La dernière élection présidentielle américaine a bel et bien donné lieu à une manipulation politique d’envergure. Et ce n’est pas du tout celle à laquelle croient les partisans de Donald Trump…

Commission d’enquête de la Chambre des représentants sur l’attaque contre le Capitole le 6 janvier 2021 (capture d’écran C-SPAN, 13/06/2022).

Après avoir été battu par plus de 7 millions de voix par Joe Biden lors du scrutin présidentiel du 3 novembre 2020, Donald Trump a tout tenté pour se maintenir à la tête de l’exécutif américain en dénonçant une fraude électorale massive. Une entreprise de désinformation qui s’est traduite par l’envahissement du Capitole à Washington par ses partisans le 6 janvier 2021, jour de certification du vote des Grands électeurs par le Congrès.

Cet événement inédit dans l’histoire des États-Unis a conduit la Chambre des Représentants à créer une commission d’enquête spéciale, composée de sept élus démocrates et de deux républicains, chargée de faire la lumière sur les circonstances ayant rendu inévitable ce jour de la honte.

Active depuis le 1er juillet 2021, elle a multiplié les auditions à huis clos d’experts, de victimes, de témoins, d’élus et de proches de l’ancien président – dont sa propre fille Ivanka. Alors que le rapport détaillé serait sur le point d’être rendu public, six sessions télévisées sont programmées en juin pour faire connaître au plus grand nombre le travail de la commission. Plusieurs ont déjà été retransmises ces derniers jours et ont permis de montrer que Donald Trump a choisi d’utiliser la théorie du complot tout en sachant pertinemment, très tôt, qu’il n’existait aucune preuve de fraude électorale. L’autre conclusion, accablante pour l’ancien locataire de la Maison Blanche, est que l’assaut contre le Capitole a constitué « la culmination d’une tentative de coup d’État », « un complot » – pas imaginaire pour une fois – dans lequel Trump a joué « un rôle central ».

D’autres éléments ont été révélés lors de ces sessions d’auditions, en particulier des précisions sur le trésor de guerre acquis de manière plus que douteuse par la campagne trumpiste entre le 3 novembre 2020 et le 6 janvier 2021 pour, officiellement, rétablir l’intégrité du scrutin.

250 millions de dollars

« Le grand mensonge était aussi une grande arnaque » : c’est avec ces mots que la représentante démocrate de Californie et membre de la commission d’enquête Zoe Lofgren a qualifié le système d’appel aux dons mis en place par les équipes de  campagne du président après l’élection présidentielle. Par le biais d’envois massifs et répétés d’e-mails et de messages sur les réseaux sociaux, Trump et ses équipes ont incité leur base électorale à mettre la main à la poche pour garnir un « fonds de défense de l’élection » spécialement créé pour financer la grande bataille juridique visant à prouver une prétendue fraude électorale, The Official Election Defense Fund.

Une opération rondement menée ayant permis de lever pas moins de 250 millions de dollars en deux mois, dont 100 millions rien que la semaine suivant l’élection, selon les chiffres publiés lundi 13 juin par la commission parlementaire.

Facteur aggravant : les appels aux dons ont eu lieu jusqu’à la dernière minute alors même qu’il n’y avait, légalement, plus aucun recours possible après le 14 décembre 2020, date à laquelle les Grands électeurs ont entériné la victoire de Joe Biden. Selon l’avocate et experte auprès de la commission Amanda Wick, « les e-mails ont été envoyés jusqu’au 6 janvier, au moment où Donald Trump parlait au parc Ellipse [à Washington – ndlr]. Trente minutes après l’envoi du dernier, le Capitole a été attaqué ».

Le hic ? Il n’existe aucune trace de ce fonds et l’argent des donateurs n’a jamais servi au financement de la contestation du résultat de l’élection devant les tribunaux. Une conclusion confirmée par Hanna Allred, une ancienne membre de l’équipe de campagne Trump qui a témoigné devant la commission : « Je ne crois pas qu’il y avait réellement un fonds appelé fonds de défense électorale ».

Où est passé l’argent ?

Après plusieurs mois d’enquête, la commission de la Chambre des Représentants a pu reconstituer une partie du chemin parcouru par les 250 millions de dollars collectés par la campagne de Trump. La majorité de cette somme a ainsi été reversée au comité d’action politique de l’ancien président, le Save America PAC, une structure de financement politique opaque qui a vu le jour peu de temps après l’élection.

Bien qu’il eût connaissance de l’absence de preuve de fraude, Donald Trump a utilisé ce prétexte pour se constituer sur le dos de ses partisans un énorme magot qu’il peut désormais dépenser à sa guise pour promouvoir sa personne, ses idées et ses amis.

Grâce à cet argent, il a pu notamment régler à hauteur de 5 millions de dollars les factures d’Event Strategie Inc, l’entreprise en charge de l’organisation de son tristement célèbre meeting du 6 janvier devant la Maison Blanche. Il a également versé 1 million de dollars respectivement à la fondation de son ancien chef de cabinet Mark Meadows et à un institut politique conservateur, l’America First Policy Institute, qui emploie plusieurs de ses anciens collaborateurs. Il a enfin transféré quelques centaines de milliers de dollars à la Trump Hotel Collection. Drôle de façon de faire pour quelqu’un qui affirmait haut et fort en 2016 vouloir mettre fin au « carnage américain » pour lutter contre la corruption et les mensonges des élites de Washington…

Après ces premières sessions d’auditions publiques, il apparaît que Donald Trump, trop occupé à arnaquer ses supporters et à délégitimer l’élection dans le cadre d’une stratégie visant à se maintenir frauduleusement au pouvoir, ne gérait plus les affaires des États-Unis lors des deux derniers mois de son mandat. Le président de la première puissance mondiale était même, si l’on en croit son ancien ministre de la Justice William Barr, totalement « déconnecté de la réalité ».