Mennel Ibtissem

Candidate du télécrochet « The Voice » (TF1), Mennel Ibtissem est au cœur d’une polémique survenue dimanche soir, lorsqu’ont commencé à circuler sur les réseaux sociaux des captures d’écran de publications de son compte Facebook vieilles d’un an et demi. En cause : des propos complotistes écrits dans le sillage des attentats de Nice et de Saint-Etienne du Rouvray (été 2016) et le partage de contenus issus de comptes de personnalités versant dans le complotisme et l’antisémitisme comme le comédien Dieudonné – plusieurs fois condamné pour incitation à la haine raciale –, le prédicateur islamiste et complotiste Hassan Iquioussen (où Mennel Ibtissem met en garde contre « une minorité qui manipule notre peuple ») ou encore l’islamologue Tariq Ramadan – actuellement placé en détention provisoire dans le cadre de sa mise en examen pour viol. Des écrits qui ont suscité la réaction de l’association de victimes Promenade des anges.

Présidente de l’association « Libératrices » et auteure de J’ai choisi d’être libre (Flammarion, 2016), Henda Ayari est l’une des femmes à avoir porté plainte contre Tariq Ramadan pour viol. Elle a réagi à l’affaire Ibtissem par un tweet qui lui a valu d’être à son tour prise pour cible et confrontée à ses propres partages de contenus issus de comptes complotistes – comme Dieudonné, Panamza ou Kemi Seba – datant de l’époque où elle était immergée dans l’idéologie salafiste.

En exclusivité pour Conspiracy Watch, elle a accepté de répondre à nos questions.

Conspiracy Watch : Quel regard portez-vous sur l’affaire Mennel Ibtissem ?

Henda Ayari : Je pense que c’est le symptôme d’une inquiétude des Français par rapport au terrorisme qui frappe leur pays. C’est vrai que j’ai été un peu surprise quand j’ai vu les captures d’écran. Ce qui m’a le plus choquée, ce sont ses propos par rapport aux attentats et sa manière d’insulter la France. Bien sûr, elle n’est pas la seule à relayer des contenus émanant de Tariq Ramadan ou de Dieudonné. Mais quand elle évoque les attentats de Nice et de Saint-Etienne du Rouvray en suggérant qu’il s’agit de mises en scène, ça veut dire qu’elle adhère à la version des choses qui est propagée par la complosphère. Elle n’est pas la seule dans ce cas. Des milliers de jeunes de son âge pensent comme cela. Mais les réactions qu’elle a suscitées sont liées à sa médiatisation, pas forcément au fait qu’elle porte un voile. Si elle n’avait pas tenu de tels propos, je ne pense pas que les réactions des internautes auraient étaient les mêmes à son encontre. Je ne pense pas que cela soit lié au voile qu’elle porte comme l’ont dit certains qui ont pris sa défense en accusant d’« islamophobie » les Français qui ont réagi contre elle sur les réseaux sociaux.

CW : Mennel Ibtissien a publié un statut sur son compte Facebook dans la nuit de mardi à mercredi dans lequel elle présente ses excuses. Qu’en pensez-vous ?

HA : Qu’elle s’excuse c’est normal et c’est la moindre des choses qu’elle puisse faire. Mais je pense que ses excuses sont arrivées un peu tardivement, elle les a présenté sûrement qu’après avoir été conseillé, ce qui est normal, mais ce n’est pas pour autant qu’elle assume d’avoir tenu ses propos, cela veut dire qu’elle n’a pas compris les réactions des gens et qu’elle se considère comme une victime. Pour elle, c’est une simple maladresse, qui lui retombe dessus après sa médiatisation, et qui risque de lui coûter sa place dans l’émission à laquelle elle participe. Ce qui aurait été intéressant, c’est qu’elle comprenne les réactions des internautes et qu’on puisse lui donner la parole pour qu’elle s’explique plus longuement car, malheureusement, il y a un vrai problème de compréhension et de dialogue entre ceux qui la défendent et ceux qui l’attaquent.

CW : Qu’est-ce qu’elle devrait comprendre selon vous ?

HA : Je suis passée par là. Lorsque j’étais salafiste, j’ai vraiment littéralement baigné dans le complotisme. Au départ, durant ma période salafiste, j’étais surtout persuadée que les juifs étaient nos ennemis mais pas seulement, je considérais tous les non-croyants, en particulier les non-musulmans comme mes ennemis, que ce soient les juifs, les chrétiens, les athées… Puis, j’ai véritablement découvert le complotisme, lorsque j’ai commencé à me poser des questions sur le salafisme, après mon divorce. J’étais curieuse, j’avais besoin de comprendre pourquoi le monde ne tournait pas rond, et ce qui se passait réellement. J’avais besoin de réponse. J’ai donc commencé à m’intéresser à divers sujets. Au départ, ce furent les sujets liés à la malbouffe. Tout a commencé sur Facebook, ou je trouvais des vidéos sur différents sujets de société mais, ce qui m’a le plus choquée, c’étaient ces vidéos sur le conflit israélo-palestinien.

Henda Ayari

Quand on voit tous les jours des images avec des enfants en sang, en Palestine, qu’on est confronté à ce qui nous est présenté comme la pire injustice de tous les temps, on éprouve un sentiment d’incompréhension et de révolte. A cette époque, j’ai regardé beaucoup de sites qui appelaient au djihad. On nous explique qu’il y a deux blocs, les musulmans et le reste du monde, puis on nous fait comprendre que les musulmans sont victimes d’un complot parce qu’ils sont les détenteurs de la religion de la vérité, et que cette religion est le seul rempart qu’il reste contre la propagation du Nouvel Ordre Mondial. Les vidéos sont vraiment bien faites et très convaincantes. Je passais des heures à les regarder tant elles étaient passionnantes. J’étais très émue en voyant les images d’enfants palestiniens ensanglantés. Cela n’a fait qu’accentuer mon sentiment de révolte contre les injustices dont ce peuple était victime qui est le symbole de l’injustice subie par les musulmans dans le monde.

Et puis, à un moment, je me suis questionnée. Il n’y a pas qu’en Palestine qu’il y a des problèmes. J’ai commencé à faire des recherches sur le salafisme, les conflits dans le monde, j’ai également suivi et écouté des personnes comme Dieudonné, Soral, dont les discours confortaient toutes les idées complotistes. Mais au fil des années, j’ai gardé un œil critique, je me suis longtemps questionnée et j’ai cherché des réponses à mes questions car les choses n’étaient pas claires, pour moi ça ne pouvait pas être aussi simple qu’on voulait nous le faire croire alors j’avais besoin de réponses et avec le temps j’ai fini par comprendre que tout cela n’était pas vrai et que c’était une sorte de manipulation « de masse ».

Maintenant, avec le recul, je me dis que ces gens nous manipulent, se servent de notre sensibilité pour autre chose, pour nous enfermer dans la peur et entretenir un sentiment de révolte et de haine contre la société. J’ai réalisé la dangerosité de ces manipulations complotistes car c’est cela qui finit par pousser des jeunes qui ont perdu espoir en la société à commettre l’irréparable.

CW : Vous diriez qu’à cette époque, votre vision du monde était complotiste ?

HA : Pour tout vous dire, oui. S’agissant du 11-Septembre, j’étais en plein dans la théorie du complot. J’ai été longtemps persuadée que Ben Laden était un agent de la CIA et que ces attentats étaient un complot des Occidentaux, comme un prétexte pour déclarer la guerre aux musulmans. Pour les autres attentats, ça a été un peu différent. Il y a eu les assassinats commis par Mohamed Merah. J’étais surtout choquée qu’il s’en prenne à des enfants dans une école.

Puis, pour Charlie Hebdo, je me disais : « Certes, en caricaturant le Prophète pour se moquer de la religion, ils [les dessinateurs – ndlr] ont provoqué, mais quand même, mais ils n’étaient pas obligés de les tuer ». Voilà comment je raisonnais à cette époque. Avec le recul, je me dis que j’étais vraiment sous emprise. Le déclic pour moi, ça a été les attentats du 13 novembre 2015. La prise de conscience ne se fait pas d’un coup, du jour au lendemain. C’est un cheminement. Un parcours dans lequel on se met à douter de plus en plus de ce à quoi on croyait. C’est progressif.

CW : Mais pour l’attentat contre la rédaction de Charlie Hebdo par exemple, vous pensiez qu’il s’agissait d’une manipulation ?

HA : Pour moi c’était 50-50. Je n’étais pas sûre. Ce n’est qu’au moment des attentats du 13 novembre que je me suis dit : « Ces gens [les djihadistes – ndlr] sont vraiment des monstres sanguinaires, ils tuent à l’aveugle ». Ce fut un véritable electrochoc. Et c’est après avoir vu les images à la télé, le sang, les morts, que j’ai pris conscience du grand danger des théories complotistes et de la doctrine salafiste que j’ai longtemps suivi. A ce moment-là, j’ai définitivement rompu avec tout ça lorsque j’ai parlé de mon passé de salafiste en postant mes deux photos avant/après sur ma page Facebook. Ma publication a fait le buzz et j’ai réalisé à quel point ce que j’avais fait était symbolique et important pour beaucoup de gens qui étaient encore sous le choc des attentats. Puis, on m’a proposé de faire un livre pour raconter mon histoire. Ensuite j’ai décidé de m’engager et de m’investir pleinement avec l’association Libératrices pour défendre les droits des femmes et les  valeurs républicaines afin que d’autres personnes ne tombent pas dans le même piège que moi.

CW : Le moment déclencheur, pour vous, ça a vraiment été le 13 novembre 2015…

HA : Oui, parce que vous réalisez que n’importe qui peut être une cible. Chacun de nous aurait pu être à l’une de ces terrasses de café et se faire abattre de cette manière, comme ça. Je me suis dit que ça allait trop loin, qu’il fallait faire quelque chose. Ma rupture avec le salafisme a été longue, elle a pris des années, et elle s’est concrétisée avec une pulsion non contrôlée, avec cette publication de mes deux photos avant/après sur Facebook dix jours après les attentats du 13 novembre 2015. C’était ma manière à moi de rejeter cette doctrine. Tous les salafistes ne sont pas terroristes – la plupart se disent quiétistes – mais tous les terroristes djihadistes sont des salafistes. C’est le salafisme qui prône cette haine et qui prône le djihad. C’est cette doctrine qui est dévastatrice. Le salafisme quiétiste est aussi dangereux que le salafisme djihadiste car les quiétistes véhiculent les mêmes idées sans pour autant passer à l’acte contrairement aux djihadistes. Mais le véritable danger est qu’ils éduquent leurs enfants avec des idées haineuses à l’encontre de la société et que leurs enfants peuvent devenir des bombes à retardement. Si on ne fait rien, on ne sait pas comment réagiront ces enfants plus tard…

CW : Vous incluez les Frères musulmans ?

Post Facebook de Mennel Ibtissem relayant une vidéo du prédicateur Hassan Iquioussen.

HA : A la base, ils ont exactement les mêmes racines. Ils ont des idées en commun notamment sur la femme, considérée comme inférieure, obligée de porter un voile, un voile utilisé comme un étendard, un sorte de porte-drapeau de leur idéologie. Ils sont plus présentables car ils sont en costume-cravate, les hommes se rasent la barbe, les femmes portent un voile avec des tenues modernes plus attrayantes que le djilbab des salafistes, pour se fondre plus facilement dans la société afin de pouvoir propager leur doctrine en douceur et surtout dans la durée. Regardez ce qu’il se passe en Turquie, en Tunisie… Les salafistes et les Frères musulmans sont ennemis mais leur but est le même : ils veulent imposer leur idéologie. En France, beaucoup de gens sont dans des organisations contrôlées par les Frères musulmans et ne le savent même pas. Et lorsqu’on ose porter plainte contre l’un de leurs porte-paroles les plus influents, certains réagissent comme si c’était l’ensemble des musulmans qui était attaqué. On a posté des captures d’écran de mon compte Facebook datant de l’époque où j’étais dans cette idéologie dans le seul but de me discréditer. Parce qu’avec mon parcours, je représente quelque chose d’insupportable à leurs yeux : une femme qui a décidé de sortir de l’embrigadement pour devenir libre et défendre les lois de la République et les droits des femmes. Pour eux, je suis devenue une apostat, sortie de l’islam, qui attaque l’islam et les musulmans. Ce qui n’est absolument pas le cas, bien au contraire, je défends les valeurs de paix, d’amour, de liberté, d’égalité et de tolérance. C’est ce qui est enseigné dans la religion à la base.

CW : Vous pensez que le complotisme était une manière de fuir la réalité ?

HA : Complétement ! Quelque part, on se dit : « L’islam, ce n’est pas ça, ça ne peut pas être ça. Les musulmans ne sont pas comme ça, ce sont eux les gentils ». C’est vraiment comme une manipulation mentale.  On dit que ce sont les musulmans les premières victimes, moi je pense que les premières victimes ce sont les victimes d’attentats, les innocents qui on été tués ainsi que leurs familles et proches. J’ai regardé les vidéos qui parlent de « complot Illuminati » et de toutes ces choses-là. D’un côté, c’est très inquiétant, mais de l’autre, c’est rassurant parce qu’on se dit : « Au moins, moi, j’ai compris la vérité,  j’ai une longueur d’avance sur les autres, je sais ce que la plupart des gens ne savent pas ». Je me disais vraiment que les gens étaient des moutons, qu’ils vivaient dans l’ignorance et que j’avais tout compris.

CW : Vous diriez qu’internet a joué un rôle important à l’époque dans votre adhésion à ces théories-là ?

HA : Oui. Par l’intermédiaire des vidéos YouTube ou sur Facebook. Avant, j’allais sur des forums communautaires musulmans, pour discuter de tout ça. C’est sur les réseaux sociaux qu’on trouve toutes ces choses qui sont diffusées sans aucun contrôle. C’est sur Facebook que je regardais la série « The signs » ou 19HH, les vidéos d’Omar Omsen (un djihadiste français, recruteur pour le compte de l’Etat islamique – ndlr).

CW : Sur Twitter, vous avez écrit avant-hier : « Oui j’avoue que j’étais antisémite à l’époque où j’étais aveuglée par la haine du salafisme, je n’ai jamais caché mon passé, j’ai toujours assumé d’avoir été victime d’emprise sectaire et d’avoir cru à toutes les théories complotistes ! ». Est-ce que cet antisémitisme dont vous parlez est quelque chose qui relève d’une sorte de code culturel ? Est-ce que cela circulait dans votre famille par exemple ?

HA : Oui. Malheureusement, l’antisémitisme, c’est très courant chez nous. « Yehudi », en arabe, c’est « sale juif ». On l’entend souvent dans la plupart des familles musulmanes, c’est culturel. On transmet inconsciemment la haine des juifs de générations en générations. C’est très courant. J’ai moi-même été insultée de « sale juive » dans ma propre famille. « Yehudi », c’est la pire des insultes pour un musulman.

CW : Depuis que vous avez porté plainte contre Tariq Ramadan, vous avez été vous-même victime d’antisémitisme. Comment est-ce que vous vivez cela ?

HA : C’est quelque chose qui m’a beaucoup marqué et qui m’a blesssée. J’ai été très choquée, car je ne m’y attendais pas. C’est incroyable ! Je ne suis pas juive, je suis musulmane et, simplement parce que j’ai poursuivi Tariq Ramadan en justice, j’ai été insultée, traitée de « sale juive », de « pute sioniste ». On a dit que j’étais payée par les juifs, les sionistes et même que j’étais un agent du Mossad… A ce moment-là, j’ai vraiment réalisé l’ampleur de la haine qui est entretenue à l’encontre des juifs, dont on a l’impression qu’ils sont responsables de tous les malheurs du monde. C’est grave parce que cette haine, elle est vraiment là et il faut en tenir compte. C’est quand même insensé qu’une femme comme moi, musulmane, soit la cible de propos antisémites. Je ne me suis pourtant jamais convertie au judaïsme et je n’ai pas non plus épousé un juif… C’est inquiétant.

CW : Qu’est-ce que vous conseilleriez aujourd’hui pour faire reculer le complotisme, l’antisémitisme ?

HA : Il est très important de faire des campagnes d’information, de sensibilisation, de la pédagogie, d’aider les associations sur le terrain et les jeunes qui sont un peu perdus, qui se sentent rejetés. Le problème, c’est que quand vous habitez en banlieue, plus particulièrement, vous êtes discriminé, si vous n’êtes pas né dans la bonne famille et au bon endroit, que vous soyez musulman ou pas. Il faut dire aux jeunes qu’aujourd’hui il y a plein de personnes issues de l’immigration qui ont réussi, des belles carrières, que ce soit en politique ou dans n’importe quel domaine, il faut valoriser les talents, les réussites pour encourager les jeunes à se battre pour y arriver eux aussi. Il faut redonner espoir à notre jeunesse. Il faut aussi dire la chance que nous avons de vivre dans ce pays : si j’ai la chance d’être une femme libre, c’est parce que je vis en France. Il y a des pays où, quand il vous arrive ce qui m’est arrivé, on finit lapidée ou pour une femme victime d’un viol dans l’obligation d’épouser son violeur. Et puis surtout, il faut aider les mères, en particulier celles qui sont seules à élever leurs enfants, il faut les alerter et les mettre en garde au sujet de toutes ces théories du complot qui circulent sur internet car ces mères ont un rôle déterminant par rapport à leurs enfants. Ce sont elles qui transmettent l’éducation et les valeurs qui construiront leurs enfants. Il faut les réconcilier avec la société lorsqu’elles sont en rupture en les aidant à se réinsérer. Enfin, il faut que l’Etat prenne ses responsabilités en s’occupant de toutes ces vidéos haineuses qui prolifèrent sur internet en toute impunité et en lançant des grandes campagnes de sensibilisation dans les écoles car l’école à un rôle important à jouer à ce niveau.

CW : Que diriez-vous à Mennel Ibtissem si vous pouviez lui transmettre un message ?

HA : Je lui dirais de bien réfléchir à ce qui s’est passé, et surtout qu’elle ne pense pas que les Français sont islamophobes ou racistes contrairement à ce que certains veulent faire croire mais simplement qu’ils sont très sensibles et inquiets depuis les attentats. Je lui dirais également de ne pas croire tout ce qu’on dit, et de veiller à garder toujours un esprit critique. Ce n’est pas « tout blanc » ou « tout noir ». Il faut sortir de ce victimisme. On a tous envie que tout le monde soit heureux sur Terre. Peu importent les origines ou la religion, nous voulons tous vivre en paix et que cesse tous ces conflits et cette haine alimentée par les discours complotistes justement. Il faut qu’elle remette en question toutes ces choses qu’elle a écrites et qu’elle se dise que les réactions à ces révélations, ce n’est pas du racisme ou de l’« islamophobie », c’est juste que les gens sont encore à vif, qu’ils n’ont pas envie qu’il y ait encore des morts dans leur pays. J’ai été déçue et attristée après avoir lu ses propos car j’ai aimé sa prestation dans « The Voice ». Avec ma fille, nous la trouvions particulièrement touchante et très jolie. Mais je comprends la réaction des internautes même si elle était un peu trop violente à mon goût. Il faut comprendre que les réseaux sociaux sont le vecteur de ce que pense la société et aujourd’hui nous vivons dans une société qui a peur. C’est pour cela qu’il faut essayer d’apaiser les choses en ouvrant le dialogue afin de mieux se comprendre.

Mon post sur Twitter n’était pas destiné à l’attaquer. Quand je disais qu’il ne faut jamais se fier aux apparences, je voulais dire que ce n’est pas parce qu’on porte un voile qu’on est dans le vrai. La preuve : les gens ont été très choqués justement parce qu’elle porte le voile tout en écrivant des choses horribles, alors que je ne pense pas que les réactions auraient étaient les mêmes si elle n’avait jamais écrit ses tweets. Beaucoup de musulmans ont tendance à idéaliser les femmes voilées et se victimisent à chaque critique sous prétexte que la personne est musulmane en particulier lorsqu’elle porte un voile. Ils entretiennent ce sentiment de persécution et cet aspect victimaire, ce qui les divise encore plus avec le reste de la société et attise la haine en particulier des personnes qui ont des idées proches de l’extrême droite.

Aujourd’hui, je revendique le fait qu’une femme puisse être une bonne musulmane, respectable et pudique sans porter le voile. Le fait qu’elle soit voilée, c’est son choix, personne ne doit lui imposer sa tenue vestimentaire ni la juger, si elle est heureuse de ses choix, et si cela peut l’épanouir alors tant mieux, car on est dans un pays libre et c’est une chance, contrairement à certains pays où les femmes sont contraintes de porter un voile sous peine d’emprisonnement voire de lapidation. N’oublions pas que des femmes risquent chaque jour leur vie pour avoir osé retirer leur voile et s’être opposées aux lois que veulent leur imposer les hommes au nom de la religion. C’est le cas actuellement en Iran. Ces femmes seraient heureuses de vivre dans un pays libre comme la France, c’est pour cela qu’il faut permettre à chacun de faire ses propres choix sans rien imposer et la laïcité permet justement de protéger les individus des religions et pratiques religieuses que certains voudraient imposer.

Le problème pour moi, ce n’est pas son voile, c’est ce qu’elle a écrit. Cette jeune fille, Mennel, ne se rend sans doute pas compte qu’elle va avoir des centaines de jeunes filles qui vont s’identifier à elle et vont s’estimer victimes à leur tour et donc entretenir un sentiment de révolte et de haine à l’encontre de la société parce qu’elles se sentiront rejetées et incomprises elles aussi. C’est là qu’est le véritable danger, la division. Evidemment, sur les réseaux sociaux, c’est difficile de sortir du dialogue de sourds car chacun est campé sur ses positions et pense détenir l’ultime vérité. Mais il faut garder espoir, en apaisant les choses, et surtout continuer à lutter contre toutes ces violences verbales car c’est avec le dialogue qu’on pourra mieux se comprendre et mieux s’entendre. Je garde espoir, je sais que les femmes ont un rôle important à jouer pour faire avancer les choses. Si je peux apporter ma pierre à l’édifice ou si des jeunes filles comme Mennel peuvent le faire, alors ça vaut la peine de subir ce que nous avons subi. Je souhaite du courage à Mennel et toute la réussite. J’espère que ce qui s’est passé pour Mennel lui permettra, à elle et à de nombreux autres jeunes, de réfléchir sur la véracité de toutes ces théories complotistes et que cela leur fera prendre conscience que ce n’est qu’une forme de manipulation. Car c’est important parfois de savoir se remettre en question et de remettre aussi ses idées en question pour mieux avancer. Celui qui est capable de garder un esprit critique, de se remettre en question et de remettre toutes ses idées en question, grandit et fait un grand pas vers le chemin de la liberté…. Celui qui se trompe, c’est celui qui est certain de tout savoir, celui qui a raison, c’est celui qui sait qu’en réalité, il ne sait rien.