Des gros titres aux petites infos passées inaperçues : ce qu’il fallait retenir de l’actualité des derniers jours en matière de conspirationnisme et de négationnisme.

FAUSSES NOUVELLES. Le Conseil d’État a rendu son avis sur les propositions de loi relatives à la lutte contre la diffusion des fausses nouvelles. Le contexte électoral est particulièrement concerné par ces dernières : la modification du code électoral passerait par l’introduction de deux nouvelles mesures, l’une renforçant la transparence des plateformes numériques, l’autre ouvrant une nouvelle voie de référé afin de faire cesser la diffusion de fausses informations. Il est proposé que la loi renforce les prérogatives du Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA), qui pourra ordonner la suspension d’un service contrôlé par un État étranger et qui viserait à altérer la sincérité du scrutin à venir. Le Conseil d’État a pris acte du nouvel environnement numérique et des stratégies de certains acteurs, y compris étrangers, pour peser sur le cours des processus électoraux. Il a notamment souligné que le droit français contenait déjà plusieurs dispositions pour sanctionner les fausses informations. Lire le thread de Conspiracy Watch. Voir l’avis complet du Conseil d’État.

BELGIQUE. L’organe de coordination pour l’analyse de la menace (OCAM, service officiel belge qui surveille la menace terroriste et extrémiste) a révélé dans un rapport la diffusion en Belgique d’un manuel destiné à la formation des imams dont « les textes sont caractérisés par la théorie du complot, la xénophobie (…) des idées salafistes. » Le livre avait été écrit par un proche d’Oussama ben Laden et de l’actuel chef d’al-Qaïda (source : RFI, 9 mai 2018). L’OCAM, dont l’analyse portait sur la période académique 2016-2017, a par ailleurs insisté sur le fait que « nombre de mosquées et centres islamiques en Belgique disposent toujours dans leurs bibliothèques et dans le cadre de leurs activités de formation de manuels et textes présentant un contenu problématique sur le plan du radicalisme, de la xénophobie et de l’antisémitisme » (source : RTL Info, 8 mai 2018).

LECTURE. Le politologue, philosophe et historien des idées Pierre-André Taguieff publie aux éditions Fayard un nouvel ouvrage intitulé Judéophobie. La dernière vague. Au début des années 2000, le chercheur avait analysé la résurgence antijuive qui avait accompagné la seconde Intifada. Taguieff avait alors proposé la notion de judéophobie pour prendre acte, dans l’analyse du phénomène, du poids du contexte politique international marqué par le conflit au Proche-Orient et l’antisionisme. Ce nouvel opus revient sur les dix-huit dernières années, analysant la prise de conscience brutale de la menace par la société française, confrontée aux attentats jihadistes. Resituant le phénomène dans un cadre chronologique élargi, l’auteur retrace la généalogie de la haine des Juifs dans le monde arabo-musulman contemporain, et les convergences de ces dernières années entre milieux islamistes et milieux gauchistes. Conspiracy Watch publie les bonnes feuilles de cet ouvrage nécessaire. On lira par ailleurs l’interview du chercheur parue dans L’Express, balayant le spectre complotiste en rappelant que « les complots répondent à un besoin d’ordre » (source : L’Express, 12 mai 2018).

SYRIE. On sait que les réseaux sociaux jouent un rôle crucial dans le conflit syrien en matière d’information et de désinformation. De nombreux internautes, partisans de Bachar el-Assad et de Vladimir Poutine, cherchent à ternir l’image positive dont jouit l’Organisation de la défense civile syrienne (les « casques blancs »), qui porte secours aux victimes sur les lieux des combats. Le site des Observateurs (France 24) s’est livré à l’analyse de plusieurs vidéos amateurs utilisées pour accréditer la thèse conspirationniste selon laquelle les casques blancs collaboreraient avec les groupes jihadistes. Il fournit là un précieux travail de décryptage et de vérification étayé par les commentaires des casques blancs et ceux du spécialiste du conflit syrien Thomas Pierret, chercheur au CNRS, qui replace ces images dans la réalité complexe du terrain : « Il existe chez les casques blancs des sympathies générales pour l’opposition […] et des accords pratiques avec les groupes armés. Mais c’est stupide de le leur reprocher […] : on ne peut pas opérer dans ces zones sans accord avec eux » (source : Les Observateurs, 7 mai 2018).

SOROS. Le journal Valeurs actuelles, habitué des couvertures sensationnalistes, a consacré la une de sa dernière livraison à George Soros, présenté comme « le milliardaire qui complote contre la France ». Conspiracy Watch revient sur la figure de cet homme d’affaires qui nourrit les fantasmes, notamment antisémites, jusqu’à égarer l’éthique journalistique.

ONFRAY. Le philosophe en est persuadé : lors de l’élection présidentielle de 2017, « tout a été fait [par les médias dominants] pour que le candidat élu soit un candidat libéral, un candidat de l’Europe de Maastricht, on le sait très bien ». Très répandue dans les cercles conspirationnistes, cette interprétation de l’élection présidentielle a été analysée l’année dernière sur Telos par le sociologue Gérald Bronner. Un texte à découvrir ou à redécouvrir.

MENNEL. La jeune chanteuse était l’invitée de l’émission « Quotidien » sur TMC jeudi 10 mai. En février dernier, Mennel Ibtissem avait renoncé à concourir à l’émission « The Voice » (TF1) après que l’exhumation de plusieurs de ses posts complotistes sur les attentats de l’été 2016 et partages de contenus de Dieudonné M’Bala M’Bala, Tariq Ramadan ou Hassan Iquioussen avait déclenché un vif émoi sur les réseaux sociaux et un scandale d’ampleur nationale. Interrogée par Yann Barthès sur ses éventuels regrets quant aux contenus qu’elle avait partagée, la jeune femme n’est pas parvenue à dissiper le malaise, se contentant d’assurer qu’on lui avait prêté de mauvaises intentions et qu’elle ferait désormais davantage attention à ce qu’elle exprime publiquement. Au moment où ses posts avaient été révélés au public, Conspiracy Watch avait vainement cherché à entrer en contact avec Mennel Ibtissem. Nous avions publié à l’époque une interview d’Henda Ayari en forme de main tendue à la jeune femme qui était, là aussi, demeurée sans réponse.