Jean Raspail (capture d’écran YouTube/TV Libertés, juillet 2018).

Jean Raspail (1925 – 2020) est un romancier français célèbre pour le « roman culte » qu’il a publié en 1973, Le Camp des saints.

Ce livre de politique-fiction très populaire dans la mouvance nationaliste et identitaire décrit « la fin du monde blanc, sous l’invasion des millions et des millions d’hommes affamés, “sous-développés”, qui constituent les trois quart de l’humanité ». Jean Raspail prend parti, nous dit la quatrième de couverture du livre, « non point contre ces foules de la misère qui, un beau jour, ne peuvent résister à la tentation du “paradis”, mais contre ceux qui, dans nos sociétés, publiquement ou en secret, consciemment ou inconsciemment, travaillent à la décomposition, au désarmement moral et spirituel de la civilisation ».

L’histoire mise en récit est celle d’un million de migrants originaires des Indes qui arrivent dans le sud de la France, l’envahissent jusqu’à faire disparaître les civilisations française et occidentale. Certains passages sont éloquents. Par exemple, dans les dernières pages, le narrateur – alors réfugié en Suisse – « parle de ceux qui prirent le chemin de la Suisse pour tenter d’y prolonger ce qu’ils aimaient : une vie à l’occidentale, entre gens de même race. […] Être suisse, c’était porter l’étoile jaune. Entre la haine, la condescendance et le mépris, le monde des bien-pensants montrait sévèrement du doigt, à tous les gogos scandalisés, cette Suisse qui osait se réclamer de valeurs égoïstes aussi anormales. »

Dans un entretien paru dans L’Incorrect en septembre 2019, Jean Raspail a commenté ainsi son travail d’écriture du Camp des Saints :

« J’étais à mon bureau, face à la mer […] et je regardais la Méditerranée. Une phrase me vient : “Et s’ils arrivaient ?” Et avec cette phrase, tout Le Camp des saints est venu. Sans problème. Ça tombait comme le jet d’eau. […] Vous savez pourquoi ça s’appelle Le Camps des Saints ? C’est une phrase de l’Apocalypse : “Ils envahiront tous les pays de la terre, et détruiront le camp des saints” – c’est-à-dire nous. […] À l’époque, je pensais déjà que les Arabes y seraient pour quelque chose, mais je ne voulais pas m’occuper de ça. […] C’est la masse que je combats, moi, d’où qu’elle vienne. Je ne veux pas prendre parti dans cette affaire. Je dis simplement : il faut s’en séparer, se séparer de tous. Je ne dis rien d’autre. Alors on me demande : mais comment ? Je ne sais pas comment. Et comme on n’en sait rien, ça va péter en 2050 ».

Lors de sa cinquième réédition en février 2011, les ventes du Camp des saints s’accélèrent subitement. Dans plusieurs interviews, Raspail reprend à son compte le concept de Grand Remplacement que l’écrivain Renaud Camus vient de commencer à mettre en circulation. Et Raspail de fixer le « basculement démographique final » autour des années « 2045-2050 ».

Ainsi, l’essayiste d’extrême droite Jean-Yves Le Gallou insiste sur le fait qu’il « faut lire et relire [ce] livre prophétique » qu’il considère comme « la plus pertinente analyse de la situation des quarante dernières années ». L’ancien conseiller de Donald Trump, Stephen Bannon, s’y réfère. Marine Le Pen « invite les Français à lire ou relire Le Camp des Saints ». Le journal municipal distribué par la ville d’Orange, dirigée par l’ancien du FN Jacques Bompard, en conseille également la lecture. Martial Bild présente Jean Raspail comme l’« un des plus grands écrivains français ». Cet ancien cadre du Front national invite d’ailleurs régulièrement l’écrivain à intervenir sur la chaîne qu’il dirige, TV Libertés.

En juin 2018, Jean Raspail a affiché sa présence au rendez-vous annuel de la Fête de la courtoisie (organisée par Radio Courtoisie), en compagnie notamment de Pierre Hillard, Serge Rader, Carl Lang, Jean-Marie Le Pen et Renaud Camus.

Le décès de Jean Raspail est annoncé le 13 juin 2020. Marine Le Pen déplore « une immense perte pour la famille nationale ». La veille, Jean-Yves Le Gallou a annoncé sur Twitter que Jean Raspail venait de recevoir les derniers sacrements, commentant la nouvelle ainsi : « Quel symbole de le voir affligé au moment où le pire de son roman prophétique s’accomplit ». Sur Boulevard Voltaire, Jean-Marie Le Pen commente : « Jean Raspail s’en va au moment où ce qu’il annonçait arrive ».

 

IL A DIT :

« Loin du roman, dans l’exacte réalité qui est la nôtre, nous mesurerons la plénitude de l’immigration au tournant des années 2045-2050, lorsque sera amorcé le basculement démographique final : en France, et chez nos proches voisins, dans les zones urbanisées où vivent les deux tiers de la population, 50 % des habitants de moins de 55 ans seront d’origine extra-européenne. Après quoi, ce pourcentage ne cessera plus de s’élever, en contrecoup du poids des deux ou trois milliards d’individus, principalement d’Afrique et d’Asie, qui seront venus s’ajouter aux six milliards d’êtres humains que la terre compte aujourd’hui, et auxquels notre Europe d’origine ne pourra opposer que sa natalité croupion et son glorieux vieillissement ».

Source : « Aujourd’hui, “Le Camp des Saints” pourrait être poursuivi en justice pour 87 motifs », Le Figaro, 5 février 2011.

 

Voir aussi :

Le « Grand Remplacement » est-il un concept complotiste ?

 

(Dernière mise à jour le 13/06/2020)