Procès de Moscou... à Téhéran
(…) Car il convient de frapper haut et fort. Voilà pourquoi Yadwollah Javani, chef du bureau politique des Gardiens de la Révolution, la garde de fer du régime, appelle à "juger et punir" Khatami, ainsi que Mir Hossein Moussavi et Mehdi Karoubi, rivaux malheureux d’Ahmadinejad et figures de proue d’une rébellion civique qui plie mais ne rompt pas. Le manuel du procureur aux ordres recommande ensuite, pour valider la théorie du complot, d’imputer le dévoiement des fils de la patrie à la funeste influence de l’"arrogance occidentale". En clair, de dénoncer leur complicité avec la Grande-Bretagne – épicentre de la conspiration planétaire – les Etats-Unis, la France et l’Allemagne.

Car la vaillante République islamique ne peut qu’être la cible d’une conspiration mondiale fomentée par les puissances coloniales, visant à imposer en terre persane une "révolution de velours". A ce stade intervient le mea culpa des agents de l’étranger, accusés de manipuler des Iraniens crédules et d’alimenter en renseignements les chancelleries diplomatiques, traditionnels "nids d’espions", ainsi que les sites Internet, vecteurs de la subversion.

D’où la décision de traduire devant le tribunal téhéranais la jeune chercheuse française Clotilde Reiss, la Franco-Iranienne Nazak Afshar, employée depuis dix-huit ans à l’ambassade de France, ou Hossein Rassam, analyste politique au sein de la représentation britannique. Loin de protéger ses détenteurs, le statut de binational aggrave la suspicion de déloyauté. Les "preuves" du crime de Clotilde, lectrice de français à l’université d’Ispahan ? Un "rapport" fourni à son ambassade – en fait, une note d’une page adressée au directeur d’un institut de recherche – ainsi que les courriels et photos envoyés à ses amis. Nul doute qu’un détail de son parcours aura, en ces temps de bras de fer nucléaire, attisé la paranoïa de ses juges : le stage accompli en 2007 au Commissariat à l’énergie atomique (CEA), où son père, Rémi, est ingénieur…

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Voir aussi :
* Dans les gêoles iraniennes, on extorque les aveux de ”complots étrangers”
* Quand la société civile iranienne raillait la théorie du complot britannique
* Iran : la théorie du complot ”étranger” comme moyen de diversion