre puissance européenne".
Les thématiques complotistes rencontrent un certain succès en Hongrie. Le succès d'Orban est-il dû à la porosité de la Hongrie aux thématiques complotistes ? Rudy Reichstadt nous rappelle quelques chiffres issus d'une enquête du think-tank "Political capital" qui montre que 72 % des sondés hongrois approuvent l'idée que "ce sont des organisations secrètes qui influencent fortement les décisions politiques. Il y a aussi pour 57 % des sondés, l'idée que "la population autochtone européenne serait remplacée par les immigrés selon une grande stratégie". Le directeur de Conspiracy Watch nous dit : "Ça, c'est vraiment la version complotiste de ce qu'on appelle le Grand Remplacement, un thème qui est très largement utilisé par Victor Orbán" ajoutant que pour le premier ministre hongrois "c'est un plan de Bruxelles pour noyer et détruire la nation hongroise".
En conclusion, Tristan Mendès France estime que ces élections sont un véritable test "pour ce modèle politique basé sur le complotisme". Soit les électeurs "mettent un coup d'arrêt", et le message sera clair, soit "ils reconduisent ce modèle et le message sera beaucoup plus inquiétant". En effet, pour le maître de conférences associé à l'université de Paris-Cité ce qui se joue ici dépasse largement cette élection : "Ça dit quelque chose de la solidité de nos démocraties face à la manipulation complotiste".
Viktor Orbán en campagne, c'était le 107è épisode de Complorama avec Rudy Reichstadt, directeur de Conspiracy Watch, Tristan Mendès France, maître de conférences associé à l'université Paris-Cité, spécialiste des cultures numériques et Noé da Silva de franceinfo. Un podcast à retrouver sur le site de franceinfo, l'application Radio France, sur la chaîne YouTube de franceinfo Ouverture dans un nouvel onglet et toutes les plateformes.