Des gros titres aux petites infos passées inaperçues : ce qu’il fallait retenir de l’actualité des derniers jours en matière de conspirationnisme et de négationnisme.

SOUDAN. Au Soudan, les manifestations contre la hausse du prix du pain ont fait plusieurs morts dans des affrontements avec les forces de l’ordre depuis le début du mouvement le 19 décembre. Le chef des services de renseignement soudanais, Salah Gosh, s’est exprimé lors d’une conférence de presse, le 21 décembre, et a accusé des individus liés à Israël et récemment arrivés au Soudan via Nairobi (Kenya), d’inciter la population à la violence. Le recours à la « causalité diabolique » est toujours opportun dans les situations de crises où l’incurie et la faillite d’un régime poussent ce dernier à désigner la main de l’étranger dans les malheurs du temps… (source : RFI, 22 décembre 2018).

PACTE DE MARRAKECH. Dans un entretien à L’Express, l’essayiste et haut-fonctionnaire Nicolas Tenzer décrypte les théories conspirationnistes relatives à l’adoption du pacte de Marrakech le 19 décembre 2018 par l’Assemblée générale des Nations unies. Il pointe le caractère international de ce mouvement contre un texte cherchant à établir une meilleure coopération internationale sur les migrations. Nicolas Tenzer souligne le rôle des rumeurs qui jouent sur les peurs, dans le but de délégitimer les règles du multilatéralisme, les droits de l’Homme et les valeurs fondamentales de l’Europe. Il désigne l’action de puissances, la Russie en particulier, « qui ont le projet délibéré de détruire l’ordre démocratique en même temps que le système international fondé sur des droits ». Une rhétorique mensongère, celle d’une « discours d’extrême droite mondialisée », se répand à grande échelle, favorisant le complotisme qui « fonctionne toujours sur la base d’une dénonciation d’une organisation et d’un maître d’œuvre secret qui tirerait toutes les ficelles » . Que faire ? « Empêcher que la machine complotiste parvienne à sa vraie fin, qui est de faire, comme l’avait déjà écrit Hannah Arendt, que plus aucun citoyen ne croie à rien » (source : L’Express, 26 décembre 2018).

SERMON. Lors d’un sermon du vendredi à Khartoum (Soudan), diffusé sur Sudan TV, le 7 décembre 2018, le cheikh Mohammed Tannoun a évoqué Les Protocoles des Sages de Sion, célèbre faux antisémite, déclarant que les Juifs veulent contrôler le monde par le biais de leur religion. Il les a accusés d’être à l’origine de toutes les guerres dans l’Histoire, y compris les deux guerres mondiales et les conflits actuels, car ils ne seraient en mesure de vivre que dans une atmosphère de corruption, de guerre et de troubles. Il a ensuite déclaré qu’il ne servait à rien de normaliser les relations avec les Juifs, car le conflit avec eux est une guerre de religion, que seul le djihad peut régler. Le cheikh Tannoun a conclu son sermon par une prière à Allah pour l’anéantissement des Juifs (source : MEMRI, 26 décembre 2018).

ANTISÉMITISME. Dans une tribune au Monde, l’historien Vincent Duclert explique pourquoi les actes contre les juifs en marge du mouvement des Gilets jaunes doivent être condamnés fermement : « L’antisémitisme en France n’a peut-être pas encore atteint le stade de la convergence des luttes antijuives. On doit pourtant s’interroger sur cette hypothèse lorsqu’on observe cette circulation des thèmes, cette expression publique de la haine, ces procès en “enjuivement”, cette violence ordinaire qu’accompagne l’expression antisémite » (source : Le Monde, 24 décembre 2018).

DIEUDOSPHÈRE. Vincent Lapierre travaille à se forger l’image d’un journaliste « indépendant », « honnête », contrairement – l’explique-t-il – aux journalistes des médias traditionnels. L’Express dresse un portrait de cet admirateur d’Hugo Chavez, pro-Dieudonné, longtemps proche d’Alain Soral, aujourd’hui très apprécié des Gilets jaunes pour sa manière complaisante de couvrir le mouvement. N’estimant pas moins que la France est en train de basculer dans la dictature, celui qui se définit comme anti-« médias dominants » affirme que « les libertés d’informer et de s’informer sont piétinées aujourd’hui en France. Cette censure s’appuie sur des milices qui signalent en meutes sur Internet, menacent sur le terrain » (source : L’Express, 28 décembre 2018). Son commentaire sur Twitter à la suite de l’agression antisémite d’une personne âgée dans le métro parisien, le 22 décembre au soir, aide à mieux comprendre cette éthique très… particulière :

NORDPRESSE. Publiée dans un tweet, une fausse déclaration de Marlène Schiappa, secrétaire d’Etat chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes, selon laquelle « la majorité des Français viv[r]aient avec 3000 euros par mois », a été relayée des centaines de fois sur les réseaux sociaux. Comme l’a montré le service de vérification des faits du journal Libération, l’infox provient du média belge Nordpresse qui s’est fait une spécialité de diffuser des rumeurs et des fausses informations sous couvert de « parodie » (source : checknews.fr, 28 décembre 2018).

RADICALITÉS. Directeur de l’Observatoire des radicalités politiques de la Fondation Jean-Jaurès, Jean-Yves Camus était l’invité du Grand entretien sur France Inter le 28 décembre 2018. Le politiste est revenu sur la place des groupes radicaux dans le mouvement des « Gilets jaunes », précisant que « cette présence de groupes extrêmes ne réduit pas le mouvement à cela : ce n’est pas son origine, ni sa colonne vertébrale. » Selon lui, il existe un risque que « la défiance donne lieu à des explications de type complotiste. Quand vous estimez que l’Etat est entre les mains d’un clan et qu’il ne joue plus son rôle, qu’il opprime, il faut expliquer au peuple pourquoi cet Etat tient debout. Très vite vient le complot médiatique. Et ensuite il y a des gens qui peuvent être tentés d’expliquer que si ce système tient debout c’est parce qu’il y a des tireurs de ficelles » (source : France Inter, 28 décembre 2018).