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« Les mots peuvent être comme de minuscules doses d'arsenic : on les avale sans y prendre garde, ils semblent ne faire aucun effet, et voilà qu'après quel temps l'effet toxique se fait sentir », écrivait Victor Klemperer dans son livre « LTI la langue du IIIe Reich ». Dans cet ouvrage, il réfléchissait au dévoiement du langage, à la perte de sens commun qui conduit au pire.
Cette semaine, à plusieurs reprises, Jean-Luc Mélenchon et LFI ont participé du dévoiement du langage. Le premier épisode s’est tenu lors d’une conférence de presse, avec des influenceurs amis et quelques journalistes triés sur le volet, sans la presse généraliste. Lors de cet événement, Jean-Luc Mélenchon a utilisé deux expressions qu’il convient de retenir tant elles renseignent sur le rapport aux médias, mais plus largement au réel entretenu par la France Insoumise. En introduction de la conférence, il lance : « Quand je suis invité par l’officialité médiatique j’ai l’impression de participer à des séances de l’Inquisition. Je me défends » De quoi ? Des convocations de « la presse des 9 milliardaires qui possèdent 90 % des médias ». Dans cet épisode, le terme « officialité médiatique » dit tout de la façon dont le leader maximo considère la presse et les journalistes. Renvoyant à l’idée d’un tribunal ecclésiastique, Jean-Luc Mélenchon se pose en seul accusé dudit tribunal imaginaire et espère profiter de la position victimaire.
Avec ces mots, Mélenchon trace une ligne claire : celle d’un rapport trumpien, voire muskien au quatrième pouvoir. Façon « eux » contre « nous » rappelant le « You’re the media now » tweeté par Elon Musk le jour de la réélection de Donald Trump. Le lendemain de cette conférence d’influenceurs, sur son blog, il raille le « gros caca nerveux dans l’officialité médiatique », traite les journalistes de « nababs ». Dans ce même billet de blog, surgit la « cabale médiatique » : non plus une critique des biais, des routines, des concentrations, mais l’idée d’une machination qui serait ourdie contre lui. Voire. « Officialité », « cabale » : clairement le langage de Jean-Luc Mélenchon espère instiller de minuscules doses d’arsenic. Son but : saper la confiance dans les médias. Détruire les intermédiaires qui souvent le dérangent, l’interrogent et sont même tentés d’écrire des livres racontant la réalité de son mouvement comme « sectaire ». C’est pourquoi, a-t-il d’ailleurs justifié, il n’a pas invité les journalistes auteurs du livre La Meute.
Le deuxième épisode de ce dévoiement est l’œuvre de Sophia Chikirou, en campagne à Paris. « Virez les fascistes des médias… Vous n’êtes pas journalistes, rendez la carte… Vous êtes des “nazis à petits pieds” qui portent la cravate. », a-t-elle ainsi éructé lors d’une réunion publique à propos des journalistes. Le député LFI du Val de Marne, Louis Boyard reprenant lui aussi l’antienne mélenchonienne selon laquelle « les médias excluent le peuple français ».
Le troisième épisode, pour le moment, s’est tenu à Lyon lors d’un meeting pour la campagne municipale. Jean-Luc Mélenchon attaquant encore les « médias officiels », ironise sur la prononciation du nom « Epstein » : « Je voulais dire "Epstine", pardon, ça fait plus russe "Epstine"… alors maintenant vous direz "Frankenstine" au lieu de "Frankenstein". » Railler « l’officialité », et y ajouter un clin d’œil antisémite. Dévoiement un jour, dévoiement toujours. Le lendemain, il tweete : « La brutalisation de la vie politique est du côté de ceux qui veulent nous faire taire à force de menaces et d'insultes à tous propos. » Se poser en victime de l’officialité, en somme.
Il serait tentant de ne pas souligner le dévoiement du langage. De le laisser dériver. Cela reviendrait, toutefois, à accepter d’ingurgiter les micros doses d’arsenic contenues dans ces mots.
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