Observatoire du conspirationnisme et des théories du complot

Recherche

Facebook
Twitter
Rss
YouTube Channel











Dernières notes



La Bibliothèque
La synarchie. Le mythe du complot permanent, d'Olivier Dard
Court traité de complotologie, de Pierre-André Taguieff
Le style paranoïaque. Théories du complot et droite radicale en Amérique, de Richard Hofstadter
Histoire d'un mythe. La "conspiration" juive et les protocoles des sages de Sion, de Norman Cohn
L'Obsession du complot, de Frédéric Charpier
La Causalité diabolique, de Léon Poliakov
Le Complot : L'histoire secrète des Protocoles des Sages de Sion, de Will Eisner
La Foire aux illuminés, de Pierre-André Taguieff
Les Protocoles des Sages de Sion : Faux et usages d'un faux, de Pierre-André Taguieff
Mythes et mythologies politiques, de Raoul Girardet





Olivier Sauton dans "Métastases", réalisé par Dieudonné (2012)
Sur fond d'affaire Mehdi Meklat, l'association Memorial 98 contre le racisme et l'antisémitisme a révélé, lundi 20 février, que le comédien Olivier Sauton dissimulait ses liens passés avec Dieudonné M'Bala M'Bala.

Memorial 98 rapporte ainsi qu'Olivier Sauton, qui joue actuellement un spectacle intitulé "Fabrice Luchini et moi", aura opportunément omis de mentionner sur sa biographie officielle ses liens avec le polémiste antisémite :

« Du coup, écrit Memorial 98, c'est toute une partie de sa carrière qu'Olivier Sauton passe aux oubliettes. Son rôle dans "L'Antisémite", où il côtoyait Alain Soral et Robert Faurisson : un "film" en forme de pamphlet négationniste, homophobe et raciste. Il écarte aussi "Métastases", autre morceau de bravoure du 7ème art fasciste, où il incarne la victime du complot des médecins qui profitent ignominieusement de son cancer. Olivier Sauton zappe également le temps où Dieudonné l'accueillait pour son one-man show "Au pays de Sushi", qui fera certaines soirées de la Main d'Or, entre deux meetings d'extrême-droite avec toute la mouvance antisémite et raciste française. »

Le site antiraciste souligne que la promotion de "Fabrice Luchini et moi" « est assurée jusque sur BFM TV, mais a aussi eu des critiques élogieuses du Monde et de Télérama, et le prix du public du Off à Avignon ». « Chez [ses amis Dieudonné et Faurisson], conclut Memorial 98, ça s'appelle une quenelle ».

MàJ (25/02/2017) : « Pas lieu d’en faire un drame »

Interpellé sur Twitter, Olivier Sauton a réagi à ce post vendredi 24 février après-midi. Interrogé sur sa collaboration de plusieurs années avec Dieudonné (il donnait un spectacle au Théâtre de la Main d'or en 2012 et défendait publiquement Dieudonné jusqu’en 2014), voici ce qu’il nous a répondu :

« Artistiquement oui, j'adore le comédien. Politiquement non, je n'ai jamais partagé ses idées, ai en horreur Soral et toute sa clique. Ça va pas plus loin que ça. Ce qui est saoulant c'est parce que aujourd'hui j'ai un spectacle qui marche, qui promeut la culture, l'intelligence et justement qui met en garde contre les dangers d'une vision politique de la vie que des Zorro masqués 2.0 croient faire œuvre de salubrité politique en dénonçant une ancienne collaboration qui date de 4 ans (!) en me prêtant idées et intentions que je n'ai jamais eues et qu'eux-mêmes n'ont même pas pu vérifier. En supputant et en se comportant en FFI de la dernière heure, non seulement ils se trompent de cible mais qui plus est répandent erreurs, mensonges et mauvaises odeurs. Tout ce qu'ils prétendent pourtant combattre. Avouez que c'est ballot... (…) Je sais très bien qu'à l'heure d'internet on ne peut rien cacher, et n'ai même pas envie de cacher ce passé mais si j'afficherais ceci dans mon cv on me parlerait que de ça alors que c'est un tout petit truc dans ma vie d'artiste. (…) J'ai été peut être, et je le reconnais volontiers, naïf, idiot certains d'omettre le caractère hautement politique du travail de Dieudonné. Je croyais participer à une farce de sales gamins, bon bah je me suis trompé, je ne pense pas qu'il y ait lieu à en faire un drame ni une affaire... J'ai été aussi libre de travailler [avec] Dieudonné que d'en partir définitivement. Cela fait plus de trois ans que je n'ai AUCUNE nouvelle de lui ou de ses proches. Hé puis si j'étais un partisan je le crierais sur les toits et vous enverrais paître alors que non. (…) Fréquenter sa sphère m'a ouvert les yeux. Nous fûmes extrêmement nombreux à être séduit par l'humour et l'immense talent du bonhomme. Ça n'allait pas plus loin que ça. Ce qui m'a toujours intéressé, fasciné chez Dieudonné fut son exceptionnel talent et sa trajectoire historique. C'est une erreur de croire que tous ses suiveurs, ses admirateurs sont de méchants négationnistes. La plupart sont avant tout de grands fans de l'humour dieudonnesque. C'est toute l'éternelle contradiction entre l'œuvre et l'homme. »

A la suite de cet échange, nous avons rappelé à Olivier Sauton qu’à l’époque de sa collaboration avec Dieudonné, ce-dernier avait déjà été condamné à plusieurs reprises pour incitation à la haine raciale. Par la suite, il nous a bloqué sur Twitter sans explication.

En janvier 2014, Olivier Sauton témoignait ouvertement son soutien à Dieudonné sur Twitter :

«Je n’aimerais pas que ceux qui s’étonnent de me voir encore soutenir un ami (#dieudonné) malgré les ennuis qui l’accablent, soient mes amis».

Quant à Dieudonné, il faisait encore la promotion de son ami Olivier Sauton jusqu’en juillet 2014 (voir le diaporama ci-dessous). Depuis lors, il n’existe aucune trace d’une brouille entre les deux hommes ni d’un quelconque retour critique de la part d’Olivier Sauton sur ses années passées à évoluer dans une sphère considérée comme l’une des principales sources du complotisme antijuif contemporain en France.

MàJ (26/02/2017) : « Je suis un antisémite humaniste »

Dans la nuit du 25 au 26 février 2017, Olivier Sauton a fermé son compte Twitter. De nombreux tweets postés sur son compte entre 2012 et 2014 (voir le diaporama ci-dessous) suscitent des interrogations quant à la sincérité de sa démarche. Ainsi, le 30 décembre 2012, il reprenait à son compte un hoax directement issu de la mouvance négationniste :

« Elie Wiesel vient d’inventer le tatouage invisible. C’est vrai qu’ils sont forts les juifs dans le domaine des inventions. Ca mérite un Nobel ».

Autres tweets d'Olivier Sauton dont chacun jugera la pertinence :

« #unbonjuif c’est un juif d’avant 1945. Parce que depuis… franchement… c’est plus ce que c’était » (15 octobre 2012)

« J’aime tellement la musique yiddish que si j’avais été gardien à Auschwitz j’aurais épargné les musiciens. C’est l’art qui sauvera les juifs » (31 octobre 2012)

« Je préviens tous mes amis juifs : en cas de déportation, EVIDEMMENT je vous mettrais en 1ère classe. J’ai trop le respect de vos habitudes » (29 novembre 2012)

« Critiquer les fanatiques musulmans fait de vous un humaniste, critiquer les fanatiques juifs un antisémite. Je suis un antisémite humaniste » (14 décembre 2012)

« Jésus est qd mm plus sexy sur la croix qu’en train de distribuer du pain. Il peut dire merci aux juifs de l’avoir immortalisé en petite tenue » (17 janvier 2013)

« à Auschwitz le #gaz avait ceci de vertueux qu’il était plus discret qu’à Rouen. On pouvait continuer à bosser tranquille. #lubrizol » (22 janvier 2013)

« J’enc.. tous les nègres, les gnakoués, les bougnoules. Mais pas les juifs. Parce que je voudrais pas avoir les asso anti racistes sur le dos » (3 février 2013)

« y’a certains musulmans qui donnent furieusement envie d’aimer les juifs » (13 juillet 2013)

« ce qu’il y a de bien avec les #roms, c’est que tout le mal qu’on ne peut plus dire sur les arabes, les juifs et les noirs, avec eux on peut » (21 août 2013)

« les banques, ok. Les médias, ok. Le show bizz ok. Mais REFUSONS que les juifs s’emparent du rap ! #bruelf2 #lafouine #licra #crif #youbrother » (26 octobre 2013)

MàJ (28/02/2017) :
Mardi 28 février 2017, en plein cœur de la polémique déclenchée par la révélation publique des tweets d'Olivier Sauton, Fabrice Luchini s'est désolidarisé de l'acteur sur Twitter où il se dit « atterré » : « Je n’ai aucun lien avec Olivier Sauton, qui utilise mon nom sans mon accord ».

Par ailleurs, après avoir publié un premier communiqué, le Théâtre La Bruyère a décidé de déprogrammer la pièce de l'ancien comparse de Dieudonné.

Fabrice Roux, le producteur d'Olivier Sauton, a transmis au Point une lettre dans laquelle il exprime son indignation et demande à Olivier Sauton qu'il lui « explique l'inexplicable » :

« Au printemps 2014, Olivier m'avait dit avoir participé à deux films que je n'ai pas vus et que je ne tiens pas à voir [dont un film de Dieudonné avec Alain Soral et Robert Faurisson, NDLR]. À l'époque il m'avait prévenu d'une possible vague de protestation (...). J'ai pensé que comme beaucoup d'autres, Olivier avait participé au début de sa carrière à des films qu'il regrettait et qu'à ce titre il ne fallait pas lui en tenir trop rigueur (...) Chacun de nous peut commettre une erreur ; c'est aussi ce qui fait de nous des hommes. Il est depuis deux ans père de famille et je veux croire qu'il a changé. Chacun de nous change au cours de sa vie ».

MàJ (04/03/2017) :
Jeudi 2 mars, Olivier Sauton a posté sur son compte Facebook un message dans lequel il présente ses excuses et tente d'expliquer sa trajectoire. Le voici reproduit in extenso :

« Je m'excuse de ne répondre que maintenant.
Mais à vous dire la vérité, depuis samedi je suis anéanti.
Honteux, je n'avais, je l'avoue, ni le courage d'affronter les réseaux sociaux, ni la force d'écrire une lettre.
Mais je me dois de m'expliquer.
Beaucoup d'adjectifs ont été accolés aux dits tweets : odieux, nauséabonds, abjects, écœurants etc... Je les approuve tous. Sans réserve.
Je vous présente mes sincères excuses. Je comprends votre indignation, votre effroi, votre rejet.
J'ai honte d'en avoir été l'auteur.
Je comprends la violence des réactions.
Je n'en veux à personne, sinon à moi-même.
Je m'en veux d'avoir, à l'époque, été irresponsable, d'extrême mauvais goût, dans cet ''humour'' qui se voulait trash et libre, mais qui n'était qu'infâme.
Je n'ai jamais eu de pensée antisémite, ni raciste envers quelque communauté que ce soit. Même si les apparences sont contre moi, sur mon honneur, jamais de telles pensées, contraires à l'humanisme que je porte en moi, ne m'ont inspirés.
Étant inconnu du grand public, une interprétation de ma personne a été faite, et ne reflète pas l'individu que je suis et que j'ai construit.
Au début de ma carrière, j'ai écrit des one man show qui n'ont pas, il faut être honnête, rencontrés un franc succès...
Frustré d'une carrière qui ne décollait pas, vexé de constater que je ne suscitais ni le désir d'aucun professionnel ni l'intérêt d'un large public, j'ai saisi l'opportunité de travailler aux côtés de Dieudonné, dont le talent à l'époque me fascinait, et dont l'odeur de souffre m'intriguait.
Ce ne furent pas ses accointances intellectuelles avec une partie de son entourage qui me poussèrent vers lui.
Seules la fascination que le comédien exerçait sur moi, la folie médiatique qu'il suscitait, sans oublier mes échecs m'ont amené à m'en rapprocher.
J'ai alors voulu jouer avec des pétards, que je croyais inoffensifs, et qui cependant attireraient l'attention par leur pouvoir de déflagration.
Ce n'est pas très malin, mais je n'étais pas alors très malin.
Aujourd'hui ces pétards m'explosent à la figure, telle une bombe à retardement. C'est durant cette période que j'ai écrit ces tweets puants.
J'ai aussi, durant ce temps, tourné dans deux films réalisés par Dieudonné.
Le premier, ''L'antisémite'' à la rédaction duquel j'ai participé, restera comme une ombre sur mon cv artistique.
Puis je me suis enfin rendu compte du marécage où j'avais mis les pieds, de ce que je commençais à devenir.
Et je me suis trouvé odieux.
Un être si cynique qu'il en devenait négatif, un être si provocateur qu'il en devenait insultant. Nombre de mes proches m'avaient pourtant mis en garde dès le début « Olivier, tu n'as rien à faire là ! ».
Fort de ce constat sur moi-même, lassé de m'encanailler dans un underground glauque, je suis parti. J'ai quitté cette sphère qui n'était et ne devait pas être la mienne.

C'est à partir de ce moment que j'ai écrit le spectacle « Fabrice Luchini et moi », décidant de revenir à mes vraies valeurs et centres d'intérêts, à savoir la culture et la littérature.
Et aussi pour rendre un hommage au comédien qui m'a donné envie de faire ce métier, et que je vénère : Fabrice Luchini. À qui je présente toutes mes excuses d'avoir, par ma bêtise passée, mêlé son nom à cette sordide affaire.
Ce spectacle me reconstruisit.
Après toutes ces années d'errance, de perdition, tant humainement qu'artistiquement, enfin je me trouvais.
Fini le one man show, place au théâtre. Fini l'humour douteux, place aux traits d'esprit, à la poésie, à la réflexion.
Enfin, je me sentais en accord avec moi-même.
Mon spectacle rencontra un succès grandissant.
Parents et grands parents y emmenaient leurs enfants et petit-enfants, les professeurs leurs élèves, pour les inciter à la culture, à s'ouvrir sur le monde, à comprendre l'autre avant que de le juger.
Ce spectacle était la parabole de ma propre histoire.
Ainsi le public y sentait de l'authenticité.
Propager toutes ces bonnes ondes était nouveau pour moi, et merveilleux.
Et quand j'en vis l'impact positif sur les gens, je compris alors que je n'étais pas fait pour les mauvais sentiments, mais au contraire pour essayer de diffuser du bien et du beau.
Je devins celui que je devais être.
Et tout s'écroula en quelques heures.
Mon passé, que j'avais enfoui, ressurgit.
Tout fut gâché par cette remontée d'égout.

Car ce n'est pas dans mes entrailles qu'on est allé chercher cet humour aux relents antisémites, c'est dans ma fosse sceptique.
Je présente encore une fois toutes mes excuses d'avoir été ce que je ne suis plus.
Auprès de la communauté juive, qui s'est sentie légitimement meurtrie, et à qui j'aimerai pouvoir parler.
Auprès des gens de la profession, journalistes, directeurs de théâtre, comédiens, qui savent que la fonction de l'artiste est de diffuser du beau et du bon, et non du laid et du mal.
Je m'excuse auprès de mes proches qui eux aussi vivent un terrible malaise.
Tout ceci est de ma faute.
Je suis aujourd'hui privé de mon honneur, de mon travail, de ma raison de vivre.
Je ne me plains pas. J'ai semé du mauvais blé, il est logique que je mange mon pain noir.
Je me trouve affublé d'une étiquette d'antisémite qui me collera à la peau, quand bien même elle est si éloignée de mon esprit et de mes convictions.
C'est une balafre qui restera à vie sur mon visage, et qui me détournera de bien des gens que j'aurais aimé rencontrer. Certains y verront une marque d'opprobre, d'autres une blessure. Pardon pour tout ce mal. »



(dernière mise à jour : 04/03/2017, 20h26)