Faisant sienne la grille de lecture de Raoul Girardet dans son analyse des mythes politiques, le sociologue Samir Amghar (EHESS), auteur de Le salafisme d’aujourd’hui (Michalon, 2011), évoque dans un récent entretien la place de la "Conspiration" dans l’idéologie salafiste :

« Le deuxième mythe qui structure l’imaginaire des salafis est le mythe conspirationniste. C’est l’idée que si les musulmans sont aujourd’hui dominés au niveau économique, social, politique, c’est certes parce qu’ils se sont éloignés du véritable islam, mais c’est surtout parce que l’Occident, piloté par un noyau de confessions juives, ferait tout pour maintenir sous domination les musulmans. En discutant avec un certain nombre de salafis quelques mois après les attentats du 11 septembre 2001, j’ai par exemple constaté que certains mettaient en cause la véracité de la version officielle, en disant que tant qu’ils n’avaient pas de preuves formelles de l’implication d’Al Qaeda dans ces attentats, ils soupçonnaient plutôt les services de sécurité américains. Certains salafis imputaient même les attentats à Israël, qui aurait, selon la rumeur, appelé quelques minutes avant les attentats tous les employés de confession ou de culture juive des Twin Towers pour les faire quitter les bâtiments. C’est quelque chose qui peut paraître totalement farfelu mais qui est tenu pour véridique par un certain nombre de salafis, très friands des sites internet conspirationnistes et autres ».

Source : Samir Amghar, « Qui sont les salafis en France ? », propos recueillis par Matthieu Mégevand, Le Monde des religions, 13 octobre 2011.