Le film allemand La Bande à Baader (titre original : Der Baader Meinhof Komplex), sorti récemment au cinéma, est l’occasion de constater une nouvelle fois que la théorie du complot est le mode de pensée privilégié des groupes totalitaires. Avant leurs suicides dans la nuit du 18 octobre 1977 (qui coïncident avec l’échec de la prise d’otages des passagers d’un avion de la Lufthansa détourné par des terroristes palestiniens qui demandaient l’élargissement des membres de la Rote Armee Fraktion), Andreas Baader, Gudrun Ensslin et Jan Carl Raspe, n’avaient cessé de clamer que l’Etat « fasciste » allemand finirait par les libérer ou par les exécuter. Irmgard Möller, la quatrième de la bande, a raté cette nuit-là son suicide à coups de couteau. Elle soutient, depuis lors, que ses co-détenus ont été assassinés par le Pouvoir…

Le film montre assez clairement que Baader, Ensslin, Raspe ainsi qu’Ulrike Meinhof – qui s’était elle aussi suicidée un an et demi plus tôt dans sa cellule – n’ont jamais été des victimes, qu’ils ont tous « choisi » leur mort. Ce que le film ne montre pas, c’est la jonction, dans la violence révolutionnaire, entre extrême gauche et extrême droite, cette galaxie rouge-brune où, depuis qu’il existe une gauche et une droite, fraternisent des individus que tout devrait opposer.

L'étrange postérité du groupe Baader-Meinhof
A cet égard, le destin de Horst Mahler – interprété dans le film par Simon Licht – est tout à fait significatif. Horst Mahler est cet avocat qui avait participé à l’évasion d’Andreas Baader en 1970. Après son engagement dans la RAF, il a fini par rejoindre l’extrême droite allemande. Il a comparu récemment pour avoir fait le salut nazi en public. Le 9 octobre dernier, Le Point consacrait un article à son procès outre-Rhin :

Le procès pour négationnisme et incitation à la haine raciale qui s’est ouvert mercredi à Potsdam, près de Berlin, serait tristement banal, n’eût été la personnalité du prévenu. Car, à 72 ans, Horst Mahler n’est pas seulement un ténor de la cause néonazie en Allemagne. Il fut, avant cette "reconversion", l’un des terroristes d’extrême gauche les plus recherchés en sa qualité de cofondateur de la Fraction armée rouge (RAF), la Bande à Baader.

L’engagement initial de cet avocat qui mit ses talents oratoires au service de ses causes successives, est typique de la génération d’après-guerre. Fils de nazis militants, Mahler plonge dans le gauchisme par réaction contre les convictions de ses parents, puis dans la clandestinité et la lutte armée, partant du principe selon lequel "avec les laquais du capitalisme, on de dialogue pas. On tire".

Négation de l’Holocauste

S’ensuit un parcours classique suivi à l’époque par quelques dizaines de desperados : rencontre avec Andreas Baader et Gudrun Ensslin, le couple emblématique des années de plomb, série de braquages destinés à financer la cause, participation à une évasion de Baader, fuite dans les camps palestiniens de Jordanie et… prison, où il restera dix ans.

C’est au début des années quatre-vingts que son curriculum vitae prend un tour singulier. Son avocat, le futur chancelier Gerhard Schröder, obtient sa libération anticipée et sa réintégration au barreau. Mais durant sa détention, Mahler a changé d’extrémisme. Il devient l’avocat attitré du parti néonazi NPD, multiplie les déclarations niant l’Holocauste et les saillies antisémites qui lui valent autant de procès qu’il transforme immanquablement en tribunes. Celui de Potsdam ne devrait pas faire exception.

Si inhabituel soit-il, ce passage du rouge au brun n’est pas totalement incohérent, compte tenu des dénominateurs communs : la haine de la démocratie, un antisionisme initial qui, chez Mahler, s’est mué en antisémitisme frénétique, un anti-américanisme qui se nourrissait hier de l’hostilité à la guerre du Vietnam, aujourd’hui à l’intervention en Irak, et qui l’a incité à qualifier les attentats du 11 Septembre de "cruels, mais justifiés".

Source :
Yves Cornu, « Allemagne : l’extrémiste Horst Mahler devant les juges », Le Point.fr, 9 octobre 2008.