Observatoire du conspirationnisme et des théories du complot

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''La mort de Ben Laden'', de Jean-Dominique Merchet (éditions Jacob-Duvernet, 2012)
Les révélations de Matt Bissonnette bouleversent-elles profondément ce que nous savions jusqu'alors de la mort de Ben Laden ?

L'annonce de la sortie en librairie du livre-témoignage No Easy Day, de "Mark Owen" (alias Matt Bissonnette), un membre du commando américain envoyé au Pakistan pour tuer Oussama Ben Laden, a suscité des commentaires de deux types :

• Le premier, proprement caricatural, est celui des purs et durs de la théorie du "Grand Complot", impliquant non seulement les administrations américaines qui se sont succédées à Washington depuis 11 ans mais aussi la quasi-totalité de la presse occidentale. Ainsi, le site ReOpen911 qui, commentant la publication du livre de Bissonnette, écrit : « Le secret est décidément une maladie extrême et incurable, que la classe politique et médiatique atlantiste ne veut surtout pas tenter de soigner dès que l’on s’intéresse de plus près à l’affaire du 11-Septembre. (...) ce que nous enseigne cette omerta internationale soigneusement cachée derrière des pseudo-confidences canalisées en art du trompe-l’oeil, c’est que cette maitrise consommée du Storytelling s’inscrit dans la continuité – au-delà des partis – d’une opération de propagande médiatique de masse qui a commencé un certain 11 septembre 2001 ».

• Le second type de réaction n'est pas à proprement parler conspirationniste mais joue, par le lexique qu'il utilise, sur l'imaginaire du dévoilement. C'est la réaction de la grande majorité de la presse francophone qui, sans doute par goût du sensationnel, a choisi de titrer sur la remise en cause de la "version officielle", suggérant que No Easy Day est porteur de révélations fracassantes sur les derniers instants de Ben Laden.

Auteur de La Mort de Ben Laden (éditions Jacob-Duvernet, mai 2012), le journaliste Jean-Dominique Merchet (Marianne), fondateur du blog Secret-Défense, balaye l'argument :

« La version officielle remise en cause, comme l’affirme un peu vite les commentateurs ? Allons donc ! D’abord, il n’y a jamais eu de "version officielle", simplement des fuites plus ou moins organisées. Et sur le fond, on savait que le chef d’Al Qaïda avait été tué alors qu’il était désarmé. Le livre de Bissonnette corrige quelque peu la chronologie sans rien modifier sur le fond : jusqu’à présent, on pensait que Ben Laden, poursuivi par les commandos, avait été tué alors qu’il venait de regagner sa chambre. Et maintenant, Bissonnette affirme qu’il a été abattu juste au moment où il en sortait. Voilà pour les faits. »

''La mort de Ben Laden'', de Jean-Dominique Merchet (éditions Jacob-Duvernet, 2012)
10 ans de rumeurs

Pendant les dix années qu'a duré sa traque, Ben Laden a fait l'objet de toutes sortes de fausses révélations et rumeurs conspirationnistes : annoncé pour mort à plusieurs reprises (Merchet y revient dans cet extrait publié sur Atlantico.fr), le chef d'Al-Qaïda n'était, pour les partisans de la théorie du complot, qu'une marionnette des Etats-Unis. Les recherches lancées contre lui n'auraient été, pendant toutes ces années, qu'une mise en scène visant à servir d'alibi aux Etats-Unis dans leur « guerre contre la terreur ». Tous les ingrédients étaient donc réunis pour que l'annonce de sa mort donne lieu à l'une de ces poussées de fièvre conspirationniste comme il s'en manifeste à chaque évènement ayant un retentissement international. Dans son petit livre, Merchet raconte qu'il a fallu attendre « l’annonce par Al-Qaïda elle-même que son chef a bien été tué par les Américains » pour calmer « la plupart de ceux qui doutaient de la version officielle. Restent les irréductibles et les "frappadingues". Pour eux, l’explication est simple : le communiqué d’Al-Qaïda fait partie du complot… »

La conclusion de La Mort de Ben Laden, qui cite les sources sur lesquelles s'est appuyé Jean-Dominique Merchet, est en forme d'adresse aux conspirationnistes. En voici un extrait :

« On sait peu de choses sur la mort de Ben Laden, mais ce que l'on sait se trouve dans les pages de ce livre, sauf omission involontaire.

La rédaction d'un tel ouvrage a appris quelque chose à son auteur : la quantité colossale de choses dites ou écrites sur le sujet est inversement proportionnelle au peu d'informations que l'on possède réellement. Ce sont justement ces informations, rares et incomplètes, qui ont été rassemblées ici. En lui-même, le faible nombre de pages de ce livre a une signification ; lorsqu'on ne savait pas, on s'est interdit de spéculer ou de tirer à la ligne pour faire comme si on savait. (...)

Un jour, dans un an ou dans vingt ans, on en saura plus. Des acteurs importants de cette affaire parleront, témoigneront, écriront leurs mémoires. Ce n’est pas encore le cas. Le renseignement et les opérations spéciales ne sont pas le royaume de la transparence. Des données importantes sont volontairement tues, car leur révélation mettrait en cause des opérations actuelles ou futures.

Ce que nous apprendrons à l’avenir bouleversera-t-il radicalement ce que nous savons aujourd’hui de la mort de Ben Laden ? J’ai l’audace de ne pas le croire. C’est la grande leçon fournie involontairement par Wikileaks. La mise en ligne de milliers de documents confidentiels, de sources militaires ou diplomatiques américaines, n’a fait que confirmer ce que les spécialistes savaient déjà. Le paysage globale est resté le même, mais il a été précisé, détaillé, complété. Les grandes démocraties sont ainsi faites qu’elles ne peuvent pas cacher à leurs citoyens les choses les plus importantes. N’en déplaise à tous les amateurs de complot »
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