Une brève présentation du mouvement larouchiste
Les larouchistes croient que le monde est contrôlé par une vaste et sinistre conspiration de scélérats. Lyndon LaRouche fait remonter les origines de cette conspiration à l’antique civilisation babylonienne et soutient que la bataille historique entre le Bien est le Mal se manifeste par la division philosophique entre l’ordre platonicien et le chaos aristotélicien. Les conspirateurs aristotéliciens sont divers : la Reine d’Angleterre (« une revendeuse de drogue »), George Bernard Shaw, Jimmy Carter (« mille fois pire que Hitler »), le magazine Playboy, Milton Friedman, Fidel Castro, les jésuites, les francs-maçons, et l’AFL-CIO. Il se trouve qu’un nombre non négligeable de ces conspirateurs maléfiques sont juifs.

Les larouchistes ont soutenu des régimes dictatoriaux, comme celui de Marcos aux Philippines ou du général Noriega au Panama. LaRouche a écrit [dans “The End of the Age of Aquarius?", Executive Intelligence Review, January 10, 1986, p. 40 – NDT] que l’histoire ne jugerait pas sévèrement ceux qui tabassent à mort des homosexuels avec des battes de baseball afin de stopper l’épidémie de SIDA.

Au début des années 1970, Lyndon H. LaRouche Jr. entraîna ses adeptes issus de la gauche sur les chemins du fascisme. Un petit noyau de larouchistes parcourait les rues de New York, de Philadelphie et d’autres villes des Etats-Unis avec des massues et des chaînes afin de s’attaquer aux syndicalistes, aux militants, aux socialistes, aux communistes. À l’époque, ils se revendiquaient toujours de la gauche, mais la gauche traditionnelle fuyait les larouchistes. Par la suite, LaRouche a commencé à adopter certaines des théories économiques des débuts du national-socialisme. Il pensait que pour faire la révolution, une classe moyenne puissante était requise et que l’émergence d’une classe moyenne puissante supposait le plein-emploi. La meilleure façon de parvenir au plein-emploi, selon son raisonnement, était de passer par la consolidation d’une base industrielle moderne et solide. LaRouche a ensuite conclu que le développement du secteur industriel était entravé par les taux d’intérêts élevés exigés par les principaux secteurs de la finance américaine et étrangère.

En 1976, LaRouche se lance dans une infructueuse campagne pour la présidence. Il paye en espèces l’achat d’une heure de temps d’antenne pour prévenir l’Amérique d’un complot des Soviétiques, des Rockefeller et des Britanniques, qui se serviraient de Jimmy Carter comme d’une marionnette. Les attaques de LaRouche contre les centres financiers pendant sa campagne électorale ont été applaudies par certaines parties de l’extrême droite, y compris par des mouvements qui rabattent la finance sur la banque juive.

Le changement de cap de LaRouche vers une théorisation historique du complot juif se fit peu de temps après que l’organisation antisémite fondée par Willis Carto, le Liberty Lobby eut commencé à vanter les mérites d’un tract écrit par le US Labor Party en 1976, intitulé « Carter et le parti international du terrorisme. » Le tract dénonçait un « axe Rockefeller-CIA-Carter » dont l’objectif aurait été de « désindustrialiser » les Etats-Unis et de déclencher une guerre avec l’Union soviétique, en 1978 au plus tard (à cette époque, LaRouche ne s’était pas encore désolidarisé de l’URSS, et n’avait pas encore commencé à soutenir le système de défense antimissile « Star Wars », visant à contrer la menace imminente d’une attaque soviétique).

Dans une critique globalement favorable du tract de l’US Labour Party sur la conspiration mondiale dirigée par Rockefeller, le journal du Liberty Lobby, Spotlight, s’est plaint que le rapport omettait toute mention des « groupes sionistes les plus importants, tels que l’Anti-Defamation League » dans sa liste de ministères, organismes, et personnalités contrôlés par l’appareil terroriste « Rockefeller-Carter-CIA ». Peu après, LaRouche n’étant pas du genre à rater une pareille occasion, son journal New Solidarity s’est mis à publier des articles empreints de préjugés anti-juifs. Ce changement dans la désignation des véritables maîtres du pouvoir mondial arriva au moment opportun, car la mort de Nelson Rockefeller avait laissé un trou béant dans le dispositif théorique de LaRouche.

Bien que souvent cachée ou cryptée, le rhétorique anti-juive des larouchistes se démarque parfois clairement. Dans le numéro du 12 décembre 1990 de New Solidarity, une lettre à l’éditeur demande pourquoi le journal « ne fait à peine mention des familles Warburg et Rothschild, les familles les plus importantes de la banque internationale. Est-ce à cause de leur ascendance juive ? » La rédactrice en chef, Nancy Spannaus, répond :

« Nous nous attaquons bel et bien aux Warburg et aux Rothschild pour les méfaits qu’ils causent et qu’ils ont causés. Mais ils ne font pas partie des plus hauts niveaux de l’oligarchie financière internationale. Ceci requiert que nous examinions les familles Thurn et Taxis, la famille royale britannique, et ainsi de suite. Ces derniers adorent se cacher derrière les soi-disant Juifs. »

D’après LaRouche, un million et demi de Juifs – et non pas plusieurs millions – seraient morts pendant la Seconde Guerre mondiale. Ils n’auraient pas été victimes d’un projet d’extermination systématique ; ils seraient morts à cause de la faim, de la maladie et des mauvais traitements reçus dans les camps. Cette négation de l’Holocauste s’ajoute à plusieurs déclarations comme celles-ci :

« La première chose à reconnaître au sujet du régime d’Hitler c’est qu’il a été mis en place sous les ordres de Londres. A cet égard, la documentation est abondante et convaincante. » (1978)

« Les Etats-Unis doivent être nettoyés en éliminant immédiatement des instances officielles, de l’industrie, et du monde du travail, le lobby juif nazi et autres agents britanniques. » (1978)

« Nous devons mettre fin au règne irrationnel des majorités épisodiques, des notions britanniques et libérales de la démocratie. » (1980)

« Le sionisme est un état de psychose collective par lequel Londres manipule la majorité de la population juive internationale. » (1978)

« Le judaïsme est la religion d’une caste assujettie au christianisme, entièrement façonnée par des r
abbins ingénieux afin de pénétrer la vie idéologique et profane du christianisme. Pour faire court, un judaïsme auto-suffisant n’a jamais existé et n’existera jamais. Sinon, en ce qui concerne la culture juive, il ne s’agit que de restes laissés au foyer juif après que tout ce qui a une valeur marchande ait été vendu aux
goyim. » (1973)

Le sexisme et l’homophobie sont au coeur des théories du complot répandues par les larouchistes. LaRouche a dit que l’origine des sentiments de dégradation des femmes dans la société moderne se trouvait à l’emplacement de leurs organes sexuels, près de l’anus, ce qui les conduiraient à confondre le sexe et l’excrétion. Un édito du Campaigner [l’une des nombreuses publications larouchistes – NDT] paru en septembre 1973, affirme que « concrètement, partout aux Etats-Unis, il y a des travailleurs qui sont prêts à se battre. Ils sont retenus, de manière absolument immédiate, par les pressions de leurs femmes… »

LaRouche a soutenu des thèses complètement racistes. Il s’en est pris par exemple à la communauté hispanique dans un essai daté de novembre 1973 (publié en anglais et en espagnol) intitulé « L’impotence masculine du parti socialiste portoricain. » Une note interne de LaRouche pose la question : « Est-ce qu’on peut imaginer quelque chose de plus sadique qu’une mère noire du ghetto ? » Il a décrit la majorité des Chinois comme « proches des espèces animales les plus inférieures » en ce qu’ils seraient la manifestation d’« une personnalité paranoïaque… une forme générale d’hommes, parallèle et fondamentalement différente de l’authentique personnalité humaine. »

Source :
* Chip Berlet, “ Right woos Left ” [« La droite courtise la gauche »], Political Research Associates, 1990 (3ème édition revue et corrigée 1999). Traduction française : I. M. pour Conspiracy Watch. On trouve de nombreuses autres citations de Lyndon LaRouche ici et . Chip Berlet est l’auteur, avec Matthew N. Lyons, de Right-Wing Populism in America: Too Close for Comfort, New York: Guilford Publications, 2000.

Voir aussi, sur Conspiracy Watch :
* Lyndon LaRouche ou la théorie du complot comme clé d’explication du monde
* Lyndon LaRouche compare Barack Obama à un singe