Auteur à succès mondial, l'écrivain suisse est mort à 90 ans. Retour sur l'itinéraire d'un géant du faux.
Les fans de la série « Alien Theory » connaissent probablement le visage d’Erich von Däniken (1935-2026). Promoteur infatigable d’une thèse pseudo-scientifique qui irrigue la science-fiction depuis plus d’un demi-siècle, cet écrivain suisse s’est éteint samedi 10 janvier à l’hôpital d’Interlaken. Il avait 90 ans.
Avant de devenir une icône de la contre-culture ufologique (Giorgio A. Tsoukalos et Graham Hancock sont considérés comme ses disciples), Erich von Däniken avait essuyé une vingtaine de refus d’éditeurs. C’est pourtant à cet ancien hôtelier qu’on doit d’avoir popularisé mondialement la théorie dite des « Anciens Astronautes ». En 1968, il publie – en allemand – ce qui deviendra son best-seller. La traduction en français de cet ouvrage sort l’année suivante sous le titre Présence des extraterrestres. Il y soutient que les grandes réalisations des civilisations préhistoriques ou antiques, comme Stonehenge, les pyramides de Gizeh ou les lignes de Nazca, ont été édifiées par des êtres venus d’un autre monde qui auraient transmis leur technologie à l’humanité, laquelle les auraient en retour accueillis et vénérés comme des dieux.
Ce savoir n'aurait pas seulement été perdu mais délibérément caché au cours des siècles par les élites politiques, scientifiques et, bien sûr, religieuses. Car Däniken était fermement convaincu que des aliens « vivent parmi nous aujourd'hui encore ». Il prétendait même que des accords avaient été conclus − secrètement − entre eux et nous concernant leurs activités sur Terre. Et s'agissant du changement climatique, il professait ce qui est probablement la thèse climato-sceptique la plus hétérodoxe : selon lui, les variations de température sur notre planète n'auraient rien à voir avec les activités humaines et tout avec... les extraterrestres !
C’est la traduction du livre en anglais, Chariots of the Gods? Unsolved Mysteries of the Past, qui va assurer à Däniken un succès international et faire de lui l’auteur le plus vendu de son pays avec, à ce jour, près de 70 millions d'exemplaires écoulés dans plus de 30 langues. Un tour de force pour cet autodidacte dépourvu de formation en histoire ou en archéologie et dont le manuscrit, qui puise sans vergogne dans Le Matin des magiciens, de Louis Pauwels et Jacques Bergier et dans les ouvrages de Robert Charroux, a dû être complètement réécrit par un journaliste professionnel.
En 1970, le succès littéraire de Däniken est assombri par une condamnation à deux ans de prison pour détournement, escroquerie et faux en écriture. Pour autant, son étoile ne pâlit pas auprès de ses lecteurs. Pas même lorsqu’en 1978, dans une interview au magazine Playboy, il reconnaît avoir fabriqué de toutes pièces des preuves de ses assertions : certaines poteries présentées comme des artefacts antiques représentant des ovnis étaient en réalité des fabrications modernes commandées à un artiste local. Mais qu’importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse : Däniken continue de vendre ses livres pseudo-scientifiques par centaines de milliers par an. En 2003, il ouvre même au cœur des Alpes suisses un parc d’attractions dédié à ses théories.
Le nonagénaire avait annoncé au printemps dernier qu’il réduisait ses activités pour raisons de santé. « Pour moi, il ne fait aucun doute que les extraterrestres existent. La question est seulement : pourquoi nous rendent-ils si difficile la preuve de leur existence ? », s’interrogeait-il encore récemment.
Depuis dix-huit ans, Conspiracy Watch contribue à sensibiliser aux dangers du complotisme en assurant un travail d’information et de veille critique sans équivalent. Pour pérenniser nos activités, le soutien de nos lecteurs est indispensable.