La crise sanitaire et l’élection étastunienne ont donné lieu à de nombreuses théories du complot. Il convient ici de les replacer dans leur contexte historique.

Les théories du complot ont élargi leur audience avec Internet où de prétendus « experts » imposent une vision conspirationniste du monde en s’appuyant sur des sources truquées et/ou douteuses. Rudy Reichstadt dresse un bilan de la question en 2020 et donne des clés de lecture pour le thème de Première « S’informer: un regard critique sur les sources et modes de communication ».*

Nonfiction.fr : Les théories du complot ne sont pas neuves, que l’on pense aux Protocoles des Sages de Sion ou aux accusations portées contre les Juifs d’empoisonner les puits pendant la Peste Noire. Pourtant, le terme « théorie du complot » n’apparaît qu’en 1966 dans Le Monde après l’assassinat de John Fitzgerald Kennedy. Quand sont nées ces « fausses nouvelles » et trouvaient-elles déjà un vrai public avant l’arrivée d’Internet ?

Rudy Reichstadt : En fait, l’expression « théorie du complot » est un peu plus ancienne. On en trouve des occurrences dans la presse française dès les premières années du XXe siècle. Mais il est exact que l’expression se multiplie considérablement à partir des années 1960. Les théories du complot sont fondamentalement des discours d’accusation. Elles préexistent évidemment à l’arrivée d’Internet. On peut même postuler qu’elles sont aussi vieilles que les sociétés humaines elles-mêmes. Mais alors que ces croyances complotistes avaient fini par être circonscrites au domaine de la fiction ou à celui de l’extrémisme politique, elles ont fait un retour en force au cours des vingt dernières années. Internet a très significativement amplifié le pouvoir d’influence de ces théories du complot en leur offrant un environnement propice à leur prolifération : le haut débit, les réseaux sociaux et le smartphone constituent une configuration technologique qui a donné au complotisme une chance historique qui non seulement démultiplie les possibilités de diffusion de ces contenus, mais favorise aussi les biais cognitifs qui nous rendent si perméables à ce type de croyances. […]

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* Propos recueillis par Anthony Guyon.