Marina Cabiten, Rudy Reichstadt et Tristan Mendès France décryptent les phénomènes complotistes dans « Complorama ». Le 6ème épisode est consacré aux antivaccination.

La mouvance « antivax », bien qu’ancienne, gagne du terrain depuis le début de l’épidémie et notamment depuis quelques semaines. Différents événements ont renforcé la méfiance, voire le rejet des vaccins.

Une question obsède par exemple de nombreux internautes : « Où est Tiffany Dover ? » Car pour certains, cette infirmière américaine, qui s’était évanouie après s’être fait vacciner le 17 décembre 2020, est morte depuis. Pour ces mêmes internautes, son changement de coupe de cheveux prouverait qu’elle aurait été remplacée par un sosie. Même après de nombreux démentis, la rumeur selon laquelle Tiffany Dover est morte après son injection persiste.

Une autre théorie du complot circule en ce moment : la vaccination contre le Covid serait à l’origine de variants plus dangereux. L’argument a été réfuté clairement par la communauté mondiale des immunologues, pourtant on peut lire sur Facebook : « Les personnes vaccinées sont des bombes bactériologiques à retardement  ambulantes et une MENACE pour la société. » Les gens vaccinés ne seraient donc pas victimes mais des complices du complot…

La méfiance envers les vaccins n’est pas uniquement alimentée par la complosphère sur les réseaux sociaux. Les politiques aussi expriment leurs réserves, notamment au sujet du vaccin à ARN messager. C’est le cas de Nicolas Dupont-Aignan qui, sur LCI en décembre dernier, s’étonnait que le PDG de Pfizer ne veuille pas se faire vacciner. Une affirmation fausse, dans la mesure où il ne souhaitait pas passer devant des personnes prioritaires, étant en bonne santé et âgé de moins de 60 ans.

Les indécis, cœur de cible des complotistes 

Si la thématique anti-vaccin se mêle à des théories du complot, il ne faut pourtant pas réduire les sceptiques et les « antivax » à des complotistes. Pour Antoine Bristielle, professeur agrégé de sciences sociales, qui étudie notamment le complotisme et la défiance envers les institutions, « toute la problématique de la période actuelle, c’est que les chaînes YouTube antivax ont gagné en audience et qu’elles vont être en mesure de convaincre les personnes qui ont des doutes, celles qui sont dans un entre-deux. » 

Dès le mois mai dernier, et suite à la publication d’une « cartographie » mondiale des principaux groupes d’influence pro- et anti-vaccin sur internet, Sebastian Diéguez, chercheur en neurosciences, alertait sur l’importance de ces indécis.

Car le résultat de cette étude est clair : si les anti-vaccination sont numériquement moins nombreux que les pro-vaccination, ils influencent davantage les indécis : « Il leur revient d’étouffer ou d’amplifier les sirènes du complotisme et ce n’est là rien d’autre qu’un choix pour l’avenir de nos sociétés et la survie des démocraties », conclut Sebastian Diéguez.

 

Voir aussi :

Comment les anti-vaccins gagnent du terrain grâce au complotisme