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Epstein : la défaite des complotistes ?

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Publié par Rudy Reichstadt09 février 2026, ,

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Idriss Aberkane, Alexis Poulin et Didier Maïsto (capture d'écran YouTube, 02/02/2026 ; filtre : CW).

Loin de ne pas parler de l’affaire Epstein, comme le clame Jean-Luc Mélenchon, nos médias ne font à peu près que cela depuis huit jours. Au croisement du pouvoir, du sexe et de l’argent, le dossier Epstein aura, à n’en pas douter, la même postérité que celui de l’assassinat de JFK : il est plus que plausible qu’il fera encore parler dans cinquante ans.

Mais de quoi parlons-nous exactement quand nous parlons de l’« affaire Epstein » ?

La première « affaire Epstein » est une affaire de trafic sexuel de jeunes filles mineurs impliquant un riche homme d’affaires disposant d’un entregent considérable. L’autre « affaire Epstein » est l’image très déformée qu’en donnent les populistes, les médias de désinformation et les théoriciens du complot et qui finit par intoxiquer une partie du public.

La première affaire engage la moralité d’hommes tels que Donald Trump, Bill Clinton ou encore Bill Gates.

Elle interroge leur degré d’implication personnel dans des crimes, leur aveuglement – volontaire ou pas –, et questionne l’impunité d’un homme qui, grâce à son argent, a pu bénéficier, lors de sa première condamnation en 2008, d’une clémence extraordinaire sans que cela l’empêche de continuer à interagir amicalement avec une princesse norvégienne, un ex-ministre britannique mais aussi Woody Allen, Jack Lang, Elon Musk, la milliardaire Ariane de Rothschild, l’ancien Premier ministre israélien Ehud Barak, l’intellectuel anticapitaliste Noam Chomsky... et sans doute bien d'autres. Au-delà du scandale pédocriminel, l’affaire est révélatrice d’une complaisance coupable avec le pire. Sans méconnaître tout cela, les analyses que nous proposons sur Conspiracy Watch concernent surtout la seconde affaire, c'est-à-dire le volet complotiste de la première. Notre travail critique porte par conséquent moins sur Epstein et ses complices réels ou présumés que sur les intox et les délires dangereux que suscite cette affaire politico-judiciaire.

Sur les réseaux sociaux en effet, la frénésie médiatique se mue en panique morale et en soif de revanche. On veut faire payer ceux qui font profession d’informer. Le langage de la raison devient inaudible. L’emballement et tous les excès sont excusés par avance. Le principe de précaution est piétiné. Et, par crainte de passer à côté d’un crime, on concède aux théories du complot une présomption de véracité sans voir que, ce faisant, on valide des délires qui, demain, pourraient déboucher sur des crimes bien réels eux aussi.

Aucune rédaction n’a pu, en l'espace d'une semaine, analyser précisément les 3 millions de pages mises en ligne vendredi 30 janvier dernier par le ministère américain de la Justice. Toutefois, la presse internationale a commencé un travail d’enquête au long cours, épluchant les différents documents pour y trouver des traces de connivence entre le prédateur sexuel et des personnalités évoluant dans la politique, le business ou le spectacle. A-t-elle à ce jour confirmé les théories du complot les plus virales qui circulaient sur le sujet ?

Non.

Les documents publiés ne valident pas qu’Epstein aurait été assassiné pour l’empêcher de parler. Pas plus qu’ils ne valident qu’il aurait été secrètement exfiltré de prison, que l’autopsie aurait porté sur un autre corps que le sien et qu’il serait aujourd’hui toujours en vie. Pas plus qu’ils ne valident qu’il faisait chanter la moitié de la planète pour le compte de l’État d’Israël. Ils ne valident pas non plus qu’Epstein était, non pas coupable d’un sordide trafic sexuel de jeunes filles – un crime extrêmement grave pour lequel sa complice, Ghislaine Maxwell a été jugée et condamnée à 20 ans de prison –, mais l’instigateur d’un réseau « pédosataniste » dans lequel des puissants se livraient à des sacrifices humains, au cannibalisme et à des infanticides tout en communiant dans l’adoration du Diable.

Rien de ce qui est sorti à ce jour ne confirme ces différentes allégations. Au point qu'il est permis de se demander si l'affaire Epstein ne signe pas la défaite des complotistes.

De fait, pour masquer leur déculottée, intimider leurs détracteurs et lâcher sur eux la meute, les complotistes font ce qu’ils font à chaque fois : ils crient victoire, la méthode Coué en guise de démonstration. La fragilité de leur argumentation, ils la compensent par l’esbroufe, l’agitation, des heures de palabres, de commentaires sur des moitiés de faits mélangés à des spéculations pures et simples qu'ils présentent comme des évidences. Bref, ils prennent leurs désirs pour des réalités.

Ainsi, trois jours après la publication d’un dossier de 3 millions de pages – que ni lui ni ses invités Alexis Poulin et Didier Maïsto n’ont évidemment eu le temps d’éplucher –, Idriss Aberkane (1,25 million d’abonnés sur YouTube) a commis un live en forme de règlement de comptes contre… nous. Nous qui travaillons sur le volet complotiste de l’affaire Epstein depuis des années.

Résultat : près de 700 000 vues pour une vidéo de plus de deux heures où le mensonge le dispute à la diffamation et où les invectives tiennent lieu d’arguments. La miniature de la vidéo a pour titre : « Les complotistes avaient raison ! ». De son côté, Mike Borowski (Géopolitique Profonde) affirme : « Encore une fois, nous avions raison sur Jeffrey Epstein ».

Un triomphalisme qui n'a d'autre utilité que de noyer le poisson. Car si des mensonges répétés en boucle peuvent finir par être crus d’un grand nombre de gens, ils n’en demeurent pas moins des mensonges.

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à propos de l'auteur
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Rudy Reichstadt
Directeur de Conspiracy Watch, Rudy Reichstadt est expert associé à la Fondation Jean-Jaurès et chroniqueur pour l'hebdomadaire Franc-Tireur. Co-auteur du film documentaire « Complotisme : les alibis de la terreur », il a publié chez Grasset L'Opium des imbéciles. Essai sur la question complotiste (2019) et Au cœur du complot (2023) et a co-dirigé Histoire politique de l'antisémitisme en France. De 1967 à nos jours, chez Robert Laffont (2024). Il a également participé à l'élaboration du rapport « Les Lumières à l’ère numérique » dans le cadre de la commission Bronner (2022). Depuis 2021, il co-anime avec Tristan Mendès France le podcast « Complorama » sur France Info.
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