Si je pensais que les lecteurs du Jerusalem Post disposaient des éléments du débat sur l’affaire de Mohammed al-Dura, je ne ressentirais pas aujourd’hui la nécessité d’entrer dans les détails qui expliquent pourquoi je pense qu’il est ridicule et moralement aveugle de prétendre que la mort du petit Palestinien a été un "bobard", une mise en scène. S’il y en avait d’autres que moi à écrire en anglais (a priori, rien en hébreu… ndt) contre les adeptes de la théorie de la mise en scène, je me contenterais de mon article "Al-Dura et les dingues du complot" (" Al-Dura and the conspiracy freaks "), point barre.

Mais le débat sur al-Dura, au moins en anglais, est totalement univoque. Le web est submergé d’écrits de juifs de droite qui accumulent les "preuves" à l’appui de leurs théories conspirationnistes, alors que les meilleurs journalistes d’investigation, qui n’ont aucun intérêt personnel dans l’affaire, et dont certains, à l’origine, avaient mis en doute le fait que le jeune garçon ait été tué par l’armée israélienne, sont passés depuis longtemps à autre chose. Alors, puisque personne, à ma connaissance, ne défend plus la cause de la raison et de l’honnêteté dans cette bataille à la fois acharnée et extrêmement connotée, je suppose que je dois encore une fois m’y coller.

Tout d’abord, je formule de nouveau mon point de vue de base : je pense que ce sont probablement des tireurs palestiniens, et non israéliens comme on l’a cru au départ, qui ont tué Mohammed al-Dura et blessé son père Jamal, le 30 septembre 2000, au carrefour de Netzarim dans la bande de Gaza. Je n’ai jamais cru que des soldats israéliens, avec préméditation et méchanceté, aient tiré délibérément sur un enfant à terre et sur un père appelant à l’aide, ce qui est la manière dont le monde musulman et la gauche dans le monde ont en général décrit l’événement. Comme je l’ai écrit : « Israël et le peuple juif ont le droit d’être révoltés par la façon dont les Palestiniens et le monde arabe ont déformé et exploité la mort du petit Mohammed al-Dura. Ils ont pris ce qui a été, au pire, un tir israélien accidentel et en ont fait un emblème du sadisme israélien. »

Dans l’article en question, je ne portais aucun jugement sur le reportage du correspondant de France 2 Charles Enderlin et du caméraman Talal Abou Rahme, ni sur leur manière de gérer les suites de l’affaire, sauf pour dire qu’il était absurde de prétendre qu’ils avaient inventé toute l’histoire. Mais aujourd’hui, je pense qu’on peut affirmer qu’Abou Rahme, le seul caméraman à avoir filmé les événements, a lancé des accusations extrêmement imprudentes contre les soldats israéliens concernés, ce qui met en cause à la fois sa fiabilité et le contenu de ce qu’il a rapporté à Enderlin, à savoir que l’armée avait tiré sur al-Dura, ce qui a marqué le début de l’affaire.

Affaire Mohammed al-Dura - Enderlin : Un peu de bon sens SVP
Quant à Charles Enderlin, on l’a accusé de médiocrité, d’avoir fait obstruction [à l’enquête] et même de mensonge, non seulement par les partisans de la théorie du complot, mais par ces mêmes journalistes éminents cités plus haut qui, toutefois, rejettent l’idée de la mise en scène. Après lui avoir parlé au téléphone, je ne dis pas qu’il ait fait obstruction, ni menti. Il a des réponses raisonnables aux accusations qu’on a portées contre lui, et pense toujours que ce qu’il a rapporté et qui lui a été dit par Abou Rahme (des soldats israéliens ont tiré sur Mohammed et Jalal al-Dura) était exact. Il a même une réponse raisonnable à ce qui semble constituer l’accusation la plus accablante contre lui : du fait de l’absence de rushes montrant clairement la mort du petit Mohammed, Enderlin aurait menti toutes ces années en disant avoir coupé au montage "l’agonie" du garçon parce que les images étaient "insoutenables".

Dans ses réponses à mes questions, Enderlin s’en tient à ses déclarations selon lesquelles on peut voir l’agonie sur les rushes. Il fait évidemment référence aux secondes de fin qui montrent un Mohammed couché sur le ventre, levant progressivement un peu son bras, puis le laissant tomber. « J’ai employé le mot français ‘agonie’, différent du terme « agony » en anglais (supplice, martyre, ndt). Nous avons montré la cassette à un pathologiste légal en France. Selon lui, les images collaient parfaitement à des moments qui précèdent la mort. »

Toutefois, j’ai une critique à l’égard de ce journaliste expérimenté. Dans son reportage, il n’aurait jamais dû dire que les al-Dura avaient été "visés" par des soldats israéliens. Il aurait dû laisser planer le doute sur l’origine (palestinienne ou israélienne) des balles.

(…)

Lire la suite sur le site de La Paix Maintenant.