C’est un film estampillé « vérité d’état ». Sorti le 9 septembre, Smolensk, réalisé par Antoni Krauze, est le premier long-métrage sur la catastrophe du même nom, ¬accident d’avion qui coûta la vie au président Lech Kaczynski et à quatre-vingt-quinze autres ¬personnalités polonaises, le 10 avril 2010. La délégation se rendait aux célébrations du 70e anniversaire du massacre des officiers polonais par l’Armée rouge à Katyn, en Russie. Tout un symbole. L’appareil s’écrasa à l’atterrissage dans un épais brouillard, et laissa un pays traumatisé.

Les autorités locales conservatrices sont également à l’œuvre pour promouvoir cette production qui, loin de remporter le succès attendu en salles, s’est retrouvé sous le feu des critiques. Un élu local du district de Jarocin, à l’ouest du pays, a même payé des places de cinéma à 1 500 écoliers pour « qu’ils se fassent leur propre opinion » sur la tragédie. Mauvais hommage à L’Homme de marbre d’Andrzej Wajda, Smolensk met en scène l’enquête d’une journaliste d’une chaîne de télévision privée qui, convaincue au départ de la véracité des conclusions officielles, se rend progressivement compte qu’elle est elle-même manipulée. Son patron, cynique et proche du pouvoir, lui impose la « vérité officielle » qu’elle se doit de promouvoir. Un diplomate de l’ombre, que l’on comprend proche des intérêts russes, semble tirer les ficelles de ce théâtre de marionnettes. Cette fiction est enveloppée d’images authentiques à forte portée émotionnelle, comme les nombreuses séquences d’archives des jours de deuil qui ont suivi la catastrophe. Effets spéciaux à l’appui, le film esquisse la « théorie des deux explosions » qui auraient désintégré l’avion avant même qu’il ne touche le sol. Quant aux contrôleurs aériens russes, ils reçoivent l’ordre formel d’induire l’équipage en erreur. Les témoins clés de l’affaire meurent un à un de manière suspecte. Le scénario va même jusqu’à enterrer un cameraman de la télévision publique polonaise (mort à Moscou…), alors que ce dernier, personnage en chair et en os, est vivant et se porte bien. (…)

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