Rudy Reichstadt et Tristan Mendès France décryptent et analysent, dans ce nouveau numéro de Complorama, comment l'intelligence artificielle générative transforme la diffusion des théories du complot. "Le complotisme boosté à l’IA” c'est le 104è numéro de Complorama.
Un Sommet mondial consacré à l'IA a eu lieu en Inde cette semaine, en présence d’Emmanuel Macron. Dans le même temps, la France vient de publier sa "stratégie nationale contre les manipulations de l’information” dont une partie intéresse tout particulièrement Complorama : “Réguler les plateformes en ligne et les services d’intelligence artificielle générative”.
A l’approche des élections municipales, et de la présidentielle, l’an prochain, l’IA est un outil à surveiller.
Grok, l'intelligence artificielle de X, dans sa version grand public, a commis des dérapages inquiétants. Rudy Reichstadt, directeur de Conspiracy Watch parle même de "bug", notamment en mai 2025, lorsqu'elle était interrogée sur le salaire d'un joueur de baseball, cette IA "s'est mise à délirer sur l'existence d'un génocide blanc contre les fermiers blancs sud-africains". Un thème relayé par Elon Musk et "Donald Trump, lui-même, avait offert l'asile aux États-Unis, aux Afrikaners, les descendants des colons européens en Afrique du Sud".
Les IA peuvent aussi être victimes d'attaques, on parle dans ce cas-là "d'opérations d'empoisonnement" selon Tristan Mendès France qui s'appuie sur un cas précis révélé par l'organisation NewsGuard en mars dernier. Il expliquait "qu’un réseau de désinformation basé à Moscou tentait d’influencer les chatbots IA, en noyant ses recherches en ligne, avec de la propagande russe". Le maître de conférences associé à l'université Paris-Cité, spécialiste des cultures numériques ajoute que "certaines IA intègrent, dans les réponses, des éléments de désinformation ou des théories complotistes poussées par la propagande russe". NewsGard a testé des dizaines d'IA grand public pour constater que, sur certaines questions spécifiques, "les IA pouvaient relayer cette propagande près d'une fois sur trois" explique Tristan Mendès France.
Il y a les cas de personnalités qui relaient des "faux" générés par IA, en leur donnant de la visibilité. Donald Trump avait diffusé une vidéo, générée par IA, sur les medbeds, Tristan Mendès France nous rappelle que "ces lits hospitaliers futuristes, sont supposés guérir absolument tout", et d'ajouter qu'il s'agit d'une "théorie complotiste qui avait été poussée à l'époque par la mouvance QAnon".
Lors de l'attentat de Bondi Beach en Australie, 15 personnes ont été tuées le 14 décembre 2025. Il y a eu une rumeur complotiste, qui visait, nous explique Rudy Reichstadt : "A faire passer des vraies victimes pour des acteurs, des comédiens". Ces fausses vidéos, fabriquées avec de l'IA, avaient pour but de désinformer.
Lorsqu'il n'existe pas d'images réelles, la complosphère peut, aussi, en fabriquer des fausses. C'est le cas avec les millions de fichiers de l'affaire Jeffrey Epstein, nous dit le directeur de Conspiracy Watch : "Des internautes ont demandé à Grok, par exemple, de déflouter des photos". Il s'agit de photos dont le visage de mineurs ou de témoins avaient été floutés. Pour Rudy Reichstadt, "l'IA ne peut pas servir à reconstituer un visage à partir d'un carré noir, ça n'existe pas, ça ne marche pas".
"Le complotisme boosté à l’IA" est le 104è épisode de Complorama avec Rudy Reichstadt, directeur de Conspiracy Watch, et Tristan Mendès France, maître de conférences associé à l'université Paris-Cité, spécialiste des cultures numériques. Un podcast à retrouver sur le site de franceinfo, l'application Radio France et plusieurs autres plateformes comme Apple Podcast, Podcast Addict, Spotify, Deezer. Et retrouvez Complorama sur la chaine YouTube de franceinfo
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