Le sénateur américain John McCain s’est éteint samedi 25 août à l’âge de 81 ans. L’occasion pour la complosphère de relancer une théorie du complot sur de prétendus liens entre les Etats-Unis et Daech…

La dénaturation des propos et l’extrapolation des faits comptent parmi les méthodes de manipulation les plus prisées par les désinformateurs conspirationnistes. Ils viennent d’en fournir une nouvelle illustration ces dernières heures en réagissant au décès du sénateur américain John McCain.

Hier, les sites conspirationnistes Medias-Presse.info, Réseau Voltaire (le site de Thierry Meyssan), Wikistrike et Réseau international ont une nouvelle fois relayé l’intox selon laquelle John McCain a rencontré Abou Bakr al-Baghdadi en 2013.

Thierry Meyssan avait déjà lancé la rumeur en août 2014 : John McCain serait un « interlocuteur de longue date » du chef de l’Etat islamique. Pour ce théoricien du complot professionnel proche du régime de Bachar el-Assad, il s’agissait de suggérer que Daech n’est rien d’autre que le faux-nez des services secrets américains.

La preuve ? Le cliché d’une réunion pris en mai 2013 dans le Nord de la Syrie lors d’une visite de John McCain à des représentants de l’Armée syrienne libre (ASL). Les partisans de la théorie du complot prétendent que l’homme que l’on voit au premier plan sur la gauche de profil n’est autre que le futur Abou Bakr al-Baghdadi. Il s’agit en réalité du commandant d’une brigade liée à l’ASL n’ayant qu’une vague ressemblance avec al-Baghdadi. Du reste, McCain n’a fait aucun mystère de sa visite en Syrie, postant lui-même sur son compte Twitter une photo de sa rencontre avec les rebelles.

L’usage d’une photo pour faire croire que deux individus différents sont en réalité une seule et même personne est un procédé fréquemment utilisé par les complotistes : suite à l’attentat du marathon de Boston par exemple, une des victimes amputée de ses membres inférieurs avait été accusée, photo à l’appui, de jouer la comédie et d’être en réalité un ancien soldat ayant déjà perdu ses jambes en Afghanistan.

Revenons à John McCain. En mai 2013, poursuit le texte publié sur Réseau Voltaire, il se serait rendu dans le Nord de la Syrie « sous protection israélienne ». L’allégation est aussi gratuite qu’absurde : on sait que le sénateur américain a fait une incursion en Syrie de quelques heures, depuis la frontière turque, au Nord du pays. Mais la mention d’une « protection israélienne » a une fonction : elle permet de conforter la thèse, chère à Meyssan ainsi qu’aux régimes syrien et iranien, d’un « complot américano-sioniste » contre la Syrie.

Le Réseau Voltaire affirme ensuite que lors d’une interview sur Fox News le 16 septembre 2014, McCain aurait révélé « lui-même avoir rencontré les leaders de Daesh et être en contact permanent avec eux ». Là encore, la manipulation est cousue de fil blanc. Dans l’extrait vidéo d’une minute trente censé prouver cette allégation – et trompeusement intitulé « John McCain admet être en contact permanent avec l’EIIL » –, McCain n’affirme à aucun moment avoir rencontré les chefs de l’Etat islamique ni être en contact permanent avec eux. Ceux que le sénateur dit, dans cet extrait, « connaître personnellement », sont, sans qu’il puisse y avoir le moindre doute sur le sujet, les rebelles syriens de l’ASL. Comme le rappelle le New York Times, John McCain était « l’un des tout premiers partisans d’une action militaire directe des Etats-Unis contre l’Etat islamique ».