Conspiracy Watch | l'Observatoire du conspirationnisme
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Après 111 jours de détention, Alexandre Juving-Brunet est placé sous surveillance électronique

Publié par Victor Mottin23 mars 2023,

La semaine dernière, l'ex-capitaine de gendarmerie Alexandre Juving-Brunet est sorti de la prison où il avait été placé pour des suspicions d'escroquerie en bande organisée. S'il met de l'eau dans son vin, l'activiste n'a pas perdu la foi dans son projet de monnaie alternative.

Alexandre Juving-Brunet (montage CW).

« Bon retour à la vie Alexandre. » Pour Myriam Palomba et la complosphère, l'heure est aux réjouissances. Le 15 mars dernier, en fin de journée, l'ancien capitaine de gendarmerie Alexandre Juving-Brunet est sorti de la maison d'arrêt de Draguignan où il était détenu depuis 111 jours suite à sa mise en examen pour escroquerie en bande organisée. Celui qui prêchait il y a encore quelques mois, avec des accents apocalyptiques, que « tout est en train de s'écrouler » avait lancé une monnaie alternative, le Franc libre, pour « sauver la France ». En toute modestie, bien sûr…

Des billets de 1000 Francs libres à l'effigie de Clovis, des pièces ornées de la devise « Vérité, Liberté, Souveraineté » : sur les réseaux, l'ex-candidat aux législatives parade avec la « monnaie de la résistance et de la résilience ». Et fait mouche. En quatre mois, plus de 4500 personnes auraient souscrit au projet en échangeant contre des Francs libres la somme totale d'1,3 million d'euros ! C'en était trop pour la Banque de France qui a décidé de saisir la justice pour infraction au code monétaire et financier.

« Tout ceci est un sabotage organisé »

C'est « une initiative qui a fait peur à l'appareil d'État, croit pouvoir décoder Juving-Brunet dans une interview exclusive accordée au magazine Nexus quatre jours après sa libération. Je pensais plutôt qu'il m'aurait envoyé des assassins. » Si l'homme a une si haute opinion de lui-même, c'est qu'il ambitionne, malgré ses démêlés judicaires, « d'acheter des fermes, d'acheter des ateliers, d'acheter des industries et [de] les relier autour d'un projet politique » afin de « s'occuper de la souffrance réelle ».

Et quel projet ! Dans le même entretien, Juving-Brunet pronostique un « climat sombre » mais « nécessaire pour que les Français fassent revenir leur pays à ce qui est sa destinée manifeste ». Pour ce saint-cyrien reconverti dans la commercialisation de cosmétiques et la gestion d'un spa hôtelier dans le Var, la France aurait, depuis deux siècles, « tourné le dos au sacré, à Dieu [et] à la famille » pour « arriver à la dernière étape du sabotage final de notre Nation [et de notre] civilisation ». Avant de conclure : « Tout ceci est un sabotage organisé, délibéré. »

Alexandre Juving-Brunet (capture d'écran YouTube, 2016).

Dans son viseur, « l'oligarchie financière », les « mondialistes » et même la CIA, qu'il accuse d'avoir fomenté les évènements de mai 1968 pour « infiltrer les esprits » et faire en sorte que « les souverainistes […] sortent progressivement de cette école de pensée pour revenir dans cette économie occidentale patronée par les Américains ».

Alexandre Juving-Brunet est un habitué des discours complotistes. En mai 2022, il explique par exemple que « la guerre [en Ukraine, ndlr] servira uniquement à maquiller des crimes qui ont été perpétrés durant la crise sanitaire ». Un mois plus tard, il menace plusieurs médias d’un «procès pour haute trahison », les accusant de passer sous silence une « info » capitale sur les effets des vaccins à ARN messager. Il accuse aussi le journal Libération de collaborer avec l’« État profond »...

Faire sécession ?

Le 19 novembre dernier, quelques jours avant son incarcération, l'influenceur conspi, suivi par plus de 41 000 personnes sur Twitter et 60 000 sur YouTube, organise une conférence de presse en marge de la « Fête du Pays réel » un événement organisé chaque année par l'organisation d'extrême droite Civitas.

Dans une allocution au ton résolument martial, il se déclare « en guerre ». En guerre contre «  le satanisme de l'élite mondialiste occidentale », en guerre contre « les puissances financières mondiales » et « l'Etat profond », ou encore en guerre contre cette « élite […] déversant sur le monde des maladies, des famines et des guerres artificiellement créées pour maintenir leur contrôle sur l'humanité… »

Surtout, il annonce son intention d’utiliser « toutes les armes nécessaires à la victoire : arme monétaire […] et demain, armes culturelle, juridique, politique et enfin coercitive avec les Forces françaises libres »... Une milice ?

En liberté conditionnelle, et muni d'un bracelet électronique, Juving-Brunet met désormais de l'eau dans son vin. Il avance, par exemple, n'avoir mis en place qu'une « alternative à l'euro si et seulement si l'euro s'écroulait demain », dans une « démarche d'anticipation ». Conseillé par son nouvel avocat, le prudhommesque Juan Branco – qui s'est déjà illustré en défendant des personnalités complotistes – l'ex-militaire admet qu'il a « effectivement dit que nous allions bientôt être en guerre ». Puis précise : « Mais ça peut être la guerre des mots, la guerre des idées... J'ai pas du tout parler d'affrontement, de dialectique de volonté allant jusqu'à l'emploi de la force. »

« Agenda mondialiste »

Reste que notre homme n'a pas du tout renoncé à son projet. Au micro d'André Bercoff, l'animateur vedette de Sud-Radio, il assure vouloir poursuivre son plan en régularisant sa situation auprès de l'Autorité de Contrôle Prudentiel et de Résolution (ACPR). Et pour cause : l'ex-gendarme souhaite prendre de l'avance sur « l'agenda mondialiste » et anticipe « la mise en place de l'euro-numérique » en octobre 2023. Ce projet, conçu par la Banque Centrale Européenne (BCE), « viendrait en complément des billets et pièces et constituerait une solution de paiement supplémentaire », selon le site de l'institution européenne.

Pour l'heure, il remercie ses partisans de leurs milliers de messages sans oublier de solliciter leur soutien financier pour faire face à ses ennuis judiciaires.

Source : Twitter, 21/03/2023.
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Alexandre Juving-Brunet (montage CW).

« Bon retour à la vie Alexandre. » Pour Myriam Palomba et la complosphère, l'heure est aux réjouissances. Le 15 mars dernier, en fin de journée, l'ancien capitaine de gendarmerie Alexandre Juving-Brunet est sorti de la maison d'arrêt de Draguignan où il était détenu depuis 111 jours suite à sa mise en examen pour escroquerie en bande organisée. Celui qui prêchait il y a encore quelques mois, avec des accents apocalyptiques, que « tout est en train de s'écrouler » avait lancé une monnaie alternative, le Franc libre, pour « sauver la France ». En toute modestie, bien sûr…

Des billets de 1000 Francs libres à l'effigie de Clovis, des pièces ornées de la devise « Vérité, Liberté, Souveraineté » : sur les réseaux, l'ex-candidat aux législatives parade avec la « monnaie de la résistance et de la résilience ». Et fait mouche. En quatre mois, plus de 4500 personnes auraient souscrit au projet en échangeant contre des Francs libres la somme totale d'1,3 million d'euros ! C'en était trop pour la Banque de France qui a décidé de saisir la justice pour infraction au code monétaire et financier.

« Tout ceci est un sabotage organisé »

C'est « une initiative qui a fait peur à l'appareil d'État, croit pouvoir décoder Juving-Brunet dans une interview exclusive accordée au magazine Nexus quatre jours après sa libération. Je pensais plutôt qu'il m'aurait envoyé des assassins. » Si l'homme a une si haute opinion de lui-même, c'est qu'il ambitionne, malgré ses démêlés judicaires, « d'acheter des fermes, d'acheter des ateliers, d'acheter des industries et [de] les relier autour d'un projet politique » afin de « s'occuper de la souffrance réelle ».

Et quel projet ! Dans le même entretien, Juving-Brunet pronostique un « climat sombre » mais « nécessaire pour que les Français fassent revenir leur pays à ce qui est sa destinée manifeste ». Pour ce saint-cyrien reconverti dans la commercialisation de cosmétiques et la gestion d'un spa hôtelier dans le Var, la France aurait, depuis deux siècles, « tourné le dos au sacré, à Dieu [et] à la famille » pour « arriver à la dernière étape du sabotage final de notre Nation [et de notre] civilisation ». Avant de conclure : « Tout ceci est un sabotage organisé, délibéré. »

Alexandre Juving-Brunet (capture d'écran YouTube, 2016).

Dans son viseur, « l'oligarchie financière », les « mondialistes » et même la CIA, qu'il accuse d'avoir fomenté les évènements de mai 1968 pour « infiltrer les esprits » et faire en sorte que « les souverainistes […] sortent progressivement de cette école de pensée pour revenir dans cette économie occidentale patronée par les Américains ».

Alexandre Juving-Brunet est un habitué des discours complotistes. En mai 2022, il explique par exemple que « la guerre [en Ukraine, ndlr] servira uniquement à maquiller des crimes qui ont été perpétrés durant la crise sanitaire ». Un mois plus tard, il menace plusieurs médias d’un «procès pour haute trahison », les accusant de passer sous silence une « info » capitale sur les effets des vaccins à ARN messager. Il accuse aussi le journal Libération de collaborer avec l’« État profond »...

Faire sécession ?

Le 19 novembre dernier, quelques jours avant son incarcération, l'influenceur conspi, suivi par plus de 41 000 personnes sur Twitter et 60 000 sur YouTube, organise une conférence de presse en marge de la « Fête du Pays réel » un événement organisé chaque année par l'organisation d'extrême droite Civitas.

Dans une allocution au ton résolument martial, il se déclare « en guerre ». En guerre contre «  le satanisme de l'élite mondialiste occidentale », en guerre contre « les puissances financières mondiales » et « l'Etat profond », ou encore en guerre contre cette « élite […] déversant sur le monde des maladies, des famines et des guerres artificiellement créées pour maintenir leur contrôle sur l'humanité… »

Surtout, il annonce son intention d’utiliser « toutes les armes nécessaires à la victoire : arme monétaire […] et demain, armes culturelle, juridique, politique et enfin coercitive avec les Forces françaises libres »... Une milice ?

En liberté conditionnelle, et muni d'un bracelet électronique, Juving-Brunet met désormais de l'eau dans son vin. Il avance, par exemple, n'avoir mis en place qu'une « alternative à l'euro si et seulement si l'euro s'écroulait demain », dans une « démarche d'anticipation ». Conseillé par son nouvel avocat, le prudhommesque Juan Branco – qui s'est déjà illustré en défendant des personnalités complotistes – l'ex-militaire admet qu'il a « effectivement dit que nous allions bientôt être en guerre ». Puis précise : « Mais ça peut être la guerre des mots, la guerre des idées... J'ai pas du tout parler d'affrontement, de dialectique de volonté allant jusqu'à l'emploi de la force. »

« Agenda mondialiste »

Reste que notre homme n'a pas du tout renoncé à son projet. Au micro d'André Bercoff, l'animateur vedette de Sud-Radio, il assure vouloir poursuivre son plan en régularisant sa situation auprès de l'Autorité de Contrôle Prudentiel et de Résolution (ACPR). Et pour cause : l'ex-gendarme souhaite prendre de l'avance sur « l'agenda mondialiste » et anticipe « la mise en place de l'euro-numérique » en octobre 2023. Ce projet, conçu par la Banque Centrale Européenne (BCE), « viendrait en complément des billets et pièces et constituerait une solution de paiement supplémentaire », selon le site de l'institution européenne.

Pour l'heure, il remercie ses partisans de leurs milliers de messages sans oublier de solliciter leur soutien financier pour faire face à ses ennuis judiciaires.

Source : Twitter, 21/03/2023.
à propos de l'auteur
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Victor Mottin
Victor Mottin est journaliste et travaille pour Conspiracy Watch depuis 2021. Il collabore régulièrement avec le magazine Usbek & Rica. Ses sujets de prédilection : complotisme, extrême droite et dérives sectaires.
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