Sorti sur les écrans le 13 octobre dernier, « L’Homme de la cave » met en scène la manière dont le complotisme et le négationnisme peuvent gangréner la société.

Hélène (Bérénice Béjo) et Simon Sandberg (Jérémie Renier) vendent la cave qu’ils possèdent dans l’immeuble parisien où ils habitent à un soi-disant professeur d’histoire à la retraite. A la consternation du couple, le nouveau propriétaire, Jacques Fonzic (François Cluzet), s’installe dans le sous-sol pour y vivre. Sous des dehors polis et serviables, l’homme s’avère rapidement être en fait un négationniste acharné, distillant régulièrement son complotisme et son antisémitisme sur Internet. Il ne tarde pas à bouleverser le quotidien de ses voisins…

En salle depuis le 13 octobre, le film de Philippe Le Guay retrace l’explosion d’une famille soumise à l’influence toxique d’un personnage d’une incroyable perversité et n’hésitant pas à se poser en victime.

Thriller psychologique, « L’Homme de la cave » est directement inspiré d’une histoire vraie survenue à un couple ami du réalisateur. Celui-ci a mûri son long-métrage pendant une dizaine d’années, finalement encouragé à se lancer par la « tendance actuelle au complotisme ».

Le réalisateur confie qu’il a « senti la nécessité de créer un couple mixte. Ainsi le personnage de Bérénice Béjo n’est pas juif, mais elle semble encore plus affectée que son mari. Elle est touchée viscéralement, elle est en proie à des visions… La haine l’atteint frontalement ».

« Penser par soi-même »

« L’Homme de la cave » aborde les conséquences que peuvent avoir les thèses conspirationnistes sur les adolescents par l’entremise du personnage de Justine Sandberg (Victoria Eber), la fille d’Hélène et Simon. Après avoir commencé par rejeter Fonzic, l’adolescente cède peu à peu à son discours. En s’adressant à la jeune fille avec sa voix posée, Fonzic déroule un raisonnement typiquement négationniste : « Moi, je me contente pas de rabâcher la vérité officielle. Je suis un chercheur. La seule chose qui compte Justine, c’est que tu apprennes à penser par toi-même ». Un peu plus tard, Justine protestera auprès de son père que l’homme de la cave « veut juste poser des questions, des questions qui dérangent la vérité officielle ».

La jeune fille appartient à une génération particulièrement exposée aux réseaux sociaux et dont plusieurs enquêtes ont montré qu’elle était plus perméable que la moyenne de la population aux théories du complot. En décembre 2018, un sondage Ifop pour la Fondation Jean-Jaurès faisait en outre apparaître que 21% des Français âgés de 18 à 24 ans n’avaient jamais entendu parler de la Shoah.

Révoqué lui aussi de l’Éducation nationale, l’activiste d’extrême droite et ancien professeur de mathématiques Vincent Reynouard a réagi à la bande-annonce du film, se présentant comme le « premier concerné ».

En réalité, Jacques Fonzic est un personnage hybride. Il partage avec Reynouard la circonstance d’avoir été révoqué de l’Éducation nationale. Mais « L’Homme de la cave » est en fait inspiré de l’histoire du négationniste belge Herbert Verbeke, co-fondateur en 1985 de la maison d’édition néo-nazie Vrij Historisch Onderzoek (VHO – en français, Libre recherche en histoire). Une maison dont Reynouard créera la branche française. Le site anti-négationniste PHDN.org de Gilles Karmasyn a d’ailleurs consacré un texte à cet épisode au début des années 2000.

Avec « Le Procès du Siècle », « L’Homme de la cave » est l’une des rares oeuvres de fiction à aborder le négationnisme par le septième art. Le spectateur désireux de creuser le sujet pourra utilement visionner le documentaire « Les Faussaires de l’Histoire » de Valérie Igounet et Michaël Prazan.

 

Voir aussi :

Mécaniques du complotisme : Le négationnisme