L’origine des Protocoles des Sages de Sion : les secrets d’une manipulation antisémite
C’est la plus célèbre – et la plus tragique – des falsifications du XXe siècle, à la base du mythe antisémite du « complot juif mondial ». Le texte des Protocoles des Sages de Sion vient de livrer son dernier mystère : un historien russe, Mikhail Lépekhine, a établi l’identité de son auteur, grâce aux archives soviétiques. Elle permet de comprendre pourquoi il a fallu attendre si longtemps pour connaître cet épilogue : le faussaire, Mathieu Golovinski, qui a effectué sa besogne à Paris, au début du siècle, pour le représentant en France de la police politique du tsar, était devenu, après la révolution russe de 1917, un notable bolchevique… La découverte de ce sinistre pied de nez historique permet de combler les dernières lacunes dans l’histoire d’une imposture qui, après avoir fait beaucoup de ravages en Europe, connaît un destin encore florissant dans beaucoup de régions du monde.

Historien de la littérature russe, Mikhail Lépekhine est l’un des meilleurs connaisseurs des « publicistes » de la fin du XIXe siècle, ces personnages à la fois écrivains, journalistes et essayistes politiques qui interviennent sous forme de libelles, d’articles et de livres dans les convulsions de la vie publique russe de l’époque. Sa spécialité : les années charnières du règne d’Alexandre III (1881-1894) et du début du règne de Nicolas II (1894-1902), période agitée qui précède les turbulences révolutionnaires. Ancien conservateur des archives de l’Institut de littérature russe et chercheur en histoire des imprimés de la bibliothèque de l’Académie des sciences de Russie à Saint-Pétersbourg, Mikhail Lépekhine étudie la vie et l’œuvre de tous ces individus, y compris ceux de deuxième et troisième ordre, pour la plupart réunis dans le monumental Dictionnaire biographique russe en 33 volumes, dont il dirige l’édition. (…)

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Source : L’Express, 16 novembre 1999.